Cinéma

Les Monuments Men version George Clooney

Ce long-métrage inspiré par la réalité met en scène une équipe d’experts en art qui ont sauvé plus de 5 millions d’œuvres d’art au cours de la Seconde Guerre mondiale

Réalisé par George Clooney, le film « Monuments Men » raconte la recherche des œuvres d’art spoliées par l’armée nazie en Europe

Il arrive que la réalité dépasse la fiction. Le nouveau long-métrage de George Clooney, qu’il a réalisé et dans lequel il tient le premier rôle, relate l’histoire incroyable mais véridique des « Monuments Men », un groupe de bénévoles qui ont risqué leur vie pendant la Seconde Guerre mondiale afin de récupérer les œuvres d’art volées par les nazis, en Allemagne et dans les territoires occupés. Le film suit le parcours de sept personnages, mais ils étaient en fait 345, de treize nationalités différentes. Le groupe MFFA, Monuments, Fine Art and Archives, surnommé « Monuments Men », a récupéré plus de cinq millions d’œuvres, et les a restituées, dans la mesure du possible, aux survivants et à leurs héritiers, ainsi qu’aux musées des territoires occupés.

Monuments Men évoque brièvement la manière dont un historien de l’art, Frank Stokes, incarné par George Clooney et inspiré par George Stout, parvient à convaincre le président américain Franklin Roosevelt de monter une équipe travaillant à préserver le patrimoine qui pouvait être touché par les bombardements des Alliés. Ces bombardements avaient manqué détruire le Dernier Souper de Vinci, et transformé en ruine le monastère de Monte Cassino en Italie.
L’équipe fut composée d’experts du milieu de l’art, ce qui n’apparaît que dans les premières scènes du film, lorsque Stokes enrôle un architecte, un conservateur d’art médiéval, un sculpteur et un marchand d’art français interprété par Jean Dujardin.

Le film relate bien le manque de moyens des Monuments Men, qui ne disposaient ni de radio, ni de moyen de transport. Il montre les difficultés à dissuader les officiers de bombarder le patrimoine. Entre la préservation d’une église et la vie de leurs hommes, le choix était vite fait. On suit les Monuments Men dans leur quête des biens spoliés par les nazis, essentiellement aux familles juives. Le film met en valeur le rôle déterminant de Rose Valland, sous le nom de Claire Simone incarnée par Cate Blanchett, employée au Jeu de paume à Paris où étaient entreposées les œuvres saisies par les Allemands en France. Étant parvenue à cacher aux nazis sa connaissance de la langue allemande, elle avait minutieusement et au péril de sa vie recensé les œuvres volées, leur provenance et leur destination. Ces archives ont permis aux Monuments Men de récupérer une grande partie de ces œuvres, cachées dans des mines de sel et de cuivre ou dans des châteaux.

Une fois la capitulation allemande acquise, une autre course contre la montre s’est ensuivie : il fallait retrouver les œuvres d’art volées avant l’arrivée des soldats soviétiques, dont la mission était de rafler celles-ci au titre des réparations de guerre. Ce butin de guerre russe empoisonne toujours les relations diplomatiques germano-russes.

Déjà Gurlitt
Ce film, tourné en grande partie en Allemagne, a été présenté hors compétition lors de la 64e édition du festival du film international de Berlin, la Berlinale. Les organisateurs avaient fort opportunément annoncé cette projection au lendemain de la découverte du « trésor de Munich ». Hildebrand Gurlitt, père de Cornelius, était parvenu à convaincre les Monuments Men qu’il était victime du régime nazi. Ceux-ci lui avaient ainsi restitué 163 œuvres en 1950.

Pour un film consacré à la quête d’œuvres d’art, l’art y est étonnamment peu présent, à l’exception notable de deux œuvres-clé qui servent de fil rouge : la Madone de Bruges, de Michel-Ange, ainsi que l’Autel de Gand, réalisé en partie par Van Eyck, tous deux volés par les nazis en Belgique et récupérées par les Monuments Men. Si le film retrace une chasse au trésor de chefs-d’œuvre, il est loin d’en être un lui-même. Pour s’informer sur le sujet, mieux vaudra lire le livre éponyme de Robert Edsel. Le film qu’il a inspiré a pourtant le mérite de faire découvrir au grand public le destin de ces hommes et femmes d’exception. Et a également permis aux musées américains de surfer sur la vague Clooney : le Smithsonian American Art Museum et la National Gallery de Washington proposent des expositions d’archives consacrées aux Monuments Men. Ceux-ci entreront en 2016 dans la collection du Musée national de la Seconde Guerre mondiale de la Nouvelle-Orléans.

Monuments Men

Le film
Monuments Men (États-Unis, Allemagne), réal. George Clooney, durée : 1 h 58, sortie en France le 12 mars 2014.

Le livre
Monuments Men : Rose Valland et le commando d’experts à la recherche du plus grand trésor nazi, Robert Edsel et Brett Witter, éd. Folio, 2014.

Légende photo
Vue du film Monuments Men © Photo : DR

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°409 du 14 mars 2014, avec le titre suivant : Les Monuments Men version George Clooney

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