Mercredi 23 septembre 2020

Entreprise

Bras de fer à la Fondation Bemberg de Toulouse

Par Lorraine Lebrun · lejournaldesarts.fr

Le 10 septembre 2020 - 828 mots

TOULOUSE

Les négociations tendues sur le sort d’une partie du personnel pendant et après la fermeture pour travaux sont bloquées.

La fondation Bemberg à Toulouse. © JJAder/Fondation Bemberg
La fondation Bemberg à Toulouse.
© JJAder / Fondation Bemberg

C’est une situation difficile que vit en ce moment la Fondation Bemberg. Le musée toulousain installé dans l’hôtel d’Assézat, un édifice du XVIe siècle, doit fermer pour d’importants travaux d’aménagement intérieur le 1er novembre prochain. La réouverture ne devrait pas intervenir avant février 2022. Les travaux, annoncés fin 2019, seront menés par l’architecte-scénographe Philippe Pumain. 

Une fermeture qui affecte nécessairement le personnel sur place, les guides-conférenciers, les agents d’accueil et les surveillants de salle, qui « n’auront plus du tout de travail entre 12 et 14 mois, puisque le musée sera une coquille vide », précise au Journal des Arts, Philippe Cros, le directeur de la Fondation.

Lors d’une réunion d’information, qui s’est tenue après le confinement, le personnel apprend que la Fondation souhaite se séparer des trois quarts de ses effectifs, soit seize des vingt-et-un employés, tous en CDI, certains en poste depuis l’ouverture du musée il y a 25 ans. Une annonce que le collectif des salariés, qui fédère quatorze des seize salariés, qualifie de « brutale, tant sur le plan émotionnel que sur le plan psychologique », le tout dans le contexte de la crise sanitaire. 

S’ouvrent alors des négociations pour une rupture conventionnelle collective. Le collectif des salariés assure avoir voulu « jouer la carte de la confiance » et de la discussion, amendant le texte proposé par la direction. Mais ils disent se heurter, depuis septembre, à une proposition « à prendre ou à laisser » : « Nous avons reçu une fin de non-recevoir à toutes les alternatives envisagées. Finalement, on nous laisse le choix entre un licenciement économique, qui nous parait abusif, et la rupture conventionnelle collective que la direction fait semblant de négocier. » Ce à quoi Philippe Cros répond : « Aucune contre-proposition raisonnable ne nous a été faite en retour ».

Le 11 août, dans un entretien à La Dépêche, le directeur de la fondation affirmait que « les discussions avec le personnel étaient en cours. […] Ceux qui le souhaitent seront par la suite réembauchés ». Mais le collectif des salariés parle lui d’un « vœu pieux » et dit n’avoir « aucune garantie sur les conditions d'une éventuelle réembauche ». Ce que réfute M. Cros : « Sans ambiguïté aucune, a été faite la proposition de reprendre tous les salariés à leur ancienneté, et de faire un effort compensatoire pour les ramener à ce qu’ils auraient eu en termes de salaire. En plus, la fondation proposait un gros budget de formation pour aider ceux qui veulent évoluer ou changer de voie. »

Alfred Pacquement, l’ex-directeur du Musée national d’art moderne et aujourd’hui (entre autres) président de la Fondation Bemberg le confirme au Journal des Arts : « j’ai pris l’engagement personnel de reprendre tous les salariés à la fin des travaux, sous réserve d’un accord collectif de rupture conventionnelle ».

« De l’intérieur, on voit bien le fonctionnement de la fondation, qui ne demande pas d’argent, qui fait des acquisitions. L’argument économique n’est pas entendable pour nous. » La Fondation, dotée de ressources confortables par son fondateur George Bemberg, va payer l’intégralité des travaux « sans aucune subvention, ni publique, ni privée » comme le détaillait Philippe Cros à La Dépêche. Le montant des travaux n’a pas été officiellement communiqué, mais en début d’année, Le Moniteur annonçait un budget prévisionnel de 1,9 million d’euros HT. Interrogé à ce sujet, le directeur précise : « Le chiffre ne vient pas de moi, mais ne me semble pas absurde. »

Le dialogue semble aujourd’hui bloqué. « On espère que les lignes vont bouger, mais dans le même temps, le mal-être des salariés ne cesse de croître. », confie l’un des salariés. Interrogé, le directeur nous a répondu : « Nous prenons acte de ce qu’ils disent mais n’avons pas à répondre à bout portant. La suite n’est pas encore écrite. »

Les travaux, prévus de longue date, doivent permettre une « remise à plat, de remettre les choses aux goûts de Monsieur Bemberg de manière unitaire et non pas salle par salle. C’est repenser une globalité dans l’esprit de son goût et de ses projections pour le musée », explique Philippe Cros. Outre des opérations de mise aux normes et de maintenance, indispensables à la bonne conservation des œuvres, il s’agit d’améliorer l’expérience de visite ainsi que la médiation. Mais c’est surtout toute la muséographie et la scénographie qui doivent être harmonisées et modernisées. « On veut vraiment garder le raffinement d’une présentation de collection d’amateur […] L’esprit décoratif voulu par Monsieur Bemberg, avec une présence “vivante” de certains objets, doit demeurer. » L’accrochage des œuvres sera également revu par la même occasion. « Par nos acquisitions, nous avons maintenant la possibilité de mettre en place une salle dédiée au XVIIe siècle ».

Pendant la fermeture, une partie de la collection fera l’objet d’une exposition hors les murs inédite à la Fondation de l’Hermitage de Lausanne, du 22 janvier au 30 mai 2021. En attendant, il est encore possible de visiter la Fondation Bemberg, qui présente l’exposition « De l'autre côté du rêve. Collections de la Fondation des Treilles » jusqu’au 31 octobre.

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