Foire - Street art

Le street art

Par Stéphanie Lemoine · L'ŒIL

Le 26 mars 2018 - 854 mots

En organisant sa troisième édition au Carreau du Temple du 12 au 15 avril, Urban Art Fair confirme son envergure sur le marché de l’art urbain, et reflète la vitalité de ce courant artistique.

Collectionner -  Depuis la première vente d’art urbain organisée par Artcurial en 2006, beaucoup prédisent que l’essor du marché de l’art urbain est une bulle et ne durera pas. Pourtant, la multiplication des galeries spécialisées et l’apparition de foires comme Moniker à Londres et New York, Urvanity à Madrid, Urban Art Fair et 13 Art Fair à Paris souligne que ce segment de la création contemporaine n’est pas vraiment en voie d’essoufflement. « Le marché se stabilise petit à petit, les collectionneurs sont plus avertis et informés, note Justine Brault, de By Night Gallery. Ils ont tendance à s’intéresser davantage aux pièces historiques et à la scène internationale. » Surtout, le marché est aujourd’hui plus structuré : longtemps dominé par les ventes aux enchères, y compris pour le premier marché, et par l’achat direct d’œuvres aux artistes, il fait davantage la part belle aux galeries, qui ont su réaffirmer leur rôle. « Les collectionneurs, qui connaissent de mieux en mieux l’art urbain, sont de plus en plus à la recherche d’œuvres du premier marché, et finissent par se rendre compte qu’il vaut mieux acheter en galerie, où les artistes sont défendus et accompagnés financièrement, note Gautier Jourdain (Galerie Mathgoth). Ils ont besoin d’être rassurés et sont assez avides de découvertes. »

Ce besoin de découverte est sans doute l’une des évolutions les plus notables de ces dernières années. Si l’engouement pour les « stars » du mouvement demeure perceptible, au point qu’en 2017 deux street artists (Kaws et Shepard Fairey) se plaçaient dans le top 20 des artistes contemporains les plus vendus au monde, les collectionneurs s’intéressent aussi aux artistes émergents et étrangers, d’autant plus que leurs œuvres se négocient à des tarifs encore accessibles. « L’an dernier, à Urban Art Fair, les pièces entre 500 et 1 500 euros sont parties comme des petits pains, rapporte Samantha Longhi (Galerie Openspace). Le street art est très abordable, ce qui le coupe aussi des collectionneurs d’art contemporain. » Séduire ces collectionneurs-là constitue aujourd’hui un défi pour les galeristes. Dans cette perspective, certaines multiplient les commandes de grands murs pour soutenir la visibilité des œuvres dans l’espace urbain. D’autres, comme la Galerie 42b, jouent la prise de risque et se tournent vers des artistes soucieux de refléter la délicate articulation entre pratique illégale et marché de l’art.

800 €
1_JACE Artiste originaire de La Réunion, Jace couvre depuis vingt-cinq ans le monde entier de ses « Gouzous », ces petits personnages jaunes qu’il place dans toutes sortes de situations, surtout les plus cocasses. Pour Gautier Jourdain, qui présente à Urban Art Fair un ensemble de ses dessins – comptez 800 euros pour acquérir l’un d’eux –, le graffeur est un phénomène : « Il a un marché au-delà des collectionneurs, note-t-il, puisque certains n’achètent que lui. Avec le Gouzou, il a trouvé un langage à lui, accessible à tous. De plus, il produit beaucoup dans la rue, il a un vrai bagage. »
Galerie Mathgoth, Paris-13e
3 000-4 000 €
2_Nelio Né en 1982, Nelio a longtemps pratiqué le graffiti. Aujourd’hui, il a évolué vers une approche abstraite et minimaliste de la peinture, qu’il décline in situ et sur toile. Ses compositions, dont les prix se situent entre 3 000 et 4 000 euros, rejouent un geste forgeant de manière involontaire le destin de tout graffeur : le buff (ou « effacement »). Une façon de mettre en question l’évolution du graffiti vers un art légal, commercial et pérenne. À l’occasion d’Urban Art Fair, l’artiste assure le commissariat d’une exposition collective et expose ses œuvres.
Galerie 42B, Paris-3e
8 900 €
3_Okuda Artiste espagnol né en 1980, Okuda commence à peindre dans des lieux désaffectés à la fin des années 1990, tout en développant une production d’atelier. « Il n’a jamais cessé de produire et d’expérimenter, de se remettre en question et d’innover, s’enthousiasme Justine Brault. Il a peint sur tous les continents et exposé sur les cimaises du monde entier. C’est avant tout sa capacité de travail et de production qui m’a intéressée, mais aussi et surtout une esthétique très personnelle et colorée : le pop surréalisme, dont il est l’un des précurseurs. » À Urban Art Fair, By Night Gallery présente notamment Horse Dancing, réinterprétation de La Renommée montée sur Pégase d’Antoine Coysevox, ainsi qu’une vanité sculptée inédite, Rainbow Punk Skull.
By Night Gallery, Paris-15e
3 800 €
4_Éric Lacan Ancien graffeur et figure de l’art urbain sous le pseudonyme de Monsieur Qui, Éric Lacan est l’un des artistes phares de la Galerie Openspace, qui lui a consacré avec succès trois expositions. S’il est plébiscité pour ses papiers découpés, dont la méticulosité tranche avec la vitesse d’exécution des œuvres in situ, ses toiles rencontrent aussi un certain engouement de la part des collectionneurs. À Urban Art Fair, l’artiste présente un ensemble de toiles emblématiques de son univers. Très empreintes de romantisme noir, celles-ci marquent l’écart avec un street art volontiers bon enfant en jouant des contrastes entre Éros et Thanatos, entre séduction et répulsion.
Galerie Openspace, Paris-11e
« Urban Art Fair »

du 12 au 15 avril 2018. Le Carreau du Temple, 4, rue Eugène-Spuller, Paris-3e. De 11h à 19h le vendredi, de 10h à 20h le samedi, de 10h à 19h le dimanche. Tarifs : 10 et 15 €. urbanartfair.com

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°711 du 1 avril 2018, avec le titre suivant : Le street art

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