Mardi 11 décembre 2018

Éditorial

Attributions et faux

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 22 novembre 2016 - 327 mots

La diminution du nombre de chefs-d’œuvre sur le marché, conjuguée à une demande soutenue des musées et collectionneurs privés, aboutit à la mobilisation de moyens importants sitôt qu’il s’agit de convaincre de l’attribution de telle ou telle redécouverte à un grand nom. Par un hasard d’autant plus extraordinaire qu’elle concerne deux « géants » absolus de l’art, l’actualité et le Journal des Arts braquent en ce moment leurs projecteurs sur deux affaires dont on n’a pas fini de parler : le « Caravage » de Toulouse et le « carnet inédit de Van Gogh ».

Les guillemets sont ici de mise, car leurs attributions sont loin de faire l’unanimité. Si celles-ci étaient confirmées, leur valeur marchande se compte en dizaines de millions d’euros. Les dispositifs mis en place pour convaincre les sceptiques sont à la mesure des enjeux : une exposition dans un grand musée milanais pour le premier et la publication d’un livre au lancement orchestré digne d’un brûlot politique pour le second.

Ce qui frappe dans les deux cas, c’est la volonté d’en appeler au public afin de peser sur les protagonistes. La tension sur ce marché suscite aussi la convoitise des faussaires. Si le phénomène n’est pas récent, comme nous le racontons avec l’affaire Van Meegeren, il a tendance à se multiplier ces derniers temps : Beltracchi, les faux Giacometti en Allemagne, les faux Lee Ufan en Corée et maintenant la filière Ruffini. À chaque fois, les faussaires, non contents d’imiter à la perfection les maîtres, déploient des trésors d’ingéniosité pour se rapprocher le plus possible des techniques de fabrication de l’époque, conscients que c’est là que se situe l’enjeu. L’analyse scientifique des pigments, de la toile, du panneau de bois, du vieillissement sont autant de techniques pour démasquer un faux, mais aussi vérifier une attribution pour un tableau d’époque. Aujourd’hui « l’œil » n’est plus suffisant, la technique est devenue décisive. L’histoire de l’art relève plus que jamais des « sciences » humaines.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°468 du 25 novembre 2016, avec le titre suivant : Attributions et faux

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