Vendredi 23 février 2018

Des collections de la famille royale aux enchères

Tableaux anciens, mobilier estampillé Jacob et voitures hippomobiles dispersés au château de Randan

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 29 juillet 2008

Situé à quelques kilomètres de Vichy, dans le Puy-de-Dôme, le château de Randan, qui a appartenu à la sœur de Louis-Philippe, Marie-Adelaïde Eugénie (1777-1847), dite Mademoiselle d’Orléans, est demeuré propriété de la maison de France jusqu’à nos jours. Une partie de son contenu – quelque 900 objets dont la plupart de provenance royale sont classés monuments historiques et à ce titre interdits de sortie du territoire – sera dispersée sur place, les 23 et 24 mai, par l’étude Millon & Robert. Réunissant pour l’essentiel une grande collection de taxidermie, des trophées de chasse, du mobilier estampillé Jacob, des tableaux anciens et des voitures hippomobiles, cet ensemble est estimé environ 12 millions de francs.

PARIS - Vieux manoir féodal d’Auvergne, fief de la branche cadette des Bourbon, le château de Randan a été reconstruit sous le règne de François 1er par Fulvie Pic de la Mirandole, puis achevé par sa petite-fille Marie-Catherine de La Rochefoucauld. En 1821, le roi Louis-Philippe l’a cédé à sa sœur Marie-Adelaïde Eugénie, qui l’a modernisé et décoré dans l’attente de la visite de son frère. Le château était entouré de forêts, extraordinaires réserves de gibier qui ne pouvaient manquer d’attirer les princes de la maison d’Orléans férus de chasse, comme Ferdinand, duc de Montpensier (1884-1924), jeune frère du duc d’Orléans. Ce dernier a ramené de ses chasses à travers le monde des trophées d’animaux rares et aujourd’hui préservés – fauves, singes, échassiers, rapaces – qui ont été naturalisés par la célèbre maison Rowland Ward, à Londres. Au nombre des 80 trophées du château figure une paire de défenses d’éléphant provenant de la province de Mongalla, au Soudan, longues d’environ 3 mètres et pesant chacune plus de 55 kilogrammes (100-120 000 francs), et parmi les 38 vitrines d’animaux naturalisés, un condor des Andes déploie ses ailes, dont l’envergure peut atteindre 2,90 m (5-6 000 francs), et un tigre royal dévore un buffle d’eau dans une reconstitution parfaitement conservée (50-60 000 francs). Une partie de cette collection se trouve aujourd’hui dans la Grande galerie de zoologie du Muséum d’histoire naturelle, à Paris.

Pour meubler le château, Marie-Adelaïde Eugénie avait fait appel aux Jacob, célèbre famille de menuisiers et ébénistes, qui ont travaillé pour Randan entre 1821 et 1847 et ont notamment livré des meubles en bois clair, en érable moucheté et citronnier, dont une suite de quatorze fauteuils (200-250 000 francs), deux séries de vingt-quatre chaises (100-120 000 francs la série) et onze consoles prévues à l’origine pour une salle à manger (50-60 000 francs la paire). Parmi d’autres pièces remarquables, on notera une pendule en bronze doré par Feuchère, représentant Achille devant le tombeau de Patrocle (100-150 000 francs), une paire d’appliques à cinq branches attribuées à Claude Galle (80-100 000 francs) et une paire de bibliothèques attribuées à l’ébéniste Giroux (150-200 000 francs, mais aussi une statue en marbre blanc du duc de Montpensier en costume d’artillerie par Cumberworth, présentée au Salon de 1845 (30-35 000 francs), et un buste en marbre blanc du duc d’Orléans signé Henri de Triqueti (40-60 000 francs). De nombreuses caricatures exécutées par le sculpteur Dantan le Jeune sont également mises en vente. Elles illustrent des scènes de la vie parisienne pendant la Monarchie de Juillet : musiciens, banquiers, acteurs, compositeurs (4-5 000 francs la sculpture).

Un Omnibus à ballon blanc et noir
Par ailleurs, l’expert Yves Dauger présentera 67 pièces de sellerie, dont un harnais ancien de tandem pour deux poneys, en cuir rouge à bouclerie blanche avec chiffre fleurdelisé, et un harnais de poste pour quatre poneys en cuir fauve (20-25 000 francs chacun). La vente se poursuivra avec des véhicules hippomobiles, dont un coupé à un ou deux chevaux, noir et rouge aux armes d’azur à trois fleurs de lis d’or de chez Hann à Twickenham, en Angleterre (15-20 000 francs), et un spectaculaire omnibus à ballon blanc et noir à trois fleurs de lis d’or (15-20 000 francs). Sa caisse carrée, à fond en retrait à pavillon recouvert de cuir, présente sept glaces et portes vitrées et possède un marchepied arrière à mécanique doublé d’un marchepied fixe. À l’intérieur, deux banquettes en vis-à-vis sont capitonnées de cuir et de passementerie. L’équipage comprend encore un Milord du fabricant d’attelages parisien Binder, à la banquette arrière capitonnée de cuir et drap bleu, comportant une capote et un tablier en cuir (20-30 000 francs).

Autre temps fort de la vacation, la dispersion de 35 tableaux anciens parmi lesquels figure une huile de Dominique Papety (1815-1849), Le duc de Montpensier et sa suite en compagnie du roi de Grèce et de sa cour devant les ruines du temple de Jupiter à Athènes (600-800 000 francs). Cette toile avait été commandée vers 1846 par le duc de Montpensier qui souhaitait commémorer sa visite à Athènes. Il y est représenté aux côtés du roi Otton Ier, fils de Louis Ier de Bavière, de la reine Amélie de Grèce, du baron Piscatory, ministre de France – il avait conté au duc l’histoire du siège que les Grecs ont soutenu contre les Turcs devant le Parthénon – et d’autres personnalités.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°81 du 16 avril 1999, avec le titre suivant : Des collections de la famille royale aux enchères

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque