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Est-ce un Caravage ? L'Espagne bloque in extremis la vente d'un tableau

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 9 avril 2021 - 673 mots

MADRID / ESPAGNE

Il devait être mis à prix 1 500 euros. Le gouvernement espagnol a bloqué jeudi, à quelques heures des enchères, la vente d'un tableau, pensant qu'il pourrait s'agir d'un Caravage, le maître italien du clair-obscur.

Entourage de José de Ribera, Le Couronnement d'épines (détail), XVIIe siècle, huile sur toile, 111 x 96 cm. © Ansorena
Entourage de José de Ribera, Le Couronnement d'épines (détail), XVIIe siècle, huile sur toile, 111 x 96 cm.
© Ansorena

Cette huile sur toile, appelée Le couronnement d'épines et considérée jusqu'alors comme l'œuvre d'un peintre issu de l'école de José de Ribera, a été déclarée « inexportable » et ne pourra pas sortir d'Espagne, « par mesure de précaution », ont indiqué à l'AFP des sources gouvernementales. Une décision prise sur la base d'un rapport du musée du Prado mettant en lumière « des preuves documentées et stylistiques suffisantes » pour envisager que l'œuvre soit de Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage.

Contactée par l'AFP, la salle des ventes Ansorena, qui était chargée des enchères, a confirmé le retrait du tableau de la vente.

Etant donnée la « rapidité des événements », il faudra à présent procéder à une étude technique et scientifique « approfondie » afin de déterminer, « au cours d'un débat académique, si l'attribution au Caravage est vraiment plausible », ont encore souligné les sources gouvernementales.

« Nous allons voir si c'est un Caravage », a confirmé, lors d'une visite dans une foire d'art contemporain à Madrid, le ministre de la Culture espagnol, José Manuel Rodriguez Uribes.

Les experts divisés

Spécialiste du Caravage, Maria Cristina Terzaghi, professeure d'histoire de l'art moderne à l'Université de Rome III, qui a exprimé des doutes sur l'auteur de cet Ecce Homo, pense qu'il pourrait s'agir d'une toile du maître italien (1571-1610). « C'est lui », a-t-elle assuré dans les colonnes du journal italien La Repubblica. « Le manteau pourpre dont on vêtit le Christ a la même valeur que le rouge de la Salomé (avec la tête de saint Jean-Baptiste) du Prado à Madrid », du Caravage, selon elle. « Cette œuvre présente un lien profond avec les peintures réalisées » par Le Caravage  « au début de son séjour napolitain », a-t-elle encore dit.

Le Caravage (1571-1610), Salomé avec la tête de Saint Jean Baptiste, c. 1607, 114 x 137 cm, huile sur toile, collection Musée du Prado, Madrid. Public Domaine
Le Caravage (1571-1610), Salomé avec la tête de Saint Jean Baptiste, c. 1607, 114 x 137 cm, huile sur toile, collection Musée du Prado, Madrid.
Photo Wikimedia

Expert reconnu par toutes les maisons françaises, Eric Turquin n'est pourtant pas de cet avis. « Je n'ai pas vu le tableau, mais je n'ai pas du tout été convaincu par la photo. On ne peut être sûr, mais je ne crois pas qu'il soit du Caravage. (...) Je ne vois pas la main de Caravage dans ce tableau. Le sujet est certes caravagesque, et il a été probablement peint entre 1600 et 1620 par un bon peintre, mais pas Caravage », a-t-il déclaré à l'AFP.

Le Caravage, rappelle La Repubblica, avait peint à Rome en 1605 un Ecce Homo pour le cardinal Massimo Massimi. Un tableau sur le même thème, dont la description correspond au tableau dont la vente a été bloquée, est inventorié en 1631 dans la collection de Juan de Lezcano, ambassadeur d'Espagne au Saint-Siège, et se trouvait en 1657 à Naples, dans la collection de García de Avellaneda y Haro, comte de Castrillo et vice-roi de Naples.

La Salomé, qui fait partie des biens royaux espagnols depuis 1666 et est visible au Prado, appartenait aussi à la collection du vice-roi. Les deux tableaux pourraient donc avoir quitté l'Italie pour l'Espagne avec leur propriétaire en 1659.

Dans un grenier à Toulouse

Une autre toile, découverte dans un grenier à Toulouse (sud-ouest de la France) et attribuée au Caravage par des experts, dont Eric Turquin, a fait couler beaucoup d'encre ces dernières années.

Caravage Judith  Holopherne Toulouse
Le tableau Judith tranchant la tête d’Holopherne (c. 1604-1605 ?) découvert dans un grenier toulousain en avril 2014. La peinture est attribuée au Caravage par le cabinet d'expertise Eric Turquin.
© Photo Studio Sebert

Mise à prix pour 30 millions d'euros et estimée de 100 à 150 millions, Judith et Holopherne avait été vendue en juin 2019 à un acheteur étranger, 48 heures avant sa vente aux enchères, qui avait donc été suspendue.

Après sa découverte en 2014, ce tableau avait été classé par l'Etat français « trésor national », afin d'empêcher là aussi sa vente à l'étranger. Mais le manque de certitude sur son authenticité, qui a divisé les experts, et sa valeur avaient finalement joué dans la décision de l'Etat de ne pas s'en porter acquéreur.

Quelques jours après la vente, l'acheteur avait été identifié par des médias comme un collectionneur d'art américain proche du Metropolitan Museum of Art de New York.

Par Alvaro Villalobos, avec Gaël Branchereau à Rome

Cet article a été publié par l'AFP le 8 avril 2021.

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