Insolite

Ces incroyables photos d’un Caravage transporté dans les rues de Naples

Par Olivier Tosseri (correspondant à Rome) · lejournaldesarts.fr

Le 27 mai 2019 - 558 mots

NAPLES / ITALIE

Un photographe a saisi le déplacement il y a 28 ans d’un tableau du Caravage dans des conditions inimaginables aujourd’hui.

Transport des Sept oeuvres de Misericorde du Caravage, vers l'église Pio Monte della Misericordia à Naples, le 15 février 1991 © photo Stefano Renna
Transport des Sept oeuvres de Misericorde du Caravage, vers l'église Pio Monte della Misericordia à Naples, le 15 février 1991
© photo Stefano Renna

C’est l’histoire mouvementée d’une toile qu’on refuse de déplacer. Celle des Sept œuvres de Miséricorde du Caravage. Toute première œuvre exécutée par l’artiste lors de son arrivée à Naples en 1606, elle devait ouvrir l’exposition qui se tient actuellement au Musée Capodimonte. Quelques kilomètres à peine séparent l’Eglise de la congrégation du Pio Monte della Misericordia (pour laquelle la toile a été réalisée et où elle a toujours été conservée) et le musée qui en réclamait le prêt. Alors que toutes les autorisations pour le déplacement de l’immense tableau de 390 x 260 cm étaient acquises, un veto ministériel a empêché à la dernière minute le prêt.

Transport des Sept oeuvres de Misericorde du Caravage, vers l'église Pio Monte della Misericordia à Naples, le 15 février 1991 © photo Stefano Renna
Transport des Sept oeuvres de Misericorde du Caravage, vers l'église Pio Monte della Misericordia à Naples, le 15 février 1991
© photo Stefano Renna

Gino Famiglietti, le nouveau directeur général du ministère de la Culture, a ainsi désavoué Luciano Garella, le surintendant aux beaux-arts et au paysage de Naples. La polémique n’a cessé d’enfler suite à un article publié par Nicola Spinosa, ex-surintendant et directeur de Capodimonte. Soutenu par des critiques d’art influents, il y dénonce ce déplacement à des fins qu’il estime essentiellement commerciales pour spéculer sur la popularité du nom Caravage. Il invoque également des questions liées aux conditions de conservation. 

Transport des Sept oeuvres de Misericorde du Caravage, vers l'église Pio Monte della Misericordia à Naples, le 15 février 1991 © photo Stefano Renna
Transport des Sept oeuvres de Misericorde du Caravage, vers l'église Pio Monte della Misericordia à Naples, le 15 février 1991
© photo Stefano Renna

Sylvain Bellenger, le directeur français de Capodimonte essuie donc un refus au motif que « les risques auxquels l’œuvre serait exposée au seul but de la déplacer dans une institution culturelle qui se trouve à un peu plus de deux kilomètres de l’Eglise dans laquelle elle est bien conservée, déconseillent l’autorisation de son prêt ». Pourtant, le même Nicola Spinosa qui, en 2004, occupait le fauteuil de Sylvain Bellenger, avait fait venir les Sept œuvres de Miséricorde pour l’exposition Caravage dont il était alors commissaire !

La mémoire lui ayant manqué pour un événement remontant à une quinzaine d’années, il aura sans doute aussi oublié l’avant-dernier voyage du tableau qui date de près de 30 ans. 

Transport des Sept oeuvres de Misericorde du Caravage, vers l'église Pio Monte della Misericordia à Naples, le 15 février 1991 © photo Stefano Renna
Transport des Sept oeuvres de Misericorde du Caravage, vers l'église Pio Monte della Misericordia à Naples, le 15 février 1991
© photo Stefano Renna

Si le sujet est abordé aujourd’hui avec gravité, le tableau avait été traité avec beaucoup de légèreté à l’époque. C’est ce que documente une série de clichés provenant des archives de Stefano Renna et publiés par le quotidien La Repubblica. Il y a 28 ans, via dei Tribunali à Naples, le photographe tombe nez-à-nez avec le tableau du Caravage. 

Ironie de l’histoire après le séisme d’Irpinia qui avait ravagé la Campanie le 23 novembre 1980, le tableau avait trouvé refuge justement à Capodimonte le temps de s’assurer qu’il puisse en toute sécurité réintégrer l’Eglise qui l’abritait et qui nécessitait d’être restaurée. 

Transport des Sept oeuvres de Misericorde du Caravage, vers l'église Pio Monte della Misericordia à Naples, le 15 février 1991 © photo Stefano Renna
Transport des Sept oeuvres de Misericorde du Caravage, vers l'église Pio Monte della Misericordia à Naples, le 15 février 1991
© photo Stefano Renna

Il y fera donc son retour le 15 février 1991 dans des conditions inimaginables : sur les épaules de deux portefaix qui le saisissent à mains nues. Esquivant les automobiles et les passants, ils s’accordent même une pause déposant quelques instants la toile à même le sol avant de la hisser avec désinvolture, mais non sans agilité, au-dessus de l’autel.  

« Ce qui me frappe le plus, se souvient Stefano Renna, c’est le caractère rudimentaire du transport sans les précautions exigées aujourd’hui ou le recours aux moyens de transport qui existaient déjà alors. J’essaie de me demander ce que ressentirent les napolitains en croisant l’œuvre du grand Merisi. Il y avait une simplicité qui a disparu. » 

C’est l’une des rares fois où « faire descendre l’art dans la rue » ne fut pas un simple slogan. 

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