Dimanche 16 décembre 2018

Foire

Tefaf, une bonne année sans euphorie

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 29 mars 2017 - 785 mots

Sur le plan qualitatif, la foire conserve son standing. Côté transactions, certains marchands ont peiné à conclure.

MAASTRICHT - Tefaf, la foire d’art et d’antiquités, qui a fermé ses portes le 19 mars, n’a rien perdu de sa superbe. Toujours impeccablement organisée – pas un marchand ne formule une critique sur ce point –, offrant une ambiance feutrée et luxueuse. Les allées semblaient bien remplies, même en milieu de semaine. Cependant, les chiffres contredisent cette impression générale puisque le nombre de visiteurs a diminué de 5,3 %. Est-ce dû à l’implantation de Tefaf à New York ?

Globalement, les exposants ont correctement vendu, « mais ce n’était pas l’euphorie » ainsi qu’en ont témoigné les Parisiens Alexis Kugel, François Laffanour ou Philippe Perrin. D’un stand à l’autre cependant, indépendamment de la spécialité et de la qualité des œuvres proposées, le ressenti des marchands est très différent. Et nombreux sont ceux qui rechignent à communiquer sur les affaires conclues – « à cause des taxes », murmurait l’un d’eux.

Côté public, les musées américains se sont déplacés en masse : Chicago, Los Angeles, le Meadows Museum de Dallas, Washington, Detroit, Cliveland, Boston, Saint-Louis, le Metropolitan Museum of Art de New York… Mais les collectionneurs privés américains continuent de se raréfier, même si certains marchands ont cru en voir davantage que l’année dernière. Maastricht reste une foire essentiellement européenne, fréquentée par des Belges, Hollandais, Français, Suisses et quelques Allemands et Anglais – « Nous n’avons pas vu d’Asiatiques », relevait Thomas Lorenceau (Brame & Lorenceau, Paris).

Une « très belle année » pour l’art ancien
Les tableaux anciens se sont bien vendus. Pourtant, cette année, contrairement à 2016, pas de grand nom tel Rembrandt mais de nombreux tableaux dignes d’intérêt, comme sur le stand de la Galerie Canesso (Paris) qui présentait Autoportrait au turban de Wallerant Vaillant, acquis tout de suite par un collectionneur privé. Chez Colnaghi (Londres) se trouvait un autre très beau tableau, une nature morte de Bartolomeo Cavarozzi rapidement cédée (prix affiché 5 M€). Chez Jean-Luc Baroni (Londres), qui n’hésitait pas à qualifier cette édition de « très belle année », c’est un dessin de Hans Baldung Grien, prévu au départ pour être exposé au Salon du dessin de Paris, qui a séduit un collectionneur américain de passage à Maastricht (au-delà de 500 000 €). Chez Talabardon & Gautier (Paris), les Forges d’Abainville (1836), de François Bonhommé, ont été emportées par un industriel français.

Ailleurs, certains exposants se réjouissaient, à l’exemple de la Galerie Aveline (Paris) : « Nous avons vendu à plusieurs musées, notamment deux bas-reliefs à Montpellier », rapportait Christophe de Quénetain (Paris). La galerie Merrin (New York) a cédé un masque de Silène en bronze, époque romaine (autour d’1 M€), et Anthony Meyer (San Francisco) a négocié pas moins de 15 objets. Les marchands de la section design se disaient plutôt satisfaits, telle la Galerie Kreo (Paris), tandis que ceux spécialisés en art moderne, à quelques exceptions près comme Franck Prazan (Paris), trouvaient la foire calme.

Quelques pièces importantes n’ont pas trouvé preneur, ainsi chez Johnny van Haeften (Londres) où un double portrait d’un homme et d’une femme tenant une paire de gants (1637), par Frans Hals, affiché à 14 millions d’euros, n’a pu être cédé. C’est également le cas de deux bronzes monumentaux (1711) de Massimiliano Soldani-Benzi, proposés entre 20 et 25 millions d’euros à la Galerie J. Kugel (Paris), ou d’un grand Bouddha assis en stuc, Chine, XIVe siècle, (1 M€) chez Vanderven (Bois-le-Duc, Pays-Bas).

Plusieurs marchands se plaignaient de la durée de la foire, trop longue. « Une foire de dix jours ne met pas assez de pression sur les clients », soulignait Antoine Barrère. D’autres regrettaient que certaines spécialités soient « ghettoïsées » quand le goût du jour est au mélange. « Les marchands d’arts premiers sont mis à l’écart alors que nos cibles sont les collectionneurs d’art contemporain. On perd en visibilité », confiait Didier Claes (Bruxelles).

Du côté des nouveaux venus, Xavier Eeckhout (Paris) a vendu 10 pièces sur 16, rencontré quatre nouveaux clients et envoyé « une soixantaine de dossiers contre 20 lors de la Brafa [foire d’art et antiquités de Bruxelles] ». Surprise, en fin de foire, un collectionneur suisse a craqué pour la Panthère (1925) de François Pompon (prix demandé  555 000 €). Pour d’autres, la mise en route a été plus difficile. « J’ai très peu vendu à de nouveaux clients, or ils comptent double », commentait Antoine Barrère (Paris). Mais, Bernard Dulon (Paris), qui faisait dans un premier temps part de ses craintes, a finalement vendu, le dernier jour de la foire, sa grande statue aviforme Sénoufo, Côte d’Ivoire (proposée 1,4 M€), pas vue sur le marché depuis trente ans.

Légende photo

Bartolomeo Cavarozzi, Nature morte avec coings, pommes, baies d'aubépine, raisins noirs, raisins blancs, figues et grenades, huile sur toile, 87,5 x 117,6 cm. © Courtesy galerie Colnaghi, Londres.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°476 du 31 mars 2017, avec le titre suivant : Tefaf, une bonne année sans euphorie

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