Samedi 15 décembre 2018

Politique

L’art de la loterie

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 1 mars 1997 - 681 mots

En deux années à peine, la Loterie nationale britannique a rassemblé 2,8 milliards de livres, dont la moitié a bénéficié au domaine culturel. Les beaux-arts et le patrimoine ont reçu pour leur part 650 millions de livres. Grâce à cette nouvelle manne, presque tous les grands musées mettent au point d’ambitieux projets de développement.

Depuis le 19 novembre 1995, 30 millions de Britanniques achètent chaque semaine leurs tickets de Loterie, pour une dépense globale de 70 millions de livres. Les ventes ont totalisé dès la première année 5,2 milliards de livres (46 milliards de francs), soit davantage que la Française des jeux (36 milliards de francs). La National Lottery est exploitée par un opérateur privé, le consortium Camelot Group, qui rassemble cinq actionnaires (Cadbury Schweppes, De La Rue, GTECH UK, Racal Electronics et International Computers Ltd). L’argent distribué aux "bonnes causes" représente déjà environ 2,8 milliards de livres, versées à 18 485 projets. Environ 1,3 milliard de livres profitent au do­maine culturel dans le sens le plus large (musi­que, théâtre, environnement…), dont 650 millions de livres pour les arts plastiques et le patrimoine. Ce chiffre est à rapprocher des 924 millions de livres apportés par le gouvernement, par l’intermédiaire du Depart­ment of National Heritage (DNH). Ces subventions ont été distribuées par 3 des 5 organismes répartiteurs : les Arts Councils (art contemporain), le Heritage Lottery Fund (art ancien) et la Millennium Commission, qui soutient les projets liés aux célébrations de l’an 2000. À ce jour la contribution la plus importante a été les 50 millions de livres versés pour la future Tate Gallery of Modern Art, mais des milliers de projets plus modestes ont également reçu un financement, comme le Musée de Bath qui a ainsi pu acquérir trois portraits de dignitaires locaux, datant du XVIIIe siècle. Selon le principe d’un financement commun, chaque projet doit trouver des fonds complémentaires, qui représentent entre 10 et 50 % du montant total. Toutefois, certains redoutent que l’État ne s’abrite derrière l’argent de la Loterie pour diminuer ses propres subventions. Au cours du dernier exercice, les musées nationaux ont reçu 228 millions de livres du DNH, mais les prévisions pour 1998-1999 ne s’élèvent qu’à 207 millions de livres.

L’Arts Council of England a alloué un total de 49 millions de livres pour 135 projets concernant les arts plastiques. Les Arts Councils d’Écosse, du Pays de Galles et d’Irlande du Nord n’y ont consacré quant à eux que 6 millions de livres. Côté musées, la somme la plus importante a été offerte à la Walsall Art Gallery, près de Birmingham, pour son extension (15,8 millions de livres). Les Arts Councils ont également attribué des fonds à des commandes publiques. Le projet le plus ambitieux est celui de la Irwell Sculpture Trail, une "route de la sculpture" bordée d’une cinquantaine d’œuvres, près de Manchester (2,3 millions de livres).
Le Heritage Lottery Fund a distribué 371 millions de livres à 605 projets, dont 178 millions de livres pour 146 projets concernant les musées : le nouveau centre d’étude et de conservation du British Museum (8,1 millions de livres), la rénovation du Museum of Scotland à Édimbourg (7,3 millions de livres), la Tate Gallery de Liverpool (3,8 millions de livres)… Le projet le plus important concerne la rénovation d’une partie de Somerset House, qui hébergera la Gilbert Collection (18,3 millions de livres). Le fonds a également aidé des collections publiques pour leurs acquisitions : le Canal à Gravelines de Seurat (8 millions de livres) et le Saint Jérôme de Dürer (5 millions de livres) pour la National Gallery, Herminie trouvant Tancrède blessé du Guerchin (1,5 million de livres) pour la National Gallery of Scotland…
La Millennium Commission a versé 50 millions de livres pour la création de la Tate Gallery of Modern Art, et 30 millions de livres pour le réaménagement du British Museum, conduit par l’architecte Norman Foster. Fait unique, le futur Lowry Centre de Salford a reçu le soutien de trois organismes répartiteurs : Millennium Commission (15,7 millions de livres), Arts Council of England (41 millions de livres) et Heritage Lottery Fund (7,7 millions de livres).

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°34 du 1 mars 1997, avec le titre suivant : L’art de la loterie

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