Dimanche 19 janvier 2020

Justice

Sortie de prison pour Bill Pallot

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 10 octobre 2016 - 559 mots

PARIS [10.10.16] - Après quatre mois de détention, Bill Pallot devrait être remis en liberté ce lundi matin. Versailles semble bien être la principale victime d’une demi-douzaine de sièges suspects.

Bill Pallot - Copyright photo Benoît Linero / L'Œil
Bill Pallot, 2006
© Benoît Linero / L'Œil

L’expert de la galerie Aaron, Bill Pallot, est censé quitter lundi 10 octobre la maison d’arrêt du Val d’Oise à Osny, où il était détenu depuis le 9 juin après avoir avoué la fabrication d’une huitaine de faux sièges XVIIIe.

Pendant ces quatre mois il n’a pas été entendu une seule fois, faute de juge pour conduire l’instruction. La Justice tenait cependant à éviter tout contact avec d’autres protagonistes, ce que confirment les conditions strictes de sa libération. Comme l’a indiqué Le Figaro, sa liberté provisoire, sous caution de 40 000 €, est notamment assortie d’une assignation à résidence à Saint-Etienne.

La mission d’inspection gouvernementale ouverte au début de l’été s’intéresse à la production de plusieurs sièges qui ont été acquis par Versailles ou sont passés d’une façon ou d’une autre par le château, dont une bergère censée provenir de Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, deux chaises dans un lot de quatre achetées comme réalisées par Louis Delanois pour Madame du Barry ou encore la paire de chaises imitées de celle commandée pour le Belvédère à François Folliot par Marie Antoinette.

Néanmoins, il n’y pas eu d’examen scientifique des sièges détenus par le château. La commission a entendu la semaine passée Pierre Arizzoli-Clémentel qui fut directeur général de Versailles jusqu’en 2009, ce qui donne une idée de la période sur laquelle s’étendent désormais les soupçons.

Bill Pallot a expliqué avoir agi par défi et goût du risque. Son ami l’expert Guillaume Dillée et le galeriste Laurent Kraemer ont été mis en examen, ainsi qu’un doreur et un chauffeur livreur s’étant livré au courtage, impliqué dans des faits connexes de blanchiment. Des ateliers de restauration parisiens qui travaillent entre autres pour les musées nationaux sont dans la ligne de mire.

Appelée à rendre son rapport dans les semaines à venir, l’inspection est suffisamment exceptionnelle pour réunir trois ministères, celui de la Culture, du Budget et de l’Intérieur, en raison des implications pénales. À la Direction des musées de France, qui est chargée des opérations d’acquisition, on minimise l’impact de la fraude, en soulignant que l’engagement des crédits sur les meubles mis en doute porterait sur 500 000 €. Cependant, ce calcul ne prend pas en compte la part du mécénat. Voyant les budgets d’acquisition déjà sacrifiés (1), désormais soumis à la critique des médias alors même que leur honnêteté n’est pas en cause, les conservateurs s’inquiètent de cette contestation du système d’enrichissement des collections, en dénonçant l’illusion d’un risque zéro face à une contrefaçon aussi sophistiquée.

Le gouvernement, lui, paraît rattrapé par l’emballement des évènements. Il ne s’est pas résolu à étendre l’inspection aux faits révélés en septembre par Le Journal des Arts concernant une commode prétendument issue de la famille Colbert et un portrait attribué à Frans Hals, dont le Louvre a été victime. Les sommes en jeu sont pourtant bien plus élevées, puisque les négociations, heureusement infructueuses, sur ces deux objets tournaient autour d’une dizaine de millions d’euros. Néanmoins, la ministre de la Culture a demandé à la mission de formuler des réflexions générales sur les mécanismes d’acquisition, manifestement pris en défaut.

Note

(1) -40 % pour le seul budget de l’Etat depuis l’élection de François Hollande.

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