Samedi 15 décembre 2018

Foire

Paris Photo en demi-teinte

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 22 novembre 2016 - 954 mots

La 20e édition de la foire, marquée par l’absence de quelques grands collectionneurs américains, affiche un bilan contrasté malgré une offre de qualité.

Paris - Paris Photo n’a jamais été autant fréquenté : « 62 000 visiteurs durant cinq jours, une fréquentation historique en hausse de 8 % », selon son organisateur, Reed Expositions France. Après un démarrage plus lent que d’habitude, il y avait effectivement du monde sous la nef du Grand Palais, en particulier le 11 novembre où la jauge a atteint à différentes reprises son maximum avant de connaître une plus grande fluidité le dernier jour. La réputation de la foire, la qualité de l’offre particulièrement de haut niveau cette année, riche en vintages, noir et blanc et en pièces exceptionnelles couplées à une couverture médiatique encore plus élargie que d’habitude ont formé les ingrédients du succès. « Un des facteurs surprenants de cette foire est l’intérêt des médias pour les nouveaux venus (galeristes ou artistes) et les propositions difficiles », note Julian Mizrahi directeur artistique de Del Infinito, galerie généraliste renommée de Buenos Aires qui, pour sa première participation, a offert un focus sur trois séries de photographies conceptuelles d’Alberto Greco, aux rares éditions disponibles. « En termes de visibilité, en une seule journée de foire, samedi 12 novembre nous avons enregistré 2 000 nouvelles entrées sur notre site. À part les ventes, Paris Photo est définitivement une entité influente en matière d’éducation ».

Peu de ventes

Demeure toutefois la question des ventes pour un stand remarqué par nombre d’institutions internationales, curateurs et conservateurs. « Pour la première fois de l’histoire de la galerie nous n’avons rien vendu », constate Julian Mizrahi en précisant dans la foulée son désir de participer malgré tout à la prochaine édition. À quelques pas de là, Éric Rodrigue de la galerie RX disait « avoir fait ce que l’enseigne devait faire avec ses collectionneurs, mais sans connaître de primo acheteurs comme les années précédentes. Nous ne sommes pas dans un contexte euphorique ». Baudouin Lebon avec 30 000 euros de ventes enregistrées pour Patrick Bailly-Maître-Grand, seul artiste qu’il présentait, n’est pas rentré dans ses frais. « Nous aurions dû pour cela vendre pour 140 000 euros. » Après avoir fait la meilleure Fiac depuis leur participation, la galerie 1900-2000, irrégulièrement présente à Paris Photo, sort encore plus dépitée de cette vingtième édition. « Nous couvrons juste les dépenses du stand », constate Marcel Fleiss. « Nous avons beaucoup vendu, mais pas sur le haut de gamme. Certes la foire est d’une très belle tenue, mais le niveau des ventes ne nous encourage pas à revenir. » Cette vingtième édition se caractériserait donc par la mollesse des ventes à écouter certaines enseignes qui, pour expliquer cette situation, pointent la conjoncture économico-politique et l’absence des gros collectionneurs américains tels que Sondra Gilman et Celso Gonzalez-Falla, peu enclins à venir après les attentats de l’an dernier.

Un autre son de cloche

Mais si ces clients manquaient à certains – surtout à leurs enseignes habituelles –, il n’en demeure pas moins que d’autres galeries ont particulièrement bien vendu et affichent un bilan plus que positif face aux résultats mitigés de leurs consœurs. Une situation très disparate que l’on retrouve dans la section « Prismes » comme chez les éditeurs. Pour sa première participation à Paris Photo, Etherton (Tucson) avec son solo show Danny Lyon se montre ainsi extrêmement satisfait du niveau des ventes après un démarrage lent. Même constat chez Fifty One (Anvers), Edwynn Houk (New York) ou Templon, Nathalie Obadia, Lelong ou Camera Obscura pour ce qui concerne les galeries parisiennes. « Cette édition sera probablement dans les deux ou trois meilleures », souligne Didier Brouste connu pour sa franchise. Grande satisfaction également du côté de la Galerie Particulière, Lumières des Roses, Les Douches ou Next Level ; ces deux dernières galeries ayant vendu à plusieurs nouveaux collectionneurs, et bien davantage pour Binôme qui se réjouit ainsi de sa première participation. « Nous avons vendu tous les jours et notre carnet d’adresses s’est enrichi de nouveaux collectionneurs », relève Valérie Cazin. Selon Renos Xippas, « les collectionneurs, y compris américains, étaient présents », mais moins nombreux qu’au cours des éditions précédentes et pas forcément attachés aux galeries chez qui s’approvisionnent les traditionnels et importants collectionneurs du marché, ou les institutions, fondations ou sociétés des amis, elles aussi acteurs importants.

Face à l’extrême variété des propositions, la bonne tenue de la quasi-totalité des stands, le nombre élevé de pièces exceptionnelles, les prises de risque de nombre de galeristes dans leurs choix (et pour certains payants), le bilan ne peut être que contrasté. Il n’y avait que l’embarras du choix, y compris pour des tirages de grande qualité entre 800 et 2 500 € ou des pièces exceptionnelles telle la photographie d’André Kertesz de la pipe et des lunettes de Mondrian, vintage de 1926 proposé à 500 000 € chez Charles Isaac (New York). Les pièces entre 12 000 et 60 000 euros ont été particulièrement nombreuses comme celles à 300 000 euros. Cette vingtième édition se distingue d’ailleurs des autres par une augmentation du niveau des prix en général. On note aussi un nombre plus important que d’habitude (lire p. 25) de ventes de photo aux enchères avec des lots exceptionnels –  notamment pour le XIXe et l’entre-deux-guerre, qui auraient accaparé une partie des clients habituels de la foire. Hans F. Krauss et Robert Hershkowitz, présents à Paris Photo, y ont fait leur marché comme d’autres galeristes sur d’autres périodes historiques se sont approvisionnés sur la foire chez certains de leurs confrères, passant parfois des contrats de représentations avec eux. De toute évidence, le bilan réel de cette édition se fera plus que jamais durant l’année à venir.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°468 du 25 novembre 2016, avec le titre suivant : Paris Photo en demi-teinte

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