Lundi 24 septembre 2018

États-Unis

La Fondation Barnes change de cap

Le Journal des Arts

Le 6 octobre 2006 - 629 mots

Dereck Gillman, le nouveau directeur, va piloter le déménagementde cette célèbre institution de Merion au centre de Philadelphie.

PHILADELPHIE - La Fondation Barnes, qui va déménager de Merion, faubourg de Philadelphie, pour son centre-ville, vient de se désigner son nouveau directeur, Derek Gillman. Ce Britannique de 53 ans spécialiste de l’art chinois est actuellement président et directeur de la Pennsylvania Academy of Fine Arts, située également à Philadelphie. Il succédera le 16 octobre à Kimberly Camp, qui avait quitté la Fondation en juin 2005. Derek Gillman arrive à un moment crucial de l’histoire de la Fondation. En 2004, un juge du comté de Montgomery avait autorisé cette institution à déroger aux volontés de son fondateur, le Dr Barnes. Ce dernier exigeait que sa collection d’art moderne et impressionniste demeure à Merion, dans le bâtiment qu’il y avait édifié dans les années 1920. Avec le soutien financier des fondations Arenberg, Lenfest et Pew, la Fondation Barnes a réuni 150 millions de dollars (118 millions d’euros) pour bâtir un nouveau musée au centre de Philadelphie.
Derek Gillman assure qu’il entend réaliser l’ambition initiale du Dr Barnes et du premier directeur de l’institution, le philosophe John Dewey. Ces derniers souhaitaient créer un vaste centre éducatif où « l’homme ordinaire » apprendrait à apprécier l’art, contribuant ainsi à la démocratie américaine. Durant ses sept années passées à la tête de la Pennsylvania Academy, Gillman a tissé des relations avec la classe politique, les grands hommes d’affaires et la communauté culturelle de Philadelphie. Ces liens l’aideront notamment à démentir les critiques qui voient dans le déménagement de la fondation la destruction d’un trésor culturel irremplaçable. « Ce ne sera pas le cas », rassure Gillman, qui réside lui-même à Merion.

Un chantier pour 2007
Le point le plus marquant de sa carrière à l’Academy – musée d’art et centre d’enseignement, tout comme la Fondation Barnes – a été la construction en 2005 d’un nouveau bâtiment de 50 millions de dollars pour le 200e anniversaire de l’institution. Il a également contribué à la rénovation de la National Gallery of Victoria à Melbourne, dont il a été le directeur adjoint, et à la construction de nouvelles salles destinées à ses collections d’art australien. Selon Neil Rudenstein, administrateur qui faisait partie du jury de sélection, ces expériences ont pesé dans son recrutement par la Fondation Barnes. D’après le président de celle-ci, Bernard Watson, le nouveau musée sera mis en chantier à l’automne 2007, et le concours d’architecture sera lancé au cours des prochains mois, dès l’achèvement du cahier des charges.
Une des questions les plus sensibles est de savoir si le nouveau bâtiment reproduira le style sui generis des salles créées à Merion par le Dr Barnes. Rudenstein précise qu’en conformité avec les décisions du juge, le bâtiment reprendra « la disposition originale des salles et de leur distribution ainsi que l’accrochage des tableaux, de sorte que nous conserverons la manière qu’avait Barnes d’envisager les murs, sans déplacer les tableaux. Nous nous sentons aussi tenus de recréer une atmosphère intimiste et presque familiale, de sorte qu’on ne se sente jamais dans un musée ordinaire. »
Selon Rudenstein, la Fondation Barnes ne s’associera pas avec d’autres institutions comme le Philadelphia Museum of Art, et il n’a aucun projet de vente ou de location d’œuvres (lire p. 6). « La collection est figée, et nous ne projetons pas de demander aux juges de pouvoir prêter des pièces. » Le nouveau musée accueillera néanmoins des expositions temporaires. « Les expositions à sensation ne nous intéressent pas, mais nous aimerions pouvoir organiser des événements », précise-t-il, en imaginant par exemple une manifestation sur les Baigneuses de Cézanne, dont la Fondation possède une version. Quant au domaine de Merion, il deviendra un centre de recherche où seront conservées les archives de la Fondation.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°244 du 6 octobre 2006, avec le titre suivant : La Fondation Barnes change de cap

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