Musée

Le Musée savoisien porte un nouveau regard sur la Savoie

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 31 mai 2023 - 914 mots

CHAMBÉRY

S’écartant des images d’Épinal, le Musée savoisien de Chambéry rénové propose un parcours scientifique pointu et accessible qui relate l’histoire de la région et de ses habitants, de la Préhistoire à nos jours.

Le cloître du Musée Savoisien à Chambéry. © Département Savoie / Fabrice Rumillat
Le cloître du Musée Savoisien à Chambéry.
© Département Savoie / Fabrice Rumillat

Chambéry. Savoisien ou savoyard ? Les deux gentilés existent et sont utilisés parallèlement depuis l’annexion du duché par la France en 1860. Avec des nuances importantes : pour la Ligue savoisienne, parti indépendantiste, « savoyard » est péjoratif. À l’inverse, « savoisien » qui renvoie à l’histoire longue de la région revêt une certaine solennité. Le musée départemental installé à Chambéry a choisi de garder l’adjectif « savoisien », sous lequel il a ouvert en 1913. Un terme qui annonce, d’emblée, le regard décalé du parcours sur ce territoire, trop facilement réduit aux paysages de montagne, de stations de sports d’hiver et de pâturages.

Lorsqu’elle présente le résultat de dix ans de travail, la directrice des lieux prévient : il n’y aura pas de place dans le parcours pour ces nombreuses images d’Épinal associées à la Savoie. « Cette communication sur les montagnes, la neige, les lacs est un héritage récent du XIXe siècle, explique Marie-Anne Guérin. Nous souhaitons insuffler du temps long, du Néolithique à aujourd’hui. » Peu après son arrivée en 2008, elle recrute pour cette mission un historien, un ethnologue et un archéologue.

Alors municipal, le musée devient départemental en 2012. Le premier musée géré par la Savoie a besoin d’une modernisation urgente, entre un parcours « patchwork, avec des strates de scénographies successives », comme le décrit Marie-Anne Guérin, un fonds toujours pas numérisé et un bâtiment en souffrance. Les travaux commencés en 2018 sont prolongés de deux ans, au gré des mauvaises surprises que réserve l’ancien évêché de la ville. C’est au terme de huit ans de fermeture qu’ouvre à nouveau le musée.

Une salle du musée consacrée aux sports d'hiver. © Département Savoie / Fabrice Rumillat
Une salle du Musée Savoisien consacrée aux sports d'hiver.
© Département Savoie / Fabrice Rumillat

« L’accueil du public est bon, se félicite la directrice, une dizaine de jours après l’ouverture, les visiteurs font aussi beaucoup de commentaires sur l’architecture et le mobilier », remarque-t-elle. Les partis pris de cette muséographie, inspirés de l’esthétique des « FabLab » (tiers lieux collaboratifs consacrés au bricolage avec des outils aux commandes numériques), font du nouveau Musée savoisien une proposition unique. La réalisation de l’atelier Adeline Rispal donne corps aux ambitions de l’équipe du musée, qui souhaite renouveler l’approche « à la Georges-Henri Rivière », marquant les parcours ethnographiques. Pensé comme un répertoire de choses, l’accrochage est partagé entre de grandes vitrines claires et lumineuses, et des rails installés sur les murs, qui rendent la présentation entièrement modulable [voir ill.]. L’aspect work in progress de ces rails est équilibré par un mobilier en épicéa clair, qui s’intègre à la restauration de l’architecte Pascal Prunet. Cette dernière consistait à refaire entrer la lumière dans l’ancien couvent franciscain.

L’histoire de la Savoie scénografiée

Le parcours traduit le travail scientifique engagé par le musée – « Nous avons fait les recherches les plus pointues sur chaque sujet traité », explique Marie-Anne Guérin –, et une envie de ne pas céder à la simplicité. Les vestiges archéologiques palafittiques de l’âge du bronze, à la renommée internationale, pouvaient facilement remplir une section à eux seuls. Ils sont finalement distillés dans un parcours chrono-thématique, où l’accrochage rappelle constamment le fil rouge de l’inscription dans un « temps long » : d’une cuillère en bois néolithique, à celle du début du XXe siècle, par exemple.

Le cœur du parcours est une galerie qui fait le tour du cloître épiscopal [voir ill.], déroulant chronologiquement l’histoire de la Savoie autour de la notion de pouvoir, émaillé de quelques œuvres remarquables : le diptyque de Charlotte de Savoie, acquis par le Département, la « mappe sarde », ancêtre du cadastre, ou un bel ensemble de carreaux de poêles médiévaux, retrouvés dans les latrines de l’évêché. « On aurait voulu passer commande, on n’aurait pas eu mieux ! », sourit Sébastien Gosselin, le conservateur du musée.

Du Néolithique aux Jeux olympiques d’Albertville qui ont considérablement modifié le territoire, on remonte ainsi le fil de l’histoire de la région, soutenue par des cartes spécialement créées pour le parcours. « Il n’y avait, ni en France, ni au Piémont, aucun lieu qui racontait l’histoire des anciens États de Savoie », souligne la directrice. Cette galerie ouvre ensuite sur une séquence consacrée aux migrations, une autre sur les croyances et un passage sur l’habitat. Constitué par un fonds de maquettes de chalets traditionnels, celui-ci est augmenté par l’évocation de l’architecture des sanatoriums et des stations de ski, avec en point d’orgue la reconstitution d’un appartement signé Charlotte Perriand pour la station des Arcs.

Une partie consacrée au costume, tout comme celle traitant de l’exploitation économique du territoire démontrent cette volonté de ne pas essentialiser les objets et les pratiques retrouvées en Savoie, mais plutôt d’apporter un éclairage scientifique sur leurs origines, leur prévalence, et leur fortune critique dans les représentations du territoire. En fin de parcours, les peintures murales du Cruet (XIVe siècle) trouvent un espace reproduisant leur contexte originel et concluent la visite de manière spectaculaire.

Un budget départemental de 35 millions d’euros

Avec un budget de 25 millions d’euros dans cette refonte, puis 10 millions dans le futur centre de conservation, le Département a beaucoup investi dans son premier musée. « C’est un outil d’attractivité pour le tourisme quatre saisons », explique Hervé Gaymard, président du Conseil général. Mais pas seulement : sa politique de gratuité, son discours vulgarisé, son parcours aux multiples portes d’entrée et sa muséographie rassurante ont de quoi attirer un public local. « Un jour, on va retrouver un visiteur qui aura ouvert son ordinateur pour travailler sur place », prévoit même Marie-Anne Guérin devant une table et un tabouret consacré à la consultation de documents.

Musée savoisien de Chambéry. © Florian Pépellin, 2014, CC BY-SA 4.0
Musée savoisien de Chambéry.
Photo Florian Pépellinn 2014
Musée savoisien,
place Métropole, 73000 Chambéry.

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°612 du 26 mai 2023, avec le titre suivant : Le Musée savoisien porte un nouveau regard sur la Savoie

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque