Société

Le retrait temporaire d’une œuvre agite le monde de l’art britannique

Par Tristan de Bourbon (correspondant à Londres) · lejournaldesarts.fr

Le 8 février 2018

LONDRES / ROYAUME-UNI

L’artiste Sonia Boyce a retiré temporairement d’un musée public une œuvre préraphaélite afin de « remettre en question » la vision victorienne de la femme.

John William Waterhouse (1849-1917), <em>Hylas et les Nymphes</em>, 1896 - huile sur toile - 132,1 × 197,5 cm
John William Waterhouse (1849-1917), Hylas et les Nymphes, 1896 - huile sur toile - 132,1 × 197,5 cm

La galerie d’art de Manchester voulait créer un débat, elle s’est retrouvée au cœur d’une vaste polémique ! Ce musée public, qui affirme disposer d’une « exceptionnelle collection d’œuvres préraphaélites », a autorisé l’artiste Sonia Boyce à retirer le 26 janvier dernier une peinture de l’artiste britannique John William Waterhouse (1849-1917) afin « de provoquer un débat sur la manière dont l’on expose et interprète les œuvres d’art de la collection publique de Manchester », comme l’indique un texte affiché à la place du tableau. Hylas et les nymphes représente un jeune homme attiré vers un étang par sept femmes dénudées. A l’heure de la remise en cause publique de certains comportements inappropriés vis-à-vis des femmes et de leur perception dégradante de la part de certains hommes, la volonté de l’artiste de « remettre en question ce fantasme victorien » ne pouvait faire plus grand bruit.

De nombreux critiques se sont élevées contre cette décision, la qualifiant notamment de censure, la comparant à l’interdiction de publication qui a duré pendant plus de trente ans du roman L’Amant de Lady Chatterley de D. H. Lawrence, et prévenant cyniquement que la Tate aurait tout juste le temps d’annuler sa prochaine exposition de Picasso, « garantie de contenir une quantité choquante de visions sexistes salivantes ». D’autres ont trouvé du mérite à l’initiative de Sonia Boyce, notamment parce qu’elle questionne « qui a autorité sur la représentation (...), sur les pièces qui sont montrées, les peintres qui reçoivent des commandes, les objets qui sont acquis ou exposés ».

Le public a laissé des centaines de messages sur des post-it autour du tableau ou sur le site Internet du musée. De nombreuses personnes s’inquiètent de la progression du politiquement correct, de s’entendre dire « ce qui est bien et ce qui est mauvais », et réclament souvent de voir le tableau dans son contexte historique.

Sonia Boyce a en tout cas reçu le soutien de la conservatrice des arts contemporains du musée. Clare Gannaway estime que la salle « Recherche de la beauté », dans laquelle est installée le tableau, pose problème car elle ne présente que des œuvres d’artistes masculins. Le décrochage du tableau, la réaction des visiteurs et son ré-accrochage le 3 février ont été filmés. Ils seront présentés durant la rétrospective de l’œuvre de l’artiste prévue au musée à partir de la fin mars.

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