Dimanche 25 février 2018

Les promesses de Bernard Arnault

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 9 août 2007

Il faut se méfier des effets d’annonce parce qu’ils sont parfois suivis de désillusions à la hauteur des espoirs qu’ils avaient su faire naître.

La présentation, le 2 octobre, par Bernard Arnault, président-directeur général de LVMH, de la future « Fondation Louis-Vuitton pour la création » et de la maquette du bâtiment signée Frank Gehry devant l’héberger semblent pourtant présager d’un nouveau souffle pour l’art à Paris. En prenant le temps de dévoiler ses plans, Bernard Arnault a pu aussi s’enrichir de l’expérience des autres, pour ne pas dire de l’autre. Et si le projet de l’île Seguin, qui avait commencé il y six ans par un fastueux concours d’architecture à l’accent régalien réunissant sept agences (Tadao Ando, Manuelle Gautrand, Steven Holl, Rem Koolhaas, MVRDV, Dominique Perrault et Álvaro Siza) – mais dont ne faisait pas partie Frank Gehry –, s’est soldé par un fiasco, le P.-D. G. de LVMH a d’emblée cadenassé son entreprise. L’architecte américain a dû se plier aux contraintes des règles draconiennes de la construction à Paris. Très tôt, le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, a été consulté pour apporter son soutien à ce projet qu’il considère déjà comme un « cadeau à Paris et à l’art ». Enfin, le ministre de la Culture et de la Communication, qui doit instruire le dépôt du statut de la future fondation, a aussi été convié le 2 octobre à saluer cette création « qui marquera durablement le paysage artistique de Paris ».

Cette belle unanimité pourrait augurer d’un début des travaux rapide et d’une ouverture d’ici quatre ans. Mais, au-delà de l’écrin et des félicitations circonstanciées, quel sera le projet de la Fondation Louis-Vuitton pour la création ? La réponse pour l’heure est des plus floues. Tout juste Bernard Arnault a-t-il confié vouloir ainsi faire « rayonner la France dans le monde », une ambition dont les projets artistiques de François Pinault ne semblent pas pour l’instant empreints. En bon stratège, le P.-D. G. de LVMH a aussi choisi avec tact l’emplacement de son futur vaisseau amiral culturel. Situé dans Paris, sur l’axe majeur du Louvre et des Champs-Élysées, le « nuage » de Gehry devrait attirer des milliers de personnes. Dans un palais d’un autre temps, la collection Pinault n’en finit pas d’attendre ses visiteurs (1)…

(1) Plusieurs fois sollicité, le Palazzo Grassi a toujours refusé de nous communiquer ses chiffres de fréquentation.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°244 du 6 octobre 2006, avec le titre suivant : Les promesses de Bernard Arnault

Tous les articles dans Opinion

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque