Dimanche 8 décembre 2019

Pays-Bas

La lente renaissance du Rijksmuseum

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 6 septembre 2011 - 729 mots

Malgré des travaux pharaoniques prévus jusqu’en 2013, le plus grand musée des Pays-Bas attire toujours les visiteurs grâce à ses expositions temporaires.

AMSTERDAM - Dans le grand bâtiment néogothique du quartier des musées, les ouvriers s’affairent et le chantier avance désormais sans encombre. Même les coupes drastiques opérées dans le budget de la Culture aux Pays-Bas, annoncées au début de l’été, et qui touchent déjà le fonctionnement de l’établissement, ne devraient pas provoquer de nouveaux aléas.
Le financement des travaux du Rijksmuseum, le plus prestigieux des musées hollandais, est désormais sanctuarisé. Il valait mieux car, au final, le musée, qui abrite une remarquable collection de peintures du siècle d’or, aura été fermé pendant dix ans. Prévue en 2013, sa réouverture se fera donc avec plus de cinq ans de retard et la note finale devrait avoisiner les 400 millions d’euros. En 2003, c’est la découverte d’amiante qui a accéléré une décision, logique, de rénovation. La surfréquentation du bâtiment construit à la fin du XIXe siècle par l’architecte Pierre Cuypers (1827-1921) avait atteint un point critique : conçu pour accueillir 200 000 visiteurs, il en recevait alors 1,2 million, d’où l’apparition progressive de désordres structurels. Preuve en est aujourd’hui, depuis la déconstruction d’ailes adventices élevées au fil des années dans les cours intérieures, le bâtiment a été allégé de 14 000 tonnes et commence à remonter du sol dans lequel il s’enfonçait ! 

Retards multiples
Ce n’est toutefois pas ce challenge architectural qui a provoqué les retards du chantier. Réorganisé à partir de ses cours intérieures, désormais couvertes de grandes verrières, le projet a dû affronter quelques contraintes urbaines, sous-estimées lors de la programmation des travaux. L’idée de centraliser les entrées à partir du passage urbain qui traverse le musée s’est en effet heurtée… à une piste cyclable. Les Amstellodamois s’étant opposés à la fermeture de cet axe très fréquenté, il aura fallu trouver une solution de gestion des flux, cyclables et piétonniers. La piste sera ainsi protégée par des murs de verre.

Confié au duo d’architectes espagnols Cruz et Ortiz pour la rénovation et au Français Jean-Michel Wilmotte pour la muséographie, le chantier a aussi dû essuyer quelques aléas classiques. Une réponse hors des clous de la seule entreprise candidate a obligé à une relance totale des appels d’offres, morcelés en lots… Près de deux cents permis de construire auront été sollicités. Les travaux ont aussi consisté à restaurer totalement l’édifice néogothique édifié par Cuypers – un émule de Viollet-le-Duc –, qui constitue à lui seul une curiosité. Lors de sa construction, à partir de 1885, il avait sonné comme une affreuse provocation. Ses voûtes gothiques, ornées de fresques, d’une architecte toute catholique (la confession de Cuypers) avaient suscité la fureur de l’empereur, qui refusa d’inaugurer le musée. Plus tard, les voûtes auront été totalement blanchies dans un esprit plus protestant… Ce décor polychrome original vient de faire l’objet d’une recréation intégrale – avec une peinture qui serait réversible – selon un parti qui peut toutefois surprendre.
Mais la lenteur des travaux aura laissé des traces au sein de l’équipe du musée, plusieurs conservateurs, y compris son directeur, ayant préféré s’en aller vers d’autres institutions. En 2009, son nouveau responsable, Wim Pijbes, n’hésitait pas, dans nos colonnes, à crier « au scandale » (lire le JdA n° 295, 23 janvier 2009). Depuis, la polémique est retombée. 

Fréquentation stable
Pendant ces interminables travaux, les Hollandais et les touristes n’ont toutefois pas été privés de leurs chefs-d’œuvre. Si l’institution présente quelques expositions dans le hall de l’aéroport d’Amsterdam-Schipol (!), un parcours spécifique a été maintenu dans l’aile Philips du bâtiment historique, proposant d’y découvrir un succédané des collections : « The crème de la crème », comme l’indique le musée, pour un tarif de 12,50 euros (prix qui devrait encore augmenter après la réouverture). Des expositions temporaires, osant des confrontations audacieuses comme Degas-Rembrandt visible jusqu’en octobre – après Miró-Jan Steen en 2010 – continuent par ailleurs de drainer les foules

Cette ouverture partielle aura permis de maintenir à flot la fréquentation, qui compte un million de visiteurs annuels. Ce concept de visite « express », qui satisfait la population touristique, sera d’ailleurs maintenu après la réouverture totale de l’établissement. Un parcours spécial, avec accès direct vers La Ronde de nuit, sera proposé aux visiteurs peu enclins à déambuler dans les 25 000 mètres carrés de l’un des plus prestigieux musées européens. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°352 du 9 septembre 2011, avec le titre suivant : La lente renaissance du Rijksmuseum

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