Restitutions - Ventes publiques

Une vente d’art précolombien chez Bonhams New York ciblée par le gouvernement mexicain

Par Nathalie Eggs · lejournaldesarts.fr

Le 17 novembre 2014 - 666 mots

MEXICO (MEXIQUE) / NEW YORK (ETATS-UNIS) [17.11.14] - L’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire (INAH) du Mexique a condamné la vente aux enchères d’arts précolombien, africain et océanien qui a eu lieu à New York chez Bonhams mercredi 12 novembre. D’après l’institution mexicaine, parmi les 314 lots vendus, 29 objets préhispaniques mayas et aztèques seraient des faux.

L’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire (INAH) a dénoncé la vente aux enchères d’art précolombien, africain et océanien qui a eu lieu chez Bonhams à New York mercredi 12 novembre. Selon cet organisme fédéral, qui a pour mission de « rechercher, conserver et diffuser le patrimoine archéologique, anthropologique, historique et paléontologique de la Nation aux fins de renforcer l’identité et la mémoire de la société qui le détient », 29 objets préhispaniques mayas et aztèques dispersés par la maison de ventes aux enchères seraient des faux.

Des effigies mayas, des sculptures de guerriers aztèques, une sculpture de la déesse mexicaine de la sexualité (Xochiquétzal), ont été présentées comme des pièces archéologiques alors qu’il se peut qu’elles aient été fabriquées récemment. « Deux d’entre elles, prétendument élaborées en pierre volcanique rougeâtre, présentent des fractures qui trahissent la manufacture moderne, dans une espèce de conglomérat grisâtre recouvert d’une pâte qui simule la texture et la couleur pierreuse » a indiqué l’institution mexicaine dans un communiqué. Les spécialistes de l’INAH assurent avoir analysé in situ les pièces archéologiques. Paradoxalement, le communiqué précise que Bonhams aurait refusé l’assistance technique de spécialistes en archéologie mésoaméricaine pour déterminer l’authenticité des pièces.

La vente aux enchères offrait 314 lots d’art précolombien, africain et océanien, plus de la moitié constituant des objets précolombiens en pierre, os, or, jade, coquillage et autres matériaux. L’INHA avait alerté sur le fait que 50 % des pièces préhispaniques mexicaines étaient fausses, parmi lesquels cinq objets présentés comme des « œuvres phares » dans le catalogue de Bonhams.

Effet dissuasif manqué
Les mises en garde de l’INAH n’ont pas dissuadé les acheteurs. Deux pièces ont été vendues à plus de 20 000 dollars chacune. L’œuvre la plus chère de la « liste noire » établie par l’institution mexicaine est une sculpture d’une femme maya datant de 550-950 après Jésus-Christ, adjugée 25 000 dollars chez Sotheby’s en 1999.

La vente s’est déroulée sans remous. Le 11 octobre dernier pourtant, l’INAH avait déposé une plainte au pénal auprès du ministère public. A la veille de la vacation, le consul du Mexique à New York, Sandra Fuentes, avait fait une ultime tentative pour dissuader la maison de ventes de mettre les œuvres contestées aux enchères. Bonhams a adressé une lettre au consul du Mexique à New York pour souligner la « transparence » de la procédure précédant la vente et demande aux institutions mexicaines qu’elles cessent de remettre en question l’authenticité des œuvres.

Ineffectivité des législations nationale et internationale
Selon l’INAH, « la vente s’est réalisée en dehors de cadre légal et éthique », ajoutant qu’elle viole la loi fédérale sur les monuments et les zones archéologiques de 1972 ainsi que le traité de coopération entre le Mexique et les Etats-Unis pour le retour et la restitution des biens archéologiques, historiques et culturels volés, en vigueur depuis le 24 mars 1971.

Par ailleurs, l’INAH soulignait que la provenance de la majorité des objets black listés vendus n’était pas indiquée. Seule figurait la mention « acquise avant 1980 » au catalogue, une mention généralement précisée par les auctionneers afin de se protéger de toute demande de restitution, la convention de l’Unesco faisant foi en la matière (convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels de 1970) n’étant pas rétroactive.

« L’INAH continuera à travailler de manière permanente en collaboration avec le bureau du procureur général de la République et le secrétariat des relations extérieures dans l’objectif d’appliquer toutes les actions légales et diplomatiques pour éviter le trafic des biens culturels et protéger le patrimoine de la Nation » a conclu l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire.

Légende photo

Sculpture de Xochiquétzal, la déesse mexicaine de la sexualité, vers 1470-1521 av. J.-C., pierre grise, 35,5 cm de haut, acquise avant 1980, vendue chez Bonhams pour 9 375 $

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