Mercredi 16 octobre 2019

Entretien

Patrick Bongers, galeriste et président du CPGA

« La tendance générale est au jeunisme »

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 29 janvier 2008 - 759 mots

Pourquoi avez-vous décidé de ne plus participer à la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) ?
L’épidémie de foires pose plusieurs problèmes. Il est difficile de renouveler à la fois nos stands et nos expositions en galerie. Or, les comités de foire nous jugent sur nos stands, sur des tableaux déjà vus ou réalisés trop vite pour coller au calendrier du salon. Les foires prennent aussi une trop grande importance dans nos charges. La FIAC nous coûte entre 50 000 et 100 000 euros. La plus grande partie du chiffre d’affaires réalisé pendant la foire sert à payer l’organisateur. Bien que client, nous ne sommes pas considérés comme tel par Reed, et nous devons nous battre pour notre emplacement. Dans un travail à long terme, je ne peux pas me baser sur l’appui des foires, car d’une année sur l’autre, je ne suis pas sûr d’en faire partie. J’ai décidé de faire un break, en ne participant cette année qu’à Art Paris, avec lequel j’avais déjà pris des engagements. La tendance générale est aussi au jeunisme, et ma galerie sort de ce cadre. Je préfère me retirer avant qu’on ne me mette dehors.

Le droit de suite est l’un de vos chevaux de bataille. Que pensez-vous des méthodes employées par le Syndicat national des antiquaires (SNA) pour lutter contre cette redevance ?
Sur le fond, nous sommes d’accord avec le SNA, dont certains adhérents sont communs au Comité professionnel des galeries d’arts (CPGA). Le droit de suite aura pour effet de délocaliser les affaires et de gêner la reconnaissance des artistes français. Mais nous ne partageons pas sa position, trop brutale vis-à-vis de l’Adagp avec laquelle nous avons une approche plutôt consensuelle. L’Adagp a conscience que le droit de suite est une charge pour nous, que, par exemple, la cascade de redevances sur des opérations à court terme va ralentir les expositions-relais dont les artistes ont besoin pour étendre leur marché. Comme nous, elle défend les intérêts des artistes.

En quoi le droit de suite en cascade est-il nuisible ?
Il est nuisible car il est prélevé non sur la marge, mais sur la totalité du prix de ventes. Si un collectionneur vend, mettons, un Villon à un marchand, ce dernier doit payer le droit de suite. Même si la redevance est à la charge du vendeur, la galerie doit l’assumer, car elle est mise en concurrence par exemple avec les maisons de ventes à Londres, où le droit de suite est payé par l’acheteur. Mettons que la galerie mette ce tableau en stock trois mois et le revende à une autre galerie, elle devra s’acquitter à nouveau du droit. Le nouvel acheteur, qui revendra la pièce trois mois plus tard, devra à nouveau payer la redevance. Cela signifie aussi qu’on ne peut plus stocker. Je préfère désormais faire à l’artiste des avances sur achat et officialiser la transaction au moment où le tableau sera vendu. C’est dramatique, car dans la concurrence avec les maisons de ventes, le stock était l’une de nos spécificités. Nous pouvions acheter comptant, alors que les collectionneurs devaient attendre plusieurs mois pour confier l’œuvre dans une vente publique. Le droit de suite va nous transformer en intermédiaires.

L’application du droit de suite aux galeries impose une nouvelle transparence entre galeries et artistes. Est-ce dérangeant ?
Lorsqu’on travaille en direct avec un artiste, il n’y a aucun problème. Tous mes créateurs connaissent mes transactions. Mais nous ne tenons pas à ce que les artistes avec lesquels on ne travaille plus sachent si on revend à perte ou si on fait cent fois la culbute. Heureusement le décret d’application du 9 mai 2007 nous impose de donner uniquement le nom de l’artiste, le montant de la vente et sa date sans indication des titres, des formats et du support des œuvres.

En décembre, deux de vos artistes, Erró et Télémaque, ont réalisé des records chez Christie’s. Cela a-t-il une incidence sur votre activité ?
C’est toujours positif pour le moral de nos artistes, de nos collectionneurs et pour le nôtre. Au niveau de la répercussion immédiate, tous ceux qui les avaient achetés sont confortés dans leurs choix, et cela peut inciter d’autres amateurs. Au quotidien, nous ne vendrons pas davantage d’œuvres de Télémaque ou d’Erró, mais plus facilement. En revanche, cela complique nos propres achats.

Qu’attendez-vous de l’exposition sur la Figuration narrative au Grand Palais en avril ?
Les gens se rendront compte de l’importance de ce mouvement et plus précisément de celle de certains artistes. Mais on aurait préféré que l’exposition circule davantage, qu’elle fasse un passage, par exemple, par l’Allemagne.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°274 du 1 février 2008, avec le titre suivant : Patrick Bongers, galeriste et président du CPGA

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