Mardi 10 décembre 2019

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Liban

Beyrouth, s’ouvre à l’art moderne et contemporain

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 24 mars 2015 - 1063 mots

BEYROUTH / LIBAN

Les musées et initiatives privées se multiplient pour que Beyrouth devienne un lieu éminent de l’art contemporain et moderne au Moyen-Orient.

Le musée Sursock à Beyrouth au Liban
Le musée Sursock à Beyrouth au Liban
© photo Bert Ilvidet

BEYROUTH - Depuis quelques années, l’ébullition artistique et culturelle de la capitale libanaise portée par des institutions de référence, telles que le Beirut Art Center ou Ashkal Alwan, est manifeste. Cependant, elle connaît depuis janvier une concentration d’événements annonciateurs de profonds bouleversements dans le paysage muséal libanais. Pas moins de deux musées d’art moderne et contemporain sont annoncés d’ici 2020. Ils pallieront l’absence d’institutions muséales d’art moderne et contemporain dans le  pays, mis à part le Musée Sursock constitué autour d’une collection privée.
Le 27 janvier, l’Association pour la promotion et l’exposition des arts au Liban (APEAL) organisait à Beyrouth, via Christie’s, une vente aux enchères de 21 œuvres offertes par des artistes et des particuliers pour soutenir le futur musée de l’association, connue pour son dynamisme dans le soutien à la scène artistique libanaise. « L’université Saint-Joseph a mis à la disposition de l’APEAL un terrain de 2 850 m2 qui pourra accueillir 12 000 m2 de bâti face au Musée national de Beyrouth (NDLR musée d’archéologie et d’histoire). Le concours d’architecture a été lancé », souligne le collectionneur Abraham Karabajakian, membre actif de l’association qui a déjà décidé avec Roger Akoury, son partenaire, de prêter et donner une partie des 600 œuvres d’art moderne et contemporain libanais et international réunies dans leur collection.

Parallèlement le projet de Mario Saradar, président du Groupe Saradar (groupe libanais partagé entre la finance, la banque et l’immobilier) d’élever, dans cinq ou six ans, un musée d’art moderne et contemporain à Beyrouth avance à grand pas. Un comité d’experts réuni notamment autour de Catherine David, Sandra Dagher (cofondatrice du Beirut Art Center) et Christine Tohme (fondatrice d’Ashkal Alwan) a été « créé dès le lancement du projet en 2012 pour guider le groupe Saradar dans la mise en place de sa collection de peintures, sculptures, photos, installations et vidéos, dotée aujourd’hui de 140 pièces », précise Lina Kyriakos Chidiac, président-directeur-général d’ACE Saradar group.

Dans l’immédiat, c’est le musée Sursock qui, après avoir été fermé pendant sept ans pour rénovation, se prépare à rouvrir début septembre. Pour celui qui fut le premier musée des beaux-arts du Liban lors de son ouverture en 1961, et demeure encore à ce jour le seul, c’est un nouveau chapitre de son histoire qui s’écrit. Les 2 000 m2 de l’ancien palais légué par Nicolas Sursock à la ville pour en faire un musée ont été rénovés à l’identique par Jean-Michel Wilmotte et Jacques Abou Khaled, tandis que des espaces complémentaires de 8 500 m2, parfaitement intégrés à l’architecture ancienne du bâtiment, ont été conçus pour abriter un auditorium, un espace d’exposition temporaire, un atelier de restauration, des ateliers pédagogiques et une bibliothèque d’art accessible au public. À l’entrée du musée, café-restaurant et boutique compléteront l’offre. « Regards sur Beyrouth. 160  ans d’images » – issues de la collection Fouad Debbas – inaugurera ses nouveaux espaces aux côtés d’espaces permanents dédiés à la collection du musée d’art des années 1950-1990, principalement libanais. La constitution d’un budget et d’un comité d’acquisition sous l’égide de sa nouvelle directrice Zeina Arida, ainsi que sa volonté d’accueillir d’autres collections privées ou des expositions conçues par de grandes institutions internationales donnent par ailleurs la mesure des ambitions de l’institution.
L’ouverture prochaine de la Fondation Aishti près de Beyrouth est l’autre événement attendu de cette année. Créée par Tony Salamé, propriétaire des grands magasins de luxe Aishti, elle disposera de 4 000 m2 aménagés dans le nouveau complexe commercial qu’il vient de faire construire par l’architecte David Adjaye pour présenter sa collection d’art contemporain, constituée en une dizaine d’années autour des blockbusters de la scène artistique internationale et plus récemment d’artistes conceptuels libanais.

Mobilisation des collectionneurs
En attendant l’ouverture de ces nouveaux lieux, l’exposition « Open/Rhapsody » au Beirut Exhibition Center, donne depuis le 2 mars la mesure de l’engagement des collectionneurs du pays à se mobiliser « pour donner le meilleur au public libanais », pour reprendre les termes de Tarek Nahas, l’initiateur et cosignataire de cette exposition de photographies et vidéos conçue autour de pièces issues de sa propre collection et de celles de collectionneurs du pays mises en dialogue avec des vidéos de la Maison européenne de la photographie.

« En eux, il y a la volonté de montrer que la vie ne s’arrête pas malgré les difficultés géopolitiques qui entourent le Liban », note Marine Bougaran, chef de projet au sein de Beirut Art Fair, spécialiste photo. « Les Libanais sont là pour soutenir leur pays, notamment à travers l’art, pour montrer qu’il existe une vraie dynamique. » « Il existe un véritable élan général pour faire de Beyrouth le point d’ancrage de l’art contemporain au Moyen-Orient », relève la galeriste Imane Farès. « Au cours des dernières années, les instabilités sociales et politiques dans les villes majeures du monde arabe telles que Damas, Le Caire, Bagdad, ont provoqué un déplacement du centre de gravité de l’art et de la culture du monde arabe vers Abou Dhabi, Dubaï et Doha. On remarque aussi un réel effort dans des pays comme le Maroc, où vient d’ouvrir à Rabat un nouveau musée d’art contemporain, ou comme la Jordanie, où Darat al Funun continue de présenter d’excellentes manifestations artistiques. Cependant, les développements les plus intéressants dans la culture au Moyen-Orient se déroulent à Beyrouth. » Ce qu’effectivement la capitale libanaise s’emploie à démontrer.

Une exposition manifeste

Tarek Nahas, avocat de profession, à la tête avec son père de l’un des cabinets juridiques les plus importants du Liban, est le seul collectionneur de photographies du pays. En organisant « Open/Rhapsody » au Beirut Exhibition Center en partenariat avec Jean-Luc Monterosso de la Maison européenne de la photographie, qui prête des vidéos de l’exposition, il révèle que la photographie contemporaine est bien présente dans les collections privées les plus prestigieuses du pays comme celle d’Abraham Karabajakian, Karim Abillama, Élias Kanaan ou Élie-Pierre Sabbagh contrairement à ce qu’au Liban et ailleurs on imaginait. Dans une scénographie fluide signée Roger Moukarzel, des signatures de la photographie contemporaine : Wolfgang Tillmans, Gerhard Richter, Thomas Ruff, Alex Prager, Roni Horn, Valérie Belin, Nan Goldin, Taryn Simon ou Hiroshi Sugimoto pour ne citer qu’eux dialoguent à merveille avec Arkram Zaatari, Yto Barrada, Fouad Elkoury, Ziad Antar, Ali Cherri, Walid Raad ou Mona Hatoum.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°432 du 27 mars 2015, avec le titre suivant : Beyrouth, s’ouvre à l’art moderne et contemporain

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