Jeudi 12 décembre 2019

Société

Une étude tente d’expliquer la sous-cote des artistes femmes

Par Sindbad Hammache · lejournaldesarts.fr

Le 14 mai 2019 - 572 mots

Les prix moins élevés aux enchères pour les artistes femme s’expliqueraient tout simplement par le sexisme des acheteurs. 

Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne (c. 1620), musée des Offices, Florence, Italie
Artemisia Gentileschi (1593-c.1652), Judith décapitant Holopherne (c.1620), musée des Offices, Florence, Italie
Photo Ruislip Gardens, 2017

Une étude menée par quatre universitaires européens, spécialistes de la finance et de l’économie confirment que les œuvres d’artistes femmes se vendent moins chères aux enchères à cause de l’inégalité entre les genres ancrée dans nos cultures. L’article intitulé « Le genre est-il dans l’œil du spectateur ? Identifier les attitudes culturelles dans les prix de ventes aux enchères d’art » veut apporter des preuves tangibles pour invalider les justifications souvent invoquées.

Parmi celles-ci, le manque de talent ou le choix des sujets reviennent le plus souvent. Selon Renée B. Adams de l’université d’Oxford, « aucune de ces justifications ne peut expliquer un écart aussi grand »

A partir d’un corpus d’1,5 million de transactions adjugées entre 1970 et 2016 dans 49 pays, les chercheurs ont noté que les œuvres réalisées par des femmes se vendaient en moyenne 42 % moins chères.

Les auteurs de l’étude se sont rendus compte qu’on ne pouvait pas incriminer les sujets et thématiques qui ont la préférence des artistes femmes pour expliquer cet écart. Ils ont noté que les œuvres présentant ces sujets sont celles qui se vendent le mieux. D’autres facteurs comme le style, la taille ou le medium sont tout aussi incapables d’expliquer un tel écart.

L’autre préjugé courant est d’expliquer la différence de prix par le manque de talent. En conduisant une expérience sur 1 000 volontaires, les chercheurs ont pu invalider ce lieu commun. Ils ont d’abord montré que les participants à l’étude étaient incapables de différencier l’œuvre d’une femme de celle d’un homme. Les participants devaient deviner le genre de l’artiste pour plusieurs tableaux méconnus ; le taux d’échec a été de 50 % : pas mieux que tirer à pile ou face.

Les participants étaient ensuite invités à examiner des peintures générées aléatoirement par un logiciel, auxquelles étaient associé un nom soit masculin ou féminin et devaient attribuer une note à chaque œuvre. Les résultats montrent que les individus les plus aisés sont enclins à sous-noter les travaux d’artistes femmes. Ceci peut-être car ils ont conscience de leur moindre valeur dans les maisons de ventes.

Ces tests écartent certains préjugés, mais n’expliquent pas l’origine de l’écart de prix. Pour ce faire, les chercheurs ont comparé l’écart en maisons de vente avec le niveau d’inégalité homme-femme par pays : dans les pays moins inégalitaires, l’écart observé est moins important (malgré quelques exceptions comme le Brésil). Pour les chercheurs, cette corrélation permet d’incriminer les inégalités culturelles entre homme et femme.

« Le marché de l’art s’est révélé être un excellent terrain pour examiner les effets du genre. Particulièrement dans le marché secondaire, où l’on est focalisé sur l’œuvre d’un artiste, pas sur ses caractéristiques ou sa capacité à influencer la vente », explique Renée B. Anderson. « Vous avez un ensemble de paramètres idéal pour identifier le rôle potentiel de la culture ».

Pour autant cette discrimination tend à diminuer dans les salles des ventes, et on assiste même à un engouement pour des peintres femmes modernes (Lee Krasner, Helen Frankentahler) ou anciennes (Artemisia Gentileschi). L’étude dirigée par Renée B. Anderson pourrait également avoir un impact positif, en tout cas elle l’espère : « On sait que lorsque les gens sont conscients de leurs préjugés, ils changent leurs comportements. C’est exactement ce que nous voulons faire avec cette étude, sensibiliser le public ».
 

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