Russie

L’Ermitage prend pied à Moscou

Par Emmanuel Grynszpan (correspondant à Moscou) · Le Journal des Arts

Le 10 novembre 2015 - 521 mots

Le Musée de Saint-Pétersbourg projette d’ouvrir une antenne dans la capitale russe. L’« Ermitage 20/21 » se consacrerait à l’art contemporain.

MOSCOU - L’Ermitage marche sur les plates-bandes du Musée Pouchkine en ouvrant une antenne consacrée à l’art moderne et contemporain dans la capitale russe. L’illustre musée de Saint-Pétersbourg a choisi l’architecte canadien Hani Rashid pour concevoir un bâtiment inspiré d’une œuvre d’El Lissitzky, figure de l’avant-garde russe du début du XXe siècle. Hani Rashid, qui a déjà travaillé sur le projet « Guggenheim Ermitage », promet que sa création « illuminera le quartier durant la nuit ».

« Ermitage 20/21 », c’est son nom, sera la pièce maîtresse d’un nouveau quartier d’habitation baptisé « ZILart », prenant place sur le territoire d’une immense friche industrielle (65 hectares) non loin du centre de Moscou. Le musée, dont la réalisation devrait coûter environ 180 millions d’euros, devrait être achevé en 2022. L’Ermitage envisage une entrée gratuite pour sa filiale moscovite. « Ermitage 20/21 » présentera des œuvres du XXe et XXIe siècles. Il s’agira là notamment des collections des mécènes Sergueï Chtchoukine et d’Ivan Morozov, qui comprennent des œuvres d’Edgar Degas, de Paul Cézanne et de Vincent Van Gogh.

Les frères Chapman à Moscou
Placée sous la direction de Dmitri Ozerkov, directeur du département XXe et XXIe siècle du Musée de l’Ermitage, l’antenne moscovite s’est fixé plusieurs missions. La première consiste à étendre à Moscou son réseau de filiales russes (Kazan, Vyborg, Omsk, Ekaterinbourg) pour diffuser son approche muséale. Il s’agit d’un défi lancé ouvertement à son grand rival, le Musée Pouchkine de Moscou, avec lequel il a dû partager les collections Chtchoukine et Morozov à l’époque soviétique. Sans les nommer, Dmitri Ozerkov pointe la grave lacune – selon lui – des grands musées moscovites (Pouchkine et Galerie Tretiakov), qui rechignent à s’ouvrir à l’art post-1950. « L’une des missions les plus importantes d’un grand musée d’art contemporain consiste à révéler de nouveaux noms. Vingt-cinq ans après la disparition de l’Union soviétique, un grand nombre d’artistes occidentaux ont atteint le statut de “classique”. Pourtant, plusieurs musées du niveau de l’Ermitage tardent à les montrer dans leurs murs », explique Dmitri Ozerkov. Le musée de Saint-Pétersbourg promet de montrer des artistes controversés comme les frères Chapman, en dépit du climat de plus en plus puritain et conservateur de la capitale.

Dmitri Ozerkov évoque également une logique commerciale, déplorant que « nos grandes expositions d’art contemporain ne trouvent pas leur chemin vers la capitale ». « Sur la trentaine d’expositions organisées par l’Ermitage, seules deux ont atteint Moscou. Manifesta [une manifestation européenne d’art contemporain] n’a pas non plus trouvé sa place à Moscou. D’un point de vue économique, personne n’y gagne », fait-il observer. Troisième objectif de l’Ermitage : montrer les travaux d’artistes contemporains de Saint-Pétersbourg. La vieille rivalité entre les deux capitales historiques de la Russie s’exprime à pleine voix dans cette expansion territoriale de l’Ermitage.

Le financement d’Ermitage 20/21 serait bouclé, ce qui n’est pas le cas de celui du musée d’art contemporain de Moscou, dont le projet est dans les limbes à cause d’une forte réduction du budget du ministère de la Culture.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°445 du 13 novembre 2015, avec le titre suivant : L’Ermitage prend pied à Moscou

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