Vendredi 13 décembre 2019

Livre

Les deux faces de Picasso

Par James Benoit · L'ŒIL

Le 18 juillet 2018 - 383 mots

Peut-on exclure de l’art tout caractère ? Peut-on jamais produire de grande œuvre dans la douceur et l’harmonie d’une conscience apaisée ? Y a-t-il un seul maître qui ne fonde pas au moins une part de son génie sur une blessure de l’enfance et une faille béante de l’ego ?

Sophie Chauveau, Picasso,
Sophie Chauveau, Picasso, volume 2 et 1, éditions Télémaque

Depuis plus de quinze ans, Sophie Chauveau investit l’histoire et la vie d’artistes et de penseurs, Botticelli, Lippi ou Léonard de Vinci, qui ont marqué leur temps et mis le monde en mouvement, à travers le prisme très personnel du roman biographique comme ouverture aux mystères de la création artistique.

Passionnée de peinture et des peintres, elle met au défi, avec Picasso, son amour inconditionnel pour l’artiste et son féminisme en rupture avec les comportements de l’homme. Du monstre sacré, au sens plus propre que figuré, elle met en lumière les deux versants et, à l’image de Minotaure, qu’il s’est choisi pour avatar, dévoile sa principale caractéristique qu’est la puissance, celle de son œuvre comme celle de son caractère, qui, telle un soleil cuisant, hypnotise le passant et réduit tout champ en désert. Une biographie passionnée n’exclut pas le jugement, les jeux de l’amour et ceux de la haine, et son ouvrage critique met en contraste violent deux visages de la personnalité du peintre : le génie qui, parcourant de son œuvre exubérante tout le siècle, révolutionna son temps et mit bas le suivant, et l’homme, souvent cynique, pervers et cruel auprès de ses plus proches, qui en poussa certains jusqu’au pire. Sous cette double approche surgit un questionnement : qu’est-ce que l’art dit de la vie, finalement ? Pas celle des artistes éclairés seulement, mais celle des hommes plus généralement qui, dans la rage qu’ils mettent à vivre intensément leur temps compté, expriment par le vif tranchant de leur ego, d’autant plus saillant qu’ils auront de génie, le mouvement de leur époque, leur histoire personnelle et la fibre de vie de leur entourage, non pas comme une idée ou l’essentiel d’un sentiment qui pourrait se transmettre et perdurer longtemps, mais comme d’un fruit mûr on produit tout le jus jusqu’à l’avoir asséché tout à fait.

Sophie Chauveau, Picasso,  volume 1 : Le Regard du Minotaure, 1881-1937 ;volume 2 : Si jamais je mourais, 1938-1973, biographie romancée,  éditions Télémaque, 2017 et 2018, 350 p., 21 €.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°714 du 1 juillet 2018, avec le titre suivant : Les deux faces de Picasso

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