Vendredi 19 juillet 2019

Ventes publiques

Malgré de vives critiques le Musée de Northampton a vendu une statuette égyptienne chez Christie’s Londres

Par Chiara Longo · lejournaldesarts.fr

Le 15 juillet 2014 - 757 mots

LONDRES / ROYAUME-UNI

LONDRES (ROYAUME-UNI) [15.07.14] - Sekhemka, une statuette égyptienne ancienne de 4 500 ans, a été vendue le 10 juillet chez Christie’s par le Musée de Northampton. L’opposition de la communauté de Northampton, du ministre des Antiquités égyptien, de l’AAMD, de l’ICOM, n’a pu empêcher la vente jugée contraire à la déontologie des musées.

La statuette égyptienne (2 400-2 300 avant J.-C.) représentant le scribe Sekhemka a été vendue le 10 juillet 2014 chez Christie’s par le Musée de Northampton pour 19 millions d’euros réalisant le record mondial pour un objet de l’Egypte ancien. Le Musée de Northampton avait reçu en don ce chef-d’œuvre de la statuaire funéraire égyptienne en 1880 par le marquis de Northampton dont le père l’avait acquis en Egypte, lors de son voyage de 1850.

La vente est jugée contraire à la déontologie de l’ICOM (International Council of Museums) et de l’AAMD (Association of Art Museum Directors) ainsi qu’aux souhaits de la communauté de Northampton. Selon l’article 2 du Code de déontologie de l’ICOM : « Les musées qui détiennent les collections les conservent dans l'intérêt de la société et de son développement.» L’éthique muséale permet la vente des œuvres d’art quand celle-ci sert à acquérir d’autres œuvres, de sorte à ne pas nuire la notion d’intérêt public.

Le Musée de Northampton va utiliser le produit de la vente, dont 45% vont aller au marquis de Northampton, pour financer son extension et son réaménagement. Les héritiers du donateur, les marquis de Northampton, étaient initialement opposés à la vente. Le musée a donc entamé une longue négociation qui a abouti au partage, entre le musée et les héritiers du donateur, des bénéfices de la vente aux enchères. Pourtant l’acte de donation de la statuette de Sekhemka prévoyait la restitution aux héritiers du donateur au cas où le musée ne souhaitait plus conserver l’œuvre. Le musée a justifié la vente en expliquant que l’œuvre n’était pas représentative du patrimoine locale et trop précieuse pour être conservée dans le musée.

La décision de la vente avait été prise par le Northampton Borough Council, le conseil municipal de Northampton, en 2012. Les habitants de Northampton avaient rendu un avis non tranché sur la vente dans un referendum local, malgré une opposition qui s'était organisée : un blog, Save Sekhemka, une pétition.

L’œuvre, estimée environ 6 millions d’euros, a été adjugée 19 millions d’euros. Il s’agit d’un record mondial pour la vente d’une œuvre d’art égyptienne, dont le score chez Christie’s avait été atteint en 2012 avec une somme 4 fois inférieure (4,6 millions d’euros.) Les raisons de cette exceptionnelle vente sont la qualité extraordinaire de l’œuvre ainsi que la sûreté de sa provenance, bien documentée et légale.

France Desmarais, directrice des programmes de l’ICOM, souligne l’écart déontologique de la vente par le musée. L’ICOM, en particulier le comité international pour l’Egyptologie (ICOM CIPEG) avait été sollicité par le ministre des Antiquité égyptiennes, Mamdouh El-Damati, pour bloquer la vente de Sekhemka. L’ICOM avait alors demandé au Musée de Northampton de revenir sur sa décision sur le fondement de l’article 2.16 concernant les « Gains issus de la cession de collections » : « Les collections des musées sont constituées pour la collectivité et ne doivent en aucun cas être considérées comme un actif financier. Les sommes ou avantages obtenus par la cession d’objets et de spécimens provenant de la collection d’un musée doivent uniquement être employés au bénéfice de la collection et, normalement, pour de nouvelles acquisitions. »

Le Musée de Northampton ne fait pas partie de l’ICOM mais est membre de l’AAMD qui va prendre des sanctions. Le musée va se retrouver sans les subventions de l’AAMD, discrédité dans la communauté internationale et locale, sans la confiance des habitants de sa ville ni de ses collectionneurs. De nombreux donateurs ont demandé au Musée de Northampton de leur rendre les œuvres qu’ils avaient donnés à l’institution publique. Comme le Delaware Art Museum, le Musée de Northampton va être mise à l’écart. Pour France Desmarais « on ne peut pas traiter les collections comme des actifs financiers négociables ».

L’ICOM, particulièrement engagée dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels, dont elle a récemment lancé l’Observatoire, a consacrée en 2011 une liste rouge « d’urgence » à l’Egypte. Outre le transfert d’un chef-d’œuvre du patrimoine public vers une collection privée (l’acheteur étant anonyme il s’agit probablement d’un collectionneur privé), l’ICOM s’inquiète que cette vente exceptionnelle « puisse entraîner une augmentation des fouilles clandestines et du trafic des antiquités en Égypte, région déjà exposée à de tels risques ».

Légendes photos

Statuette égyptienne Sekhemka (2400-2300 av. JC) - Estimation 4 000 000 £ / 6 000 000 £ - Vendu 15 762 500 £ - Vente du 10 juillet 2014 - Christie's Londres - Photo Christie's Images Limited

Liste rouge des biens culturels égyptiens en péril par l'ICOM

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