Mercredi 19 décembre 2018

Arts d’Asie

Un bronze khmer entre à Guimet

Le Musée national des arts asiatiques a préempté cette pièce emblématique de la collection Vérité pour 740 000 euros

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 28 octobre 2009 - 710 mots

PARIS - Le dimanche 18 octobre à l’hôtel Drouot, à Paris, un public nombreux a répondu à l’appel de la collection Vérité d’art d’Asie, réunissant 91 sculptures inédites chinoises mais aussi khmères, afghanes, tibétaines, népalaises, thaïlandaises, et un petit cheval en terre cuite du Japon.

Toutes ces pièces furent choisies pour leur dimension sacrée dès les années 1930 par Pierre Vérité. Organisée avec un grand professionnalisme par la maison de ventes Enchères Rive Gauche – aussi bien pour la réalisation remarquable du catalogue que pour l’exposition soignée en salle –, et animée au marteau par le commissaire-priseur Rémy Le Fur, la vente a totalisé 3,7 millions d’euros. C’est une belle réussite si l’on se réfère aux 2,5 millions d’estimation de départ. « Les prix enregistrés collent aux normes du marché international, soutient Antoine Barrère, l’expert de la vente. Cette vente a interpellé les nouveaux collectionneurs chinois, qui ont manifesté un intérêt soutenu pour les pièces anciennes en bronze doré et confirmé l’attachement des collectionneurs européens pour les pièces d’art asiatique exceptionnelles. »

Le clou de la vente était un bronze khmer à patine verte, représentant Çiva debout, de style du Bakheng ou Koh Ker, datant du début de la période angkorienne (début du Xe siècle), attendu pour 300 000 euros minimum. Le commissaire-priseur a rappelé en début de session que l’objet était toujours en attente d’un certificat de libre circulation. Cela n’a pas empêché les enchérisseurs de monter jusqu’à 740 000 euros. Le marteau est tombé en faveur du marchand anglais John Eskenazi au téléphone. Mais ce dernier s’est vu aussitôt ravir son achat avec la préemption du lot par le Musée Guimet.

La deuxième enchère est revenue à un grand Bouddha Vairocana en bronze doré de 110 cm de haut, de la dynastie Ming (XVIe siècle), adjugé 275 000 euros alors que l’on pouvait espérer un peu plus d’intérêt. Fort de sa dorure épaisse parfaitement conservée, un bronze chinois d’Avalokitesvara de 68 cm de la même époque, évalué 150 000 euros, a atteint 250 000 euros, tandis qu’un bronze niellé et laqué de 79 cm, montrant Avalokitesvara assis sur un lion, datant de la dynastie Qianlong (fin du XVIIIe siècle), est parti au prix honorable de 256 250 euros. Parmi les autres temps forts de la statuaire chinoise, relevons l’enchère de 200 000 euros pour une grande tête en bois laqué de 94 cm de Boddhisattva Avalokitesvara, datant de la dynastie Song (XII-XIIIe siècle) ; le beau prix de 162 500 euros pour un bronze chinois du XVe siècle de 59,5 cm, laqué rouge et or, représentant Samantabhadra, ainsi que les 115 000 euros déboursés pour une gracieuse représentation de Guanyin debout, bronze doré de 51 cm avec incrustation de pierres, de la dynastie Tsing (XVIIIe siècle), estimé au mieux 80 000 euros.

Notons encore un très beau Bouddha indien de la région du Bengale de 75 cm de la dynastie Pâla (Xe siècle), en pierre noire, qui a vu son estimation de 35 000 euros s’envoler à 125 000 euros, ainsi que deux fontes de fer chinoises de la dynastie Ming (XVe siècle), représentant un Luohan assis et le Roi de l’Enfer, estimés 20 000 et 10 000 euros et finalement emportés par des collectionneurs français pour respectivement 75 000 et 57 500 euros. Les quelques lots ravalés de la vacation concernent des objets de moindre importance, souvent des pièces dans un état de conservation médiocre ou bien des sculptures trop peu anciennes pour susciter un désir d’achat, malgré le pedigree de la collection.

La vente a en outre été marquée par la présence charismatique de l’ex-commissaire-priseur Guy Loudmer, l’un des dirigeants d’Enchères Rive Gauche et un fervent défenseur du marché de l’art français. « C’est une bonne chose que cette vente se soit déroulée à Paris et non pas à l’étranger, a-t-il déclaré. Elle démontre que Paris, et dans le cas présent Drouot, demeure un territoire de prédilection pour les ventes de haut niveau. » Quant à savoir si les Vérité nous réservent d’autres surprises : « [ils] entretiennent le secret sur leurs collections », reconnaît Marie-Laure Amrouche, associée d’Enchères Rive Gauche.

COLLECTION VÉRITÉ, SCULPTURE D’ASIE
Estimation : 2,5 millions d’euros
Résultats : 3,7 millions d’euros
Nombre de lots vendus/invendus : 79/12
Lots vendus : 87 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°312 du 30 octobre 2009, avec le titre suivant : Un bronze khmer entre à Guimet

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