Mercredi 19 décembre 2018

Éditorial

Le pouvoir de nomination

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 15 janvier 2013 - 358 mots

Un groupe de députés emmenés par Patrick Bloche, le président de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, a déposé le 14 décembre dernier une résolution « aux fins d’améliorer le processus de recrutement à la tête des grandes institutions culturelles ». Ces parlementaires voudraient encadrer les nominations, qui relèvent trop souvent de la seule volonté de l’Élysée ou du ministre, par une commission consultative chargée d’auditionner les projets des postulants. Elle tombe à pic car, dans quelques semaines, il faudra remplacer Henri Loyrette (Musée du Louvre), Alfred Pacquement (Musée national d’art moderne/Centre Pompidou), renouveler ou non Guy Cogeval (Musée d’Orsay), Bruno Racine (BNF). Le ministère de la Culture, que l’on sent gêné par l’initiative, s’est bien gardé de commenter cette résolution. Pour notre part, nous avons souvent écrit que la méthode de recrutement proposée par l’Assemblée n’est pas efficace. Elle décourage les meilleurs candidats réticents à s’engager dans des procédures souvent longues et peu discrètes, et n’évite pas les manœuvres de l’exécutif pour imposer son candidat, même s’il est moins compétent. Au mieux, elle aboutit par une obligation de consensus à la désignation d’un candidat tiède.

Le pouvoir de nomination doit rester là où il est. En contrepartie, la feuille de route du nouveau patron doit être claire, détaillée, mesurable et rédigée peu après son arrivée, ce qui est loin d’être le cas. Plus encore, elle doit être rendue publique et faire l’objet d’une auto-évaluation, tout aussi publique tous les ans ou tous les deux ans. Il appartient alors au quatrième pouvoir, la presse, de faire sérieusement son travail d’analyse et d’en rendre compte à ses lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. La perspective d’un jugement critique de l’opinion tout au long de la mandature du directeur, qui atteint par ricochet ceux qui l’ont désigné, est le plus sûr moyen d’imposer à ces derniers de faire le meilleur choix dans l’intérêt de l’institution. Ce faisant, on comprendrait mieux pourquoi Arnaud Roffignon n’a pas été renouvelé à l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), et dans quelques mois on pourrait évaluer la pertinence de la nomination de Jack Lang à l’Institut du monde arabe, qui pour l’instant laisse perplexe.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°383 du 18 janvier 2013, avec le titre suivant : Le pouvoir de nomination

Tous les articles dans Opinion

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque