Polémique

Le National Academy Museum sanctionné

Le Journal des Arts

Le 20 janvier 2009

L’Association américaine des directeurs de musées a imposé des sanctions au musée new-yorkais, coupable d’avoir vendu des œuvres pour assurer sa survie financière.

NEW YORK - Pour la première fois depuis sa création en 1916, l’Association américaine des directeurs de musée d’art (AAMD) a censuré l’une de ses institutions membres. Dans la ligne de mire, le National Academy Museum and School of Fine Arts, un établissement new-yorkais fustigé pour avoir vendu des œuvres de sa collection afin de financer ses frais de fonctionnement. En décembre, au cours d’un marché conclu avec la maison de ventes Sotheby’s, l’académie s’est séparée de Scene on the Magdalene (1854), de Frederic Edwin Church, et Mount Mansfield, Vermont (1859), de Sanford Robinson Gifford, pour plus de 13 millions de dollars (9,6 millions d’euros) déboursés par une fondation restée anonyme.
Forte de 190 membres, l’AAMD impose dans son code de déontologie que les revenus engendrés par la vente d’une œuvre d’art issue des collections ne soient utilisés qu’au profit de nouvelles acquisitions – une politique partagée par l’Association américaine des directeurs de musée. Or, l’académie new-yorkaise ayant violé cette règle, l’AAMD s’est vue contrainte de demander à ses membres de refuser tout prêt et toute collaboration avec l’institution fautive.
Carmine Branagan, directrice du National Academy Museum depuis le mois de juillet 2008, a demandé la levée des sanctions dans un courrier adressé à tous les directeurs de l’association : « La position implacable et punitive de censure publique de l’AAMD n’aura pour seule conséquence que d’accroître la difficulté qu’aura l’académie à se refaire une santé et à survivre. » D’après sa directrice, l’académie gérée par les artistes et son musée attenant étaient au bord du gouffre financier, et n’avaient d’autre choix que de vendre. Dotée d’un fonds de dotation de moins de 10 millions de dollars, dont une majeure partie est réservée aux prix décernés aux artistes et aux bourses d’études, l’académie déplore un déficit de 800 000 dollars sur un budget 2,5 millions depuis plusieurs années. Elle a emprunté environ 2 millions de dollars auprès d’établissements bancaires pour couvrir ses dépenses. « Nous sommes face à une situation où nous ne disposons pas de liquidités mais où nous jouissons de biens patrimoniaux considérables. Nous n’avons pas d’autre choix que de chercher une manière de nous en servir pour assurer la survie de l’institution », ajoute-elle.
Les conservateurs de l’académie ont désigné les œuvres intéressantes sur un plan commercial et dont l’absence ne nuirait pas à l’identité de la collection, riche de 7 300 pièces. Les œuvres soumises par les artistes et les architectes lors du concours d’entrée à l’école n’ont pas été prises en compte. Le marché conclu avec Sotheby’s incluait quatre tableaux, et la maison a assuré la vente des deux œuvres des académiciens Church et Gifford, maîtres de l’Hudson River School – deux paysages donnés par l’académicien James A. Suydam en 1865. L’acquéreur, une fondation privée, a donné son accord pour exposer les tableaux au public. Ce marché financier a été approuvé par un quorum d’académiciens, Sotheby’s garantissant « près de 13 millions de dollars » pour les deux tableaux de l’Hudson River School et « près de 2 millions supplémentaires » pour les deux autres œuvres, Portrait de Mrs Thomas Hastings (1901), de John White Alexander, et Japanese Beggars (1891), de Robert Blum. Ces deux tableaux seront mis en vente dès que le marché donnera des signes de reprise.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°295 du 23 janvier 2009, avec le titre suivant : Le National Academy Museum sanctionné

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