Des œuvres bien nourries

Les rituels des Indiens d’Amérique se poursuivent au musée

Le Journal des Arts

Le 2 mai 1997 - 318 mots

Conséquence inattendue d’une loi adoptée en 1990 aux États-Unis, des Indiens continuent de se livrer à des cérémonies rituelles au sein même des musées américains qui exposent leurs objets traditionnels.

DENVER. Les Indiens Hopis considèrent les masques comme des êtres vivants qui doivent être nourris. C’est pourquoi, à certains moments de l’année, un vieil Hopi offre de la farine de maïs à un masque Kachi­na exposé au Denver Art Museum – un rituel qui s’accomplit au grand dam de Nancy Blomberg, conservateur du département d’Art indien, puisque la nourriture déposée dans une vitrine attire une nuée d’insectes. Ce cauchemar de conservateur est devenu une réalité dans de nombreux musées américains depuis le vote du Native American Graves Protection and Repatriation Act (NAGPRA) en 1990. Cette loi a été adoptée afin de déterminer qui était responsable des dépouilles mortelles et des objets culturels indiens conservés dans des collections publiques américaines. Jusqu’alors, les tribus indiennes ne s’étaient que peu ou pas exprimées sur la manière dont leurs objets traditionnels, sans parler des dépouil­les de leurs ancêtres, étaient manipulés ou exposés. Mais tout a changé depuis 1990. Ainsi, Nancy Blomberg ne s’étonne plus qu’un ancien de la tribu des Indiens des Plaines vienne accomplir une cérémonie de purification. Néan­moins, avant qu’il ne brûle des nattes d’her­be au cours du rite, le conservateur s’assure que les extincteurs auto­matiques ont bien été débranchés ! Le NAGPRA rappelle au monde que le musée est un concept occidental relativement moderne. Les Indiens n’ont jamais eu l’intention d’y voir exposés leurs artefacts, d’autant que ceux-ci ont été créés à des fins rituelles souvent incompatibles avec les pratiques habituelles des musées. Par exemple, les dieux-idoles de guerre des Zunis sont fabriqués en bois afin qu’ils puissent se décomposer avec le temps. Bien des conservateurs seraient horrifiés à l’idée de laisser pourrir un objet mais, dans ce cas, la coutume tribale doit prévaloir sur la doctrine du musée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°37 du 2 mai 1997, avec le titre suivant : Des œuvres bien nourries

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