Dimanche 8 décembre 2019

Musée

La vente d’oeuvres de La Salle University Museum critiquée par les associations muséales

Par Alexia Lanta Maestrati · lejournaldesarts.fr

Le 12 janvier 2018 - 641 mots

PHILADELPHIE / ETATS-UNIS

L’université américaine a annoncé la vente prochaine de 46 œuvres de la collection de son musée d’art chez Christie's. Les fonds serviront à assainir sa situation économique.

Jean-Auguste-Dominique Ingres, <em>Virgile lisant l'Enéide devant Auguste</em> (1865), 59,7 x 48, 9 cm, huile sur une gravure réalisée par Charles-Simon Pradier d'après un tableau de Ingres
Jean-Auguste-Dominique Ingres, Virgile lisant l'Enéide devant Auguste (1865), 59,7 x 48, 9 cm, huile sur une gravure réalisée par Charles-Simon Pradier d'après un tableau de Ingres
Courtesy La Salle University Art Museum

La Salle University a annoncé il y a quelques jours qu’elle allait mettre en vente 46 oeuvres de la collection de son musée pour redresser la situation financière de son université, et financer une partie de son plan stratégique sur cinq ans. L'aliénation des biens par les musées fait polémique aux Etats-Unis, notamment au sein des universités, lorsqu’elle sert d’autres causes que celle de leur collection.

Fondée en 1863, La Salle University est une université privée catholique, située à Philadelphie en Pennsylvanie. Elle est la seule université de Philadelphie à posséder son propre musée avec une collection permanente, ouvert au public : La Salle University Art Museum. Le musée fondé en 1976 présente une collection d’oeuvres sur 6 salles de la Renaissance à nos jours. Parmi les 5 000 objets de sa collection ; des estampes japonaises, des céramiques chinoises, des statuettes d’Afrique sub-saharienne, et une importante collection de peintures et de dessins d’artistes majeurs tels que Le Tintoret, Edouard Vuillard, Dorothea Tanning, Alex Katz, Eugène Delacroix, Edgar Degas, Rembrandt, Andy Warhol ou encore Cindy Sherman.

Depuis plusieurs années l’université est endettée. En 2015 ses recettes ont baissé de 12 millions de dollars, et le nombre d'étudiants a chuté de 18 %. La vente a pour objectif de renflouer les caisses de l’université. Jaine Lucas, chargée de communication de l’université, a déclaré au site Hyperallergic, « Nous respectons et apprécions hautement notre communauté artistique, mais nous sommes avant tout une université. La décision d'aliéner des oeuvres d’art est une décision prise par notre conseil d'administration après des considérations rigoureuses concernant les ressources de notre université et l'intérêt de nos étudiants ».

Les œuvres seront vendues chez Christie’s, lors de plusieurs ventes de mars à juin 2018. Parmi les lots, cinq d’entre eux, de Frink, Ingres, Tanning Georges Rouault et Albert Gleizes pourraient rapporter jusqu’à 3,5 millions de dollars, le total de la vente est estimé entre 4,8 millions et 7,3 millions de dollars.

Cependant L’AMA (American Alliance of Museum) et l’AAMD (Association of Art Museum Directors) espèrent que l’université va revenir sur sa décision. Le musée de La Salle n’a pas l'accréditation de l’AMA, et donc n’a pas d’obligation de répondre aux codes d’éthique imposés par cette dernière. Dans les communiqué commun, les deux associations indiquent que le statut universitaire, ainsi que son fonctionnement « ne dédouanent pas de ne pas agir de façon éthique, et ne permet pas non plus [...] d'utiliser la collection comme un capital financier actif. Il s’agit d’un principe éthique fondamental dans le domaine muséal, un de ceux que toutes les institutions doivent respecter : une collection ne doit être vendue pour aucune autre raison que celle de supporter la collection de son musée ».

Pour ces deux comités, l’aliénation des collections dans les musées est envisageable si seulement les fonds récoltés bénéficient à la collection et son musée, par exemple par l’achat ou la restauration de ses œuvres. Or dans ce cas, La Salle université prévoit de réinvestir le produit de la vente dans l’exploitation de l’université.

Aux Etats-Unis, l’affaire de l’université de La Salle n’est pas isolée. En 2009 la Brandeis University dans le Massachusetts, avait annoncé la vente d’oeuvres de la collection de son musée, le Rose Art Museum. L’annonce avait déclenché une importante polémique. A tel point que quatre de ses mécènes ont attaqué le Rose Art Museum en justice et la vente a été annulé. En 2014 le Maier Museum of Art avait été sanctionné par l’AAMD pour avoir vendu des œuvres, ce dernier a interdit à ses membres de prêter des oeuvres aux musées. Plus récemment, le Berkshire Museum avait lui aussi fait polémique en annonçant la vente de 40 œuvres chez Sotheby’s.

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