Samedi 16 novembre 2019

Musée

Rénovation

Courbet en fer de lance

Par Julie Portier · Le Journal des Arts

Le 26 avril 2011 - 948 mots

Le conseil général du Doubs mise sur son nouveau Musée Courbet. Un coup de poker pour dynamiser le département.

ORNANS - Après trois ans de travaux, le Musée Courbet, à Ornans (Doubs), ouvrira ses portes au public le 2 juillet (1). Jusqu’alors confinée dans l’ancien hôtel Hébert (la maison dite « natale » du chef de file du réalisme), l’institution quadruple sa superficie pour s’étendre sur 2000 m2 gagnés sur deux édifices contigus acquis par le département, l’hôtel Champereux et la maison Borel. Avec un budget global de 9,2 millions d’euros dont il prend à sa charge les deux tiers, le conseil général du Doubs affiche ses ambitions de faire de ce nouveau musée « à vocation internationale » le point de convergence d’un vaste projet de valorisation du territoire sous le titre « Pays de Courbet, pays d’artiste ».

Le programme a déjà vu le réaménagement du site naturel de la source de la Loue, sujet récurrent dans les tableaux du peintre, et la restauration de la ferme familiale de Flagey en gîte rural, complété d’une salle d’expositions et de conférences dont la programmation sera assurée par le musée. À terme, ces lieux dessineront un parcours touristique relié par des sentiers de randonnée dont l’ultime point de chute sera le dernier atelier de l’artiste, installé au cœur de la campagne ornanaise, aujourd’hui en bordure de la nationale… Deux fresques de l’artiste y attendent encore le déblocage des fonds nécessaires à leur restauration.

Claude Jeannerot (PS), président du conseil général du Doubs, se félicite d’avoir donné les moyens à la naissance de ce projet entre nature et culture, qui a obtenu du ministère de la Culture le label « ethnopôle » (attribué à trois autres sites en France). Aussi aurait-il reçu plusieurs promesses de mécénat encore tenues secrètes : « Vous n’imaginez pas ce que Courbet peut être attractif ! », s’enorgueillit Claude Jeannerot. Ces atouts en poche, il annonce déjà une augmentation de 100 % de la fréquentation du musée (de 25 000 à 50 000 visiteurs). 

Un projet qui ne fait pas l’unanimité
Ces autocongratulations viennent couvrir les voix des détracteurs du « Courbet land ». L’ambitieux projet architectural ne fait en effet pas l’unanimité dans le petit village franc-comtois, peu habitué au changement. Ses défenseurs justifient son audace par le patronage du peintre souvent controversé, qui ordonna d’« encanailler l’art ». Mais son ennemi numéro un reste Jean-Jacques Fernier, fils du peintre Robert Fernier qui fonda l’Institut Gustave-Courbet dans les années 1940 et fut un des pionniers dans le regain d’intérêt de l’histoire de l’art pour le peintre réaliste. Trente ans plus tard, Fernier fait l’acquisition de la maison Hébert où est inauguré le Musée Courbet, dont la direction est confiée à l’institut. À la mort du fondateur, ce dernier cède les murs et la collection au département du Doubs, tandis que Jean-Jacques Fernier prend la succession de son père en tant que conservateur bénévole, jusqu’à la fermeture du musée en 2008 et la nomination comme conservatrice de Frédérique Thomas-Maurin, anciennement en charge des collections XIXe au Musée des beaux-arts de Besançon.

L’institut poursuit ses activités d’éditions et d’expositions hors les murs, ses archives et son fonds d’œuvres, dissociés du patrimoine public en 2004, ayant retrouvé un toit… juste en face du musée. « C’est dommage que Jean-Jacques Fernier le prenne mal », commente Frédérique Thomas-Maurin. D’autant plus dommage que le musée ne peut se passer de l’institut pour son accrochage permanent, composé pour moitié de ses œuvres, mais également pour l’importance de sa connaissance scientifique. En cohérence avec le projet global, l’architecture du nouveau musée, conçue par Christine Edeikins (Ateliers 234), est pensée dans un dialogue avec la nature, justifiant notamment l’aménagement d’une coursive de verre reliant les trois édifices en bordure de la Loue, ou un plancher transparent au-dessus de la rivière, tandis que la visite s’achève dans le jardin d’agrément de l’hôtel Hébert qui recouvre sa fonction d’origine. « Le visiteur s’imprègne de ce paysage pour mieux entrer dans la peinture de Courbet », signale l’architecte. Elle est parvenue à dessiner un parcours fluide menant aux nouvelles salles spacieuses depuis la maison natale « laissée dans son jus », mais où dénote toutefois la signature des scénographes Philippe Comte et Bruno Tainturier dans d’impromptus luminaires rectangulaires en acier inoxydables rappelant le mobilier des guichets de banques dans les années 1970. 

Vastes espaces  d’expositions temporaires
La difficulté de composer avec un nombre très réduit d’œuvres (cinquante au total) a été résolue par la multiplication des escales pédagogiques et les « temps de pause », confirmant le projet du musée d’initiation à l’œuvre du peintre (le visiteur est ensuite incité à se rendre dans les musées où sont conservées les pièces majeures). Au centre de ce parcours, les scénographes signent un dispositif monumental, une boîte suspendue qui apparaît en saillie sur la façade en verre et lui confère toute sa théâtralité. Une symbolique qui peut cependant laisser perplexe, puisque ce signe distinctif du musée dans la ville est une boîte vide… Elle abrite la projection des « grandes toiles de la rupture » dont Un enterrement à Ornans, qui figurait autrefois dans le musée exigu par une mauvaise reproduction sur papier. L’avantage principal de cet agrandissement nécessaire est d’offrir de vastes espaces d’expositions temporaires, qui accueilleront, dès l’ouverture du musée, l’exposition « Œuvres croisées, Courbet-Clésinger » organisée en collaboration avec le Musée d’Orsay, à Paris. La conservatrice annonce déjà deux autres projets de mises en regard de l’œuvre de Courbet avec celle de Francis Bacon en 2013, et de Cézanne en 2014.

(1) Musée Courbet, ouverture le 2 juillet, place Robert-Fernier, 25290 Ornans, tél. 03 81 86 22 88, www.musee-courbet.fr, tlj sauf mardi 10h-18h

Légende photo

Entrée du musée Courbet, à Ornans, depuis la place Robert-Fernier - © Ateliers 234

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°346 du 29 avril 2011, avec le titre suivant : Courbet en fer de lance

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