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Émirats

Dubaï reste attractif

Sur fond de crise, Art Dubai rassemble des galeries internationales très pointues

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 1 mars 2011 - 766 mots

DUBAI - Certes, Dubaï (Émirats arabes unis) a dû revoir à la baisse ses rêves de grandeur. Frappé de plein fouet par la crise immobilière, l’émirat aligne une dette astronomique.

De ses extravagants projets, seule l’île artificielle de Palm Jumeirah a quitté le stade du mirage. Malgré tout, cette bulle, qui sert de poumon à une région très conservatrice, n’a pas perdu sa capacité d’attraction. De nouvelles enseignes ont vu le jour cette année, à l’instar de Lawrie Shabibi, Etemad ou Traffic, tandis que XVA vient de prendre un nouvel espace dans le quartier financier de la ville. Mais surtout, l’importance de Dubaï se mesure à l’aune des nouveaux exposants internationaux de la foire Art Dubai, tels que Nathalie Obadia (Paris) ou Marianne Boesky (New York). En cela, cette édition marque une rupture par rapport à la précédente, où la balance penchait plutôt en faveur des enseignes locales. « Les galeries qui ont atteint un certain niveau international veulent avoir une vision plus large de l’Asie, et elles regardent alors vers Dubaï et Hongkong.
Les gens réalisent qu’un déplacement s’est opéré dans le monde de l’art », indique Antonia Carver, nouvelle directrice de la foire. Elle accueille ainsi cette année des galeries très pointues intellectuellement, comme The Hotel (Londres) qui partage son stand avec Balice Hertling (Paris), ou encore Pilar Corrias (Londres) avec deux artistes très prisés, l’Iranienne Tala Madani et la Pakistanaise Shahzia Sikander. On s’étonne aussi de la venue de Johann König (Berlin), lequel prévoit une exposition personnelle de Michael Sailstorfer. « J’ai envie de me faire une idée sur le potentiel de cette région et je n’aime pas visiter un lieu sans y travailler, explique le galeriste. Chaque fois que nous avions tenté une aventure à l’étranger, quelque chose en était ressorti. Lorsque nous avons participé, l’été dernier, à la Villa Reykjavík [lire le JdA no 329, 9 juillet 2010, p. 30], la presse allemande a reproduit des images de Sailstorfer et nous avons pu vendre une pièce à un collectionneur allemand. » 

Persévérance
Ce sursaut vers un art plus pointu, mais aussi plus international, n’est-il toutefois pas prématuré ? « Il s’agit d’une région sans critiques d’art, sans musées, sans commissaires d’exposition formés, mais où il y a beaucoup de consultants, d’argent et de maisons de ventes, admet Chantal Crousel (Paris). Ce que nous pouvons apporter prendra du temps, avec d’autres exemples d’art et de façons de collectionner. Cela prendra une petite génération. » À force de persévérance, celle-ci a toutefois cédé plusieurs pièces d’Allora & Calzadilla dans la région.
La patience a aussi payé pour Ursula Krinzinger (Vienne), laquelle vend tout au long de l’année à ces nouveaux acheteurs. « Les clients locaux sont de plus en plus attirés par des artistes étrangers, et, somme toute, c’est bien normal. Cela fait partie du processus d’évolution de tout collectionneur, observe la galeriste Isabelle Van den Eynde (Dubaï). Cela vient aussi du fait que les artistes du Moyen-Orient se sont davantage dégagés du contexte local dans leur expression artistique, et que, dès lors, leur travail peut paraître moins identitaire. » La tenue simultanée de la Biennale de Sarjah (principauté arabe voisine de Dubaï) a enfin pesé dans le choix de plusieurs arrivants. Forte de la présence de Khalil Joreige et Joana Hadjithomas à cette manifestation, deux de ses artistes qu’elle expose jusqu’au 13 mars à Paris, la galerie In Situ participe pour la première fois à Art Dubai en présentant également des pièces de Patrick Tosani et Subodh Gupta. De même, deux créateurs de Chantal Crousel (Paris), Melik Ohanian et Jean-Luc Moulène, figurent à la Biennale de Sarjah. Certaines galeries comme les Parisiennes Kamel Mennour et Almine Rech ont néanmoins préféré miser sur la foire Abu Dhabi Art (qui s’est tenue en novembre 2010), pourtant très artificielle, dans l’espoir de vendre aux musées en construction. « Le modèle à Abou Dhabi est différent, il s’agit d’une foire financée par le gouvernement, alors que nous sommes une entreprise privée. Abou Dhabi veut se créer en centre, alors que Dubaï collabore avec différentes villes du Golfe, rappelle Antonia Carver. Mais, lorsque les musées seront créés à Abou Dhabi, il y a aura un effet amplificateur jusqu’à Dubaï. Je crois qu’il y a déjà moins de compétition, et les leaders fédéraux voient Dubaï et Abou Dhabi comme faisant partie d’un même pays uni. » Reste que, pour l’heure, Dubaï est la seule plateforme « marchande » de la région.

ART DUBAI

Directrice : Antonia Carver

Nombre d’exposants : 83

Tarif des stands : 550 dollars le mètre carré

Nombre de visiteurs en 2010 : 18 000

ART DUBAI

Du 16 au 19 mars, Madinat Arena, Dubaï, Émirats arabes unis, www.artdubai.ae, le 17 mars 16h-21h30, le 18 mars 12h-19h30, le 19 mars 12h-17h30

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°342 du 4 mars 2011, avec le titre suivant : Dubaï reste attractif

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