Foire

Des ventes sans éclat à Masterpiece 2017

Par Marie Potard · lejournaldesarts.fr

Le 7 juillet 2017 - 878 mots

LONDRES / ROYAUME-UNI

LONDRES (ROYAUME-UNI) [07.07.17] - Si les organisateurs se sont démenés pour faire venir du beau monde sur le salon, en revanche, les ventes étaient plutôt molles pour cette 8e édition de la foire d’antiquaire londonienne.

La foire londonienne Masterpiece, qui a refermé ses portes mercredi soir, a gagné en qualité mais du côté des ventes, globalement, les marchands n’exultaient guère.

Pourtant, les organisateurs avaient mis tout en œuvre pour que le salon soit une réussite. Avec une organisation presque sans faille, une atmosphère très chic, un plan de circulation aisé et des allées aérées mais remplies de visiteurs, la direction n’a de surcroit pas ménagé sa peine pour faire venir les musées américains et les clients qu’on ne voit ni à la Biennale de Paris, ni même à la Tefaf de Maastricht. « Nous rencontrons des gens pas habituels, comme des koweitiens, des indiens… mais le niveau des ventes est inférieur ici », commentait Charly Bailly (Genève).

« Le calendrier était chargé : la London art week, les grandes ventes aux enchères, Wimbledon… tout le monde était à Londres », a indiqué la galerie De Jonckheere qui vient de fermer son espace parisien pour s’installer à Monaco, faute de fréquentation. « Je tire mon chapeau aux organisateurs qui arrivent à amener du nouveau monde à chaque fois. Chaque année, 80 % de mon chiffre d’affaires sur le salon est réalisé grâce à de nouveaux clients. C’est extraordinaire car dans les autres manifestations, on vend surtout à nos clients. Le 1er jour, j’ai vendu une quinzaine de pièces. Du jamais vu », se réjouissait Patrick Mestdagh (Bruxelles). Parmi les ventes, un tapa ramené en 1843 de Samoa (Polynésie) par une expédition américaine (autour de 20 000 €). Il repart d’ailleurs aux Etats-Unis.

« Les musées américains se sont déplacés mais je reste un peu sur ma faim », commentait le marchand parisien Oscar Graf qui a tout de même vendu un bureau de Peter Waals (autour de 50 000 €). « J’aurais pu le vendre 15 fois », a-t-il précisé.

Mou mais mieux que l’an dernier
Peu de ventes importantes ont donc rythmé cette édition. La galerie Bailly a vendu un tableau de Serge Poliakoff, le belge Samuel Vanhoegaerden a cédé une œuvre de Keith Haring (autour de 2,9 M€) mais dans l’ensemble, les transactions étaient lentes. « Ca a mieux marché que l’année dernière, juste après le Brexit mais ce n’était pas l’euphorie. J’ai vendu en deux exemplaires la Raie, d’Umberto », a précisé Alain Richarme (Univers du bronze, Paris). « Effectivement, ça ne pouvait pas être pire que l’année dernière, 3 jours après le Brexit. Les gens ne parlaient que de ça et n’avaient pas la tête à l’achat », renchérissait Gladys Chenel qui confiait avoir réalisé quelques ventes, surtout les premiers jours. Constat identique chez Philippe Perrin : « même si la foire se tient de mieux en mieux, ce n’est pas l’extase. Nous sommes dans une grande ville alors les gens sont aspirés de partout ». Le marchand français, désormais installé à Londres a cependant vendu deux vases en stuc à décor en Arte povera, Italie.

La galerie Steinitz avait quelques touches avec des musées américains, l’un intéressé par quatre appliques d’époque Louis XVI placées dans la salle à manger de Madame Bonaparte, future impératrice Joséphine au Palais des Tuileries (2,5 M€). Les impressions étaient très inégales d’un marchand à l’autre. « Je n’ai pas bien travaillé et n’ai fait que deux petites ventes. Mais potentiellement, il y a des clients et le niveau est fantastique », a rapporté David Ghezelbash, un peu dépité.

Certaines galeries s’en sont mieux sorties que d’autres, en multipliant les ventes dans des fourchettes de prix plus ou moins raisonnables, comme l’italienne Alessandra di Castro qui avait plusieurs points rouges dont une tête en marbre de Trajan Decius, art romain, moitié du 3e siècle. Jean-David Botella (Paris), dont c’était la 3e participation s’est dit satisfait : « j’ai vendu les 7 moutons de Lalanne que j’exposais. Je les traque partout. 1 000 ont été fabriqués mais c’est rare d’en avoir autant sur un stand ». Le marchand français a également cédé un oiseau monumental, du même artiste.

Quant aux tableaux anciens classiques, ils ont souffert. « Les deux premiers jours, ça s’est bien passé mais après c’était plus dur. J’ai fait une petite vente. Le problème c’est que dans cette spécialité, il n’y a plus de collectionneurs », commentait, attristé, Giovanni Sarti. « Mais les marchands qui avaient des images fortes, du XIXe ou du début du XXe ont vendu », a souligné l’expert français Nicolas Joly. C’est le cas notamment de la galerie Dickinson qui s’est séparé de Voiliers sur la Seine à Argenteuil, 1886, de Caillebotte ou de A. Pallesi (Monaco) qui s’est délesté de Loisirs, 1921, de Angelo Garino. Richard Green a vendu deux aquarelles de Turner, Chatham, Kent et Arundel Castel and town, Sussex. Le marchand anglais attendait encore preneur pour Flatford Lock on the Stour looking towards Bridge Cottage, de Constable (2,2 M€).

A l’issue de cette semaine d’exposition - et en fin de saison - les marchands étaient sur les rotules et se plaignaient que le salon ferme trop tard tous les soirs, à 21h, même s’il y avait encore du monde après 19h.

Légendes photos

Bureau de Peter Waals, 1936, chêne avec des poignées en ébène de macassar, Galerie Oscar Graf © photo Jacques Pépion | courtesy Galerie Oscar Graf

Rembrandt Bugatti, Jaguar accroupi, 1908, bronze patiné, fonte Hébrard de 1909. Courtesy galerie Xavier Eeckhout, Paris.

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