Ventes aux enchères

Faux meubles XVIIIe : un autre expert en garde à vue

Par Marie Potard · lejournaldesarts.fr

Le 12 juin 2018 - 580 mots

PARIS

Xavier de Clerval a été placé en garde à vue concernant un bureau présenté d’époque Louis XV et vendu l’an dernier chez Pierre Bergé.

Bureau plat en vernis européen à fond bleu, Louis XV, estampillé Mathieu Criaerd
Bureau plat en vernis européen à fond bleu, Louis XV, estampillé Mathieu Criaerd

Après l’affaire des présumés faux sièges de Versailles qui a fait grand bruit il y a deux ans - toujours en instruction - et la pluie de mises en examen d’artisans et de professionnels du monde de l’art il y a un mois concernant de prétendus faux meubles Boulle, c’est autour de l’expert en mobilier et sièges du XVIIIe siècle Xavier de Clerval d’être sur la sellette. 

La semaine dernière, de source policière, il a été mis en garde à vue suite à une enquête menée par l’OCBC (Office central de lutte contre le trafic des biens culturels), qui a cependant refusé de commenter l’information. Il n’a pas été mis en examen mais l’enquête se poursuit.

Détail de l'estampille Mathieu Criaerd sur le bureau plat en vernis européen à fond bleu
Détail de l'estampille Mathieu Criaerd sur le bureau plat en vernis européen à fond bleu

Cette nouvelle affaire concerne un bureau plat à décor de laque européenne en vernis Martin à fond bleu et ornementations de bronzes argentés. Proposé aux enchères par la maison Pierre Bergé le 14 juin 2017, il a été acquis 282 450 euros (estimation hors frais 80 000 à 100 000 €). La notice portée au catalogue et rédigée par Xavier de Clerval, précise que ce bureau est d’époque Louis XV et qu’il est estampillé de Mathieu Criaerd. L’expert le rapproche de la commode et de l’encoignure conservées au Musée du Louvre, également estampillées de Criaerd et livrées en 1742 par le marchand-mercier Thomas-Joachim Hebert pour la chambre de Madame de Mailly au château de Choisy.

« Balivernes ! Si le meuble avait été bon, son prix aurait dû être proche du million compte-tenu de la provenance », fulmine Frédéric Fermin, collectionneur d’art passionné par le mobilier et les objets XVIIIe. « J’avais déjà vu ce bureau chez l’antiquaire parisien Yannick Allée il y a au moins 6 ou 7 ans. Il avait essayé de me le vendre en me racontant que c’était un cadeau de Madame de Mailly à Madame de Pompadour, ce qui historiquement est impossible puisque Madame de Mailly était déjà morte quand la Pompadour est arrivée à la cour de Versailles. Puis, le bureau est réapparu chez Pierre Bergé il y a un an. De nombreux professionnels du marché de l’art l’ont examiné et l’ont rejeté à l’unanimité. La structure du meuble est bâtie avec des éléments composites du XVIIIe, XIXe et XXe siècles tandis que les bronzes et le vernis Martin sont postérieurs au XVIIIe. Je l’ai donc signalé à l’OCBC », rapporte le collectionneur, qui lutte depuis de nombreuses années contre les contrefaçons de mobilier et objets d’art anciens et les dénonce régulièrement sur son site internet « Les coulisses de l’art ». 

« Je me suis fait plusieurs fois berner. Je suis écœuré par ce milieu. C’est une véritable mafia », lance-t-il. Récemment, en février, et après une procédure longue de près de 10 ans, Frédéric Fermin a gagné le procès qu’il avait intenté contre Christie’s France à propos de la vente d’un cartonnier Louis XV lourdement restauré (restaurations non signalées au catalogue) et obtenu l'annulation de la vente et le remboursement du meuble. L’homme a également créé une association, dénommée « Le Grand siècle », regroupant des experts judiciaires et des avocats afin de défendre les intérêts des collectionneurs floués.

Pour l’heure, tout le marché de l’art reste en alerte, en attendant le prochain rebondissement dans ces différentes affaires de faux meubles et sièges.

Cet article a été publié le 12 juin 2018

Thématiques

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque