Dimanche 18 février 2018

Sotheby’s vend pour payer

Le Journal des Arts

Le 21 décembre 2007

Après avoir été condamnée par la Commission européenne à payer une amende de 20,4 millions d’euros, Sotheby’s a été acculée à vendre son siège new-yorkais, un immeuble cédé pour 175 millions de dollars.

NEW YORK-BRUXELLES - Sotheby’s a déclaré une perte de 48,1 millions de dollars (47,66 millions d’euros) au cours du troisième trimestre de 2002, ainsi qu’une baisse des revenus semblable à celle de l’année précédente pour la même période. Bill Ruprecht, le directeur général de la maison de ventes en difficulté, explique ce déficit par l’intense compétition qui régit le marché des œuvres d’exception.
Les revenus totaux pour les neuf premiers mois de l’année 2002 sont de 220,8 millions de dollars, en baisse par rapport aux 225,2 millions de dollars de 2001. ”Les résultats de Sotheby’s témoignent d’un progrès notable depuis 2001”, déclare Bill Ruprecht, faisant remarquer que les revenus du troisième trimestre 2002 étaient en hausse de 26 %, malgré les dépenses importantes concernant le personnel (18,13 millions d’euros), les coûts de restructuration et les “charges liées au dossier antitrust” (18,92 millions d’euros).
En octobre dernier, la Commission européenne a condamné Sotheby’s à une amende de 20,4 millions d’euros pour entente illicite sur les prix et pratique anticompétitive. En admettant sa culpabilité, Christie’s n’a pas été pas condamnée à payer d’amende.
Sotheby’s et Christie’s avaient déjà admis leur culpabilité lors d’une enquête du département de la Justice aux États-Unis. Christie’s s’était également rendue coupable de manœuvres illégales entre 1993 et 2000 auprès de la Commission européenne. La maison de ventes s’était ainsi vue accordée l’immunité dans les deux cas. En décembre 2001, A. Alfred Taubman, actionnaire majoritaire de Sotheby’s, était reconnu coupable de collusion. Il purge actuellement aux États-Unis une peine d’un an de prison. Les collectionneurs et les marchands d’art vont, pour leur part, recevoir finalement les 512 millions de dollars obtenus lors du verdict aux États-Unis, la période de quatre-vingt-dix jours permettant d’interjeter appel étant maintenant parvenue à son terme. Toutefois, des poursuites civiles en Grande-Bretagne restent vraisemblables. D’ici là, la vente de la société Sotheby’s a peu de chances d’être conclue. Alfred Taubman, qui détient 63 % des droits de vote, préfèrerait éviter de vendre à perte, le prix de l’action n’étant actuellement qu’au tiers de sa valeur d’il y a deux ans. Tandis que M. Ruprecht déclare que le paiement de l’amende européenne était ”un grand pas vers le réglement des dettes antitrust”, la possibilité de dédommagements futurs ne saurait que décourager les acheteurs potentiels.

133 York Avenue
Pour face face à ces difficultés, la maison de ventes a annoncé le 17 décembre par la voix de son directeur général la cession pour la coquette somme de 175 millions de dollars (167 millions d’euros) de son principal actif immobilier, l’immeuble de standing de York avenue, à New York, siège de Sotheby’s, à RFR Holding. Un contrat de bail a été prévu : Sotheby’s peut ainsi continuer à occuper les lieux en locataire pour une période de quarante ans. “Cela va permettre à Sotheby’s de régler 100 millions de dollars de dettes à court terme et d’amendes au titre de la loi antitrust qui pesaient trop lourd dans notre bilan”, a déclaré Bill Ruprecht pour justifier cette nécessité de liquidité. Dans cette opération, Sotheby’s compte sur un bénéfice de 25 millions de dollars qui sera amorti pour les besoins de la location de l’immeuble. Restent 50 millions de dollars dédiés aux financements à long terme et dont la stratégie future doit être attendue avec impatience par les actionnaires de la maison de ventes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°162 du 10 janvier 2003, avec le titre suivant : Sotheby’s vend pour payer

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