Mardi 11 décembre 2018

Art contemporain

L’Afrique gagne un peu de terrain

En dépit de quelques percées, les artistes africains n’ont pas encore la cote aux enchères

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 30 mars 2010 - 762 mots

Galvanisé par les résultats encourageants de ses ventes d’art moderne et contemporain sud-africain, l’auctioneer anglais Bonham’s se lançait l’an dernier dans la conquête du marché de l’art moderne africain et, dans son sillage, de celui de l’art contemporain africain.

Selon Giles Peppiatt, directeur du département art africain, le marché de l’art africain allait exploser, à l’instar de l’art contemporain chinois. On en est loin. Baptisée « Africa Now », une première vente a eu lieu le 8 avril 2009 à Londres chez Bonham’s, où 50 % des 93 lots trouvèrent preneurs pour un peu plus de 350 000 livres sterling (390 000 euros) de produit de vente. Elle fut suivie le 10 mars 2010 d’un deuxième essai à New York, qui n’eut guère plus de succès, avec 44 % des 137 lots vendus pour 750 000 dollars (550 000 euros) de recette.

« Ce fut particulièrement difficile pour les jeunes artistes, reconnaît Giles Peppiatt. Mais je pense que les collectionneurs ne sont pas encore familiarisés avec ces créateurs, qui ont relativement été peu exposés. »

De rares grandes expositions ont contribué à faire connaître les artistes du continent africain, telles « Les magiciens de la Terre » au Centre Pompidou, à Paris en 1989 ; « Africa Explores : 20th Century African Art » au New Museum of Contemporary Art, à New York en 1991, et « Africa Remix », exposition itinérante entre 2004 et 2007. « L’Afrique est mal prise en compte dans la globalisation. Elle est mal représentée dans le circuit des ventes internationales, constate Grégoire Billault, directeur du département d’art contemporain de Sotheby’s France. Cela s’explique notamment par l’absence de marché local pour soutenir ces artistes. »

Sotheby’s fut pourtant la première maison de ventes internationale à proposer de l’art contemporain africain, avec la vente, le 24 juin 1999 à Londres, d’une partie de la collection de l’homme d’affaires Jean Pigozzi, vacation qui attira un petit nombre d’amateurs. Cette collection est aujourd’hui la plus importante au monde avec environ 10 000 œuvres d’artistes de toute l’Afrique subsaharienne. Le 17 octobre 2008 à Londres, Sotheby’s a introduit pour la première fois l’œuvre d’un artiste africain dans une vente d’art contemporain du soir. Healer (2006), une immense tapisserie de métal du Ghanéen El Anatsui a atteint 349 250 livres sterling (390 123 euros), sans doute un prix record pour un artiste noir africain.

La carrière d’El Anatsui (né en 1944) a décollé sur le tard, lorsque celui-ci est sélectionné pour exposer en 1990 à la Biennale de Venise. Depuis, il vit et travaille aux États-Unis et est exposé aux quatre coins du monde. En France, on a notamment pu voir son travail en 2005 lors de l’exposition « Africa Remix » au Centre Pompidou.

Le musée possède par ailleurs une de ses œuvres. Peu d’artistes africains ont, à son exemple, percé. Citons le Londonien d’origine nigériane Yinka Shonibare, dont les sculptures dépassent les 50 000 euros sur le marché anglo-saxon, et l’Éthiopienne Julie Mehretu, installée à New York, dont deux peintures ont été adjugées aux prix records respectivement de 229 250 et 241 250 livres sterling (270 984 et 285 169 euros), en juin 2009 dans deux ventes du soir à Londres chez Christie’s et Sotheby’s.

Collection Zébina
En France, la maison de ventes Gaïa (Paris), spécialisée dans les arts non occidentaux, consacre depuis quatre ans deux vacations annuelles à l’art africain contemporain. Elle suit la progression de la cote de plusieurs artistes prometteurs, en particulier du Malien Abdoulaye Konaté dont l’unique œuvre passée aux enchères a été vendue 47 400 euros chez Gaïa, en décembre 2008.

L’artiste, qui vit et travaille à Bamako, ne vend qu’en direct, à des collectionneurs qui doivent faire le déplacement. Gaïa a par exemple enregistré le prix record de 9 600 euros pour une peinture du Sénégalais Soly Cissé en 2008 et celui de 21 600 euros pour une œuvre du Ghanéen Owusu-Ankomah en 2009.

Œuvrant pour la reconnaissance de ces artistes sur le long terme auprès d’un public qu’il forme, Raoul Mahé, l’expert de Gaïa, observera attentivement les réactions du marché pour les artistes présentés dans la nouvelle vente « Africa », programmée le 15 mai à New York par la maison Phillips de Pury & Company. Entre-temps, le 27 avril à Bruxelles, la maison Pierre Bergé & associés disperse la collection Jonathan Zébina, footballeur à la Juventus de Turin, conseillé par André Magnin (lire p. 25). Cet ensemble comprenant une vingtaine d’œuvres contemporaines d’artistes africains, parmi lesquels Chéri Samba, Chéri Chérin, George Lilanga et Bodys Isek Kingelez, sera un nouveau test pour le marché.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°322 du 2 avril 2010, avec le titre suivant : L’Afrique gagne un peu de terrain

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