Henri-Pierre Roché

Par Eric de Chassey · L'ŒIL

Le 1 octobre 1999 - 387 mots

Dans Jules et Jim, le film de Truffaut, le passage des années était marqué par la présence de toiles de Picasso appartenant à ses périodes successives depuis la période bleue. C’était là un renvoi discret à l’une des activités principales de l’auteur du roman dont était tiré le film : Henri-Pierre Roché (1879-1959). Peut-être d’anciens lecteurs de L’Œil se souviendront-ils d’avoir lu sous ce nom, à la fin des années 50, quelques articles de souvenirs sur de grandes figures de l’art français du début du siècle. L’ensemble des écrits sur l’art de Roché vient d’être réuni, presqu’en même temps que paraît la première biographie consacrée à ce personnage intriguant du monde de l’art français et américain de la première moitié du siècle. Que l’on ne s’attende pas à y trouver une doctrine esthétique cohérente qui permettrait de comprendre les choix et les activités de cet ami des artistes (Brancusi, Duchamp et Wols en particulier), de ce conseiller de l’un des plus importants collectionneurs américains des années 20 (John Quinn), de celui que Gertrude Stein qualifiait de « general introducer ». Ses écrits relèvent en effet le plus souvent de l’anecdote, reposant sur le principe qu’on connaît mieux Braque pour l’avoir vu boxer, Duchamp pour l’avoir aperçu à New York grimpant au mat d’un drapeau, Brancusi pour avoir goûté sa cuisine rustique, et tant d’artistes femmes pour en avoir fait ses maîtresses... Autant dire qu’il vaudrait mieux sans doute avoir à disposition l’intégralité des carnets qu’il tint quotidiennement de 1901 à sa mort, et dont les éditions André Dimanche n’ont pour l’instant livré qu’un volume consacré aux années 1920-1921. Le portrait tracé du personnage dans sa biographie va dans le même sens, celui d’un séducteur plus attentif à ses entreprises de séduction qu’à organiser ses choix esthétiques, celui d’un homme surtout capable d’entretenir des relations étroites avec certaines des personnalités les plus remarquables de son temps. Dans ce portrait plein d’approximations, qui vaut quand même la peine d’être lu tant l’histoire narrée est riche, on aurait aimé retrouver quelques-unes des qualités de concision, de retenue, d’information, qui font la grandeur des trois romans achevés par Roché.

- Henri-Pierre Roché, Écrits sur l’art, André Dimanche éditeur, 436 p, 190 F, ISBN 2-86916-069-0. - Scarlett et Philippe Reliquet, Henri-Pierre Roché, L’enchanteur collectionneur, éd. Ramsay, 352 p., 189 F, ISBN 2-84114-388-0.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°510 du 1 octobre 1999, avec le titre suivant : Henri-Pierre Roché

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