Musée

Centre Pompidou, un avenir procrastiné

Par Emmanuel Fessy · Le Journal des Arts

Le 6 mars 2021 - 584 mots

PARIS

Alors qu’il était fermé pour raisons sanitaires liées au Covid-19, le Centre Pompidou a annoncé sa fermeture pour travaux, de fin 2023 à fin 2026.

Le Centre Pompidou en 2018. Photo GraphyArchy, CC BY-SA 4.0.
Le Centre Pompidou en 2018.

Trois années s’ajoutant à trois ans de « hors les murs » entre 1997 et 2000, frappant un bâtiment inauguré en 1977. Cette addition soulève des interrogations sur la gestion des travaux au sein de l’établissement et elle impose surtout à l’État de se prononcer enfin de manière claire sur l’avenir de l’institution.

Les premiers travaux avaient visé à répondre temporairement à la question posée à tout musée d’art moderne et contemporain d’envergure internationale : comment faire face à l’accroissement de ses collections ? Grâce au déménagement des bureaux de l’administration dans les immeubles voisins, le Musée national d’art moderne (Mnam) avait bénéficié de 4 000 m2 supplémentaires. Le deuxième chantier a, lui, pour objectif « une rénovation totale » du bâtiment afin de le mettre aux normes techniques, énergétiques et de sécurité en vigueur. Un désamiantage va être effectué. Pourquoi n’a-t-il pas été réalisé lors de la première fermeture, alors que les dommages de l’amiante étaient avérés et que la dépollution du campus universitaire de Jussieu avait commencé ? Espérons que les prévisions du Centre Pompidou soient fiables : 200 millions d’euros pour l’ensemble du chantier à venir, alors que le précédent avait coûté 90 millions. Le désamiantage de Jussieu a englouti dix fois plus de crédits et duré sept fois plus longtemps que prévu.

Le projet technique annoncé évite toute réflexion de fond sur l’avenir de l’institution. Comment revivifier cinquante ans plus tard une utopie publique fondatrice, alliant les arts visuels, le cinéma, le spectacle vivant, la musique et la lecture, alors que ce modèle a été décliné, que la mondialisation s’est amplifiée, que de puissantes fondations privées à Paris sont devenues prescriptives pour des artistes ? Comment concilier l’exposition d’une collection vouée à l’expansion à un périmètre contraint ? Celle du Mnam (120 000 œuvres) a sextuplé depuis 1977, cet inventaire donnant seulement une vision comptable du patrimoine puisqu’il enregistre aussi bien des dessins que de vastes installations. Le Centre Pompidou-Metz, les établissements à Bruxelles, Malaga, Shanghaï, le projet de réserves visitables à Massy-Palaiseau (Essonne) sont logiques, mais seulement des palliatifs du futur. Une « OPA » lancée sur 7 000 m2 au Palais de Tokyo avait échoué en 2009.

Pourtant, le Mnam est dans l’obligation de demeurer en capacité d’exposer, non seulement pour rendre compte, sans céder à l’exhaustivité, de l’élargissement des champs artistiques, mais aussi, paradoxalement, à cause de l’insuffisance de son budget d’acquisitions. Pour la compenser, il doit susciter des donations ; or la monstration est souvent une condition, compréhensible, de la générosité. Deux hypothèses ont déjà été évoquées : construire un deuxième site pour le musée, mais celui-ci aurait comme défaut de rompre un dialogue fructueux dans la collection, Buren tient de Matisse, comme d’autres plus jeunes artistes de leurs aînés ; offrir alors un autre lieu à la Bibliothèque publique d’information (BPI), qui, elle aussi, souffre de saturation. Le Mnam disposerait de plus de 10 000 m2 supplémentaires. Quittant le bâtiment de Piano et Rogers, la BPI ne déserterait pas pour autant le Centre Pompidou. Elle conserverait son statut d’organisme associé et participerait à l’orientation de l’institution et à sa programmation. L’Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique), autre organisme associé, est déjà logé dans un immeuble extérieur. La crise économique rend la résolution de l’équation plus difficile, néanmoins incontournable pour l’État s’il veut que le Centre Pompidou conserve un rôle majeur, tant en France qu’à l’international.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°562 du 5 mars 2021, avec le titre suivant : Centre Pompidou, un avenir procrastiné

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