Lundi 10 décembre 2018

Peinture ancienne, des vacations influencées par les estimations

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2017 - 778 mots

Lors des ventes londoniennes de décembre, le marché a sanctionné les estimations trop élevées. Christie’s en a fait les frais alors que Sotheby’s, plus prudente, a eu de belles surprises.

LONDRES - Pour leur deuxième session londonienne de l’année en peinture ancienne, Sotheby’s et Christie’s ont totalisé 27 millions de livres sterling (31,8 M€) contre 29 millions de livres en 2015. Hors frais, le total cumulé se situe dans la fourchette basse des estimations (21,4 à 32 M£). Pas d’étincelles donc – d’autant plus que les vacations étaient dépourvues de lots stars – si ce n’est que Sotheby’s a su tirer son épingle du jeu, grâce à des estimations raisonnables. « Quand on ne demande pas l’impossible au marché, il se porte très bien », a commenté Éric Turquin, expert en tableaux anciens.

Pour sa vente du soir, Sotheby’s a récolté 14,8 millions de livres (17,4 M€) frais compris, soit hors frais, au-dessus de l’estimation initiale. C’est moins bien que l’an passé (22,6 M£), mais à la même époque l’an dernier la maison de ventes n’avait pas atteint l’estimation basse. De même, le taux de vente est plutôt encourageant puisque 82,5 % des œuvres ont trouvé preneur, parmi lesquelles les trois lots phares. Retour de la kermesse, de Pieter Brueghel le Jeune, a été adjugé 2,5 millions de livres (2,9 M€) soit légèrement au-dessus de l’estimation basse au marteau (2 M£). Quant au double portrait de deux garçons par Titien et son atelier, l’œuvre a dépassé son estimation haute (1,5 M£) pour atteindre 2,1 millions de livres (2,4 M€).

Plusieurs surprises ont jalonné la soirée : quatre lots au moins ont pulvérisé leurs estimations hautes, à l’instar d’une œuvre de David Teniers, Garçons soufflant des bulles dans un intérieur, estimée 80 000 à 120 000 livres et qui s’est envolée à 680 750 livres (801 400 €), ou encore un paysage de rivière, de Jacob van Ruisdael, estimé 30 000 à 40 000 livres et emporté à 512 750 livres (633 600 €). « Ces réajustements sont le signe d’un marché dynamique, qui corrige de lui-même les erreurs d’estimation ou ce qu’il pense être une erreur d’estimation », a expliqué Éric Turquin.

Des risques mal évalués
Du côté de Christie’s, le résultat est plus mitigé. Alors que son total était estimé 13,4 à 20 millions de livres, la vente n’a récolté que 12,2 millions de livres (14,3 M€), un montant bien en dessous de son estimation basse hors frais. Elle dépasse cependant son résultat de 2015 (6,4 M£). Pour couronner le tout, la maison de ventes a été contrainte de retirer à la dernière minute son œuvre phare, un cerf de Sir Edwin Henry Landseer (1802-1873) estimé autour de 10 millions de livres, les National Galleries of Scotland ayant le projet de l’acquérir en vente privée.

Avec un taux de vente presque identique à celui de Sotheby’s, soit 81 %, la maison britannique a pourtant échoué à céder deux de ses principaux lots : Une femme et deux garçons près d’une fontaine, de Goya (est. 4 à 6 M£), et La Cour de la forteresse de Königstein, de Bernardo Bellotto (est. 2 à 3 M£). « Christie’s a pris des risques très élevés avec des estimations trop hautes. Quand elle estime un Goya 4 à 6 millions de livres alors que tout le monde pense que le tableau n’en vaut que 2 à 3 millions, il ne se vend pas », a expliqué Éric Turquin. Petite surprise tout de même pour une œuvre de Jacob Jordaens, La Sainte Famille avec un ange, estimée 500 000 à 800 000 livres et adjugée 1,8 million (2,1 M€).

Quant aux portraits, à l’honneur dans cette vacation, trois au moins ont dépassé leurs estimations hautes, enregistrant par la même occasion un record mondial pour chacun des artistes. C’est le cas d’un Portrait d’une femme, traditionnellement identifiée comme étant Louise de Lorraine (1553-1601), par Jean Decourt, emporté pour 785 000 livres (924 000 €) ; d’un Portrait du roi Charles IX par François Clouet, adjugé 749 000 livres (882 000 €), ainsi que du Portrait d’un marchand, identifié comme étant Théodore Beza (1519-1605), de Corneille de La Haye, cédé pour 665 000 livres (782 900 €).

Note

Sauf indications contraires, les estimations sont mentionnées hors frais, tandis que les résultats comprennent les frais de ventes.

Sotheby’s, Londres Old masters evening sale, le 7 décembre

Total : 14,8 M£ (17,4 M€)
Estimation : 8 à 12 M£
Nombre de lots vendus : 33 sur 40 (82,5 %)

Christie’s, Londres Old masters evening sale, le 8 décembre

Total : 12,2 M£ (14,3 M€)
Estimation : 13,4 à 20 M£
Nombre de lots vendus : 30 sur 37 (81 %)

Légende photo

Jacob Jordaens, La Sainte Famille et un ange, huile sur toile, 87,3 x 77,2 cm, vente du 8 décembre, Christie's, Londres. © Christie's Images Ltd.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°470 du 6 janvier 2017, avec le titre suivant : Peinture ancienne, des vacations influencées par les estimations

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