Dimanche 17 novembre 2019

Musée

Berne : une nouvelle île pour les musées ?

Par Ingrid Dubach-Lemainque · Le Journal des Arts

Le 7 novembre 2019 - 809 mots

BERNE / SUISSE

Le projet contesté d’un quartier réunissant onze institutions culturelles, d’un coût de plus de 200 millions d’euros, fera bientôt l’objet d’un référendum local.

Le site du projet de « quartier des musées » à Berne, en Suisse, avec au premier plan le Musée historique. © Photo Boris Baldinger
Le site du projet de « quartier des musées » à Berne, en Suisse, avec au premier plan le Musée historique.
© Boris Baldinger
Courtesy Ville de Berne

Berne (Suisse). L’annonce a fait sensation à Berne à la fin du printemps : un quartier des musées allait naître au cœur de la capitale suisse, sur la rive droite de l’Aare, dans le quartier huppé de Kirchenfeld. Le souhait de repenser cette partie de la ville, autour de la Helvetiaplatz, datait déjà de plusieurs années. Les résultats de l’étude de faisabilité, commandée en 2017 par la Ville de Berne, ont été rendus publics en avril dernier. C’est à l’Autrichien Dieter Bogner, historien de l’art et concepteur de musées, celui-là même qui avait développé avec succès le MuseumsQuartier de Vienne en Autriche, qu’avait été confiée la mission d’évaluer le potentiel de cette zone. Érigé en modèle, le quartier des musées de Vienne, inauguré en 2001, comme l’Île aux musées de Berlin ou le Museumsareal de Münich, semble faire des émules.

Les spécificités du cadre bernois existent cependant. Contrairement au projet viennois, pour les besoins duquel plusieurs musées avaient été construits, « à Berne, les musées de Kirchenfeld sont déjà là, pointe Dieter Bogner. On doit simplement les accorder au niveau de leur contenu (les collections), de la logistique et de leur fonctionnement pour en faire un ensemble cohérent de niveau international. Il faut, en particulier, les rendre plus accessibles aux visiteurs. Aujourd’hui encore, ils sont séparés les uns des autres par des grillages, des places de parking ou des baraquements ».

C’est dans un même périmètre délimité par quatre artères que voisinent les onze institutions culturelles concernées par ce projet, parmi lesquels neuf musées – notamment le Musée historique bernois, le Musée d’histoire naturelle, le Musée de la communication, le Yehudi Menuhin Forum, le Musée alpin et la mythique Kunsthalle qui avait hébergé en 1969 l’exposition « Quand les attitudes deviennent forme » signée Harald Szeemann. Les thèmes de la nature, de l’histoire, de la musique, de l’art, de la culture au sens large sont ainsi déjà réunis à quelques mètres les uns des autres, il ne manque plus qu’à en faire une entité cohérente.

Une cour intérieure donnant accès aux musées

La proposition de Bogner paraît simple : se fondant sur le bâti existant, elle consisterait à faire du bâtiment du Musée historique, imposant pastiche de château Renaissance suisse, la porte d’entrée du quartier des musées. Un passage souterrain au musée guiderait les visiteurs dans une cour intérieure transformée en parc à partir duquel les musées existants seraient accessibles. Des réserves souterraines attribuées principalement au Musée historique mais ouvertes aux musées de la Ville seraient construites sous le parc. Unique bâtiment apparent à être nouvellement bâti, un pavillon en bordure de parc serait aménagé pour des activités de médiation communes aux musées. Fédérer les musées autour de projets d’exposition communs viendrait enfin donner tout son sens au projet : des exemples de thématiques transversales à toutes les institutions (les migrations ou le changement climatique) ont déjà été évoqués.

Si la Ville et le canton de Berne se posent en ardents défenseurs du projet, c’est dans la perspective de renforcer l’attractivité de la ville pour les touristes suisses comme étrangers. Dopés par cette réalisation, les chiffres de fréquentation des musées bernois se monteraient, selon les estimations, à un million de visiteurs par an, soit une part significative des 13 millions de visiteurs annuels comptabilisés dans les institutions muséales de Suisse.

Si l’enjeu est donc de taille, le budget alloué au projet le serait également : 235 à 255 millions de francs suisses (217 à 235 M€) apportés par la Ville, le canton et la Bürgergemeinde de Berne – une particularité suisse en matière d’institution rassemblant les familles aisées de la « bourgeoisie » historique de la ville. 100 millions de francs suisses (92 M€) seraient à eux seuls alloués à la rénovation et à la création de réserves pour le musée historique. La Confédération ainsi que deux acteurs importants du monde économique suisse – La Poste et le prestataire de télécommunications Swisscom – pourraient éventuellement contribuer au financement.

Mais quelques mois plus tard, l’enthousiasme printanier semble déjà un peu émoussé : « Doch nur ein Museumsinselchen ?» (finalement juste une petite île aux musées ?) titrait le quotidien bernois Der Bund le 9 septembre en référence aux réticences croissantes. Après la pause estivale, des voix de tous bords politiques critiquent en effet l’aspect pharaonique du projet et remettent en question la participation de la Ville, en mettant en avant l’endettement des finances publiques.

Démocratie directe oblige, le mot de la fin sera finalement celui de la population de la ville et du canton de Berne : les votations populaires qui seront organisées sur le sujet trancheront en faveur ou non d’un projet qui, s’il était accepté, se poursuivrait à l’automne 2020 avec l’organisation d’un concours d’architecture avant de voir le jour en 2025-2030.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°531 du 18 octobre 2019, avec le titre suivant : Berne : une nouvelle île pour les musées ?

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