Samedi 5 décembre 2020

Spécial Paris Photo

Comment s’établit le prix d’une photographie

L'ŒIL

Le 25 octobre 2010 - 1128 mots

En fonction de leur budget et de leurs goûts personnels, les collectionneurs apprennent vite à jongler avec les différents critères d’évaluation.

Le marché de la photographie s’est beaucoup développé ces dix dernières années. Chez Sotheby’s et Christie’s, il représente respectivement 7 et 10 % des lots de fine art vendus en 2009, soit 29 et 23 % en valeur (source Artprice). Les critères d’évaluation d’une photo selon son époque (photo primitive, moderne ou d’après-guerre) sont assez objectifs, au contraire de la photo très contemporaine pour laquelle on manque forcément de recul.

Le premier critère d’entre tous est la notoriété de l’artiste, qui n’est d’ailleurs pas spécifique au domaine de la photographie. Certains noms sont incontournables dans l’histoire de la photographie, tels Edward Weston [lire p. 44], Edward Steichen, Alfred Stieglitz, Ansel Adams ou André Kertész pour ne citer que quelques modernes.

À travers les expositions qu’elles organisent, les grandes institutions ont un rôle majeur dans la validation des artistes et de leur œuvre. Il en est de même pour la parution d’un livre monographique sur un photographe. Une hausse de la cote de l’artiste ainsi mis en exergue suit systématiquement ce type d’événement.

L’état de conservation est une constante à retenir pour tous les tirages. Une petite déchirure, une légère rousseur ou une salissure peuvent se restaurer. Mais une perte de couleur, due à une exposition à la lumière, est irréversible. Certaines images cultes ont plus de valeur que d’autres dans la carrière d’un photographe. La rareté et la fraîcheur d’un tirage (image peu vue sur le marché ou diffusée à un très petit nombre d’exemplaires) font encore grimper les prix.

Si la présence d’une signature est négligeable pour la photographie du xixe siècle, elle a son importance au xxe. Les tirages datant de l’époque de la prise de vue sont généralement préférés aux épreuves plus tardives. Mais il faut parfois préférer les tirages d’exposition d’excellente qualité, même s’ils sont réalisés postérieurement, à de médiocres vintages (tirages d’époque), par exemple ceux faits pour la presse.

Enfin, notons qu’une belle provenance (ou une dédicace) ajoute du cachet à une image et participe à rendre unique ce qui était à l’origine un multiple. De plus en plus de musées refusent aujourd’hui d’acquérir une photo sans provenance, tel le Getty Museum de Los Angeles qui exige que chaque tirage ait une histoire.

L’importance de la provenance
Cette image de Doisneau, prise en 1950, est considérée comme iconique dans l’œuvre du photographe. Les tirages d’exposition qui sont postérieurs à l’année de la prise de vue (réalisés dans les années 1980) se vendent généralement entre 10 000 et 20 000 euros. Ils sont signés par Doisneau, preuve que l’artiste a contrôlé la qualité de l’épreuve. Un tirage argentique de plus petit format (18 x 24,6 cm) s’est tout de même vendu 185 000 euros le 25 avril 2005 à Paris chez Artcurial, soit un record absolu pour Doisneau. Il présentait l’attrait d’être un tirage d’époque (réalisé peu de temps après la prise de vue) que Doisneau avait offert à Françoise Bornet (le modèle de la photo du Baiser). Sa provenance historique a multiplié sa valeur.
Illustration :
Le Baiser de l’Hôtel de Ville, Robert Doisneau, 1950, tirage postérieur signé à l’encre dans la marge.
Dimensions : 24,1 x 29,8 cm.
Adjugé 21 250 dollars (14 500 euros)
le 9 octobre 2009, Sotheby’s, New York.

La consécration muséale
Le photographe William Eggleston est l’un des maîtres de la photographie couleur des années 1970. Pour l’impression de ses images, il a utilisé le dye-transfer, une technique qui a permis une bonne conservation des couleurs dans le temps. Son travail fut présenté lors d’une exposition au Museum of Modern Art (MoMA) de New York en 1976, accompagnée par la sortie de l’ouvrage William Eggleston’s Guide. L’exposition du MoMA est considérée comme un tournant dans l’histoire de la photographie, marquant « l’acceptation de la photographie couleur par la plus grande institution de validation », comme le souligne le spécialiste Mark Holborn. Eggleston fut le premier artiste à avoir bénéficié d’une exposition personnelle de photographies couleur dans l’histoire du MoMA.
Les photos ayant figuré dans cette exposition sont particulièrement cotées. Une l’est plus que toutes : Memphis. Elle est devenue une icône pour avoir illustré la couverture du catalogue d’exposition.
Illustration :
Memphis, William Eggleston, vers 1970, tirage dye-transfer de 1980, signé, daté et numéroté 18/20. Dimensions : 30 x 44,3 cm.
Adjugé 156 000 dollars (125 000 euros).

L’état de conservation
Pour la photographie ancienne dite primitive, l’état de conservation est un critère essentiel d’évaluation. Il existe une hiérarchie de valeur pour les différentes épreuves d’une même image, en fonction de leur état. Image mythique des débuts de la photo, la Grande vague réalisée par Le Gray en 1857 fut tirée à l’époque à plusieurs exemplaires. « Cette photographie, résultat d’une prouesse technique qui a nécessité l’utilisation de deux négatifs (un pour la mer et un pour le ciel), était déjà en son temps considérée comme un chef-d’œuvre. En excellent état, l’image qui s’offre au spectateur dans de profondes tonalités brun-chocolat vaut autour de 300 000 euros. La même photo, dans un mauvais état de conservation, est invendable même à 2 000 euros », indique l’expert parisien Yves di Maria.
Illustration :
Grande Vague. Cette [Sète] n° 17, Gustave Le Gray, 1857, épreuve sur papier albuminé d’après deux négatifs verre au collodion.
Dimensions : 33,9 x 41,5 cm. Cachet du photographe en rouge en bas à droite sur l’image. Timbre sec en bas au centre, étiquette du titre en bas à droite, référence « n° 13232 » en bas à gauche, sur le carton de montage. Provenant de l’atelier du peintre Gabriel Prieur.
Adjugée 360 990 euros le 18 décembre 2009 à Drouot, maison de ventes Delvaux, Paris.

La qualité du tirage
Dans la photographie moderne, une épreuve postérieure à la prise de vue, même non signée, peut avoir beaucoup plus de valeur qu’un vintage (tirage d’époque). Ainsi, les tirages d’exposition sont très recherchés, parce que « même si ce ne sont pas des vintages, il s’agit de tirages réalisés par le photographe dans une qualité voulue par lui. Ce sont de rares images tirées avec soin, au contraire des tirages d’époque faits pour la presse et qui étaient retravaillés par les journaux au moment de l’impression papier », indique Christophe Gœury, expert pour la vente de la succession Brassaï en 2006 à Paris. Lors de cette vente, les tirages d’exposition de Brassaï ont obtenu de belles enchères à l’instar de celui-ci.
Illustration :
Couple d’amoureux au bal des Quatre-Saisons, rue de Lappe, Brassaï, vers 1932, tirage postérieur autour de 1960, trace de numéro d’exposition.
Dimensions : 37,2 x 49,5 cm.
Adjugé 55 900 euros le 2 octobre 2006 à Drouot, maison de ventes Millon & Associés.

Où acheter de la photographie

Maison de ventes Delvaux, 29, rue Drouot, Paris IXe, tél. 01 40 22 00 40, www.delvaux.auction.fr

Sotheby’s, 76, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris VIIIe, tél. 01 53 05 53 05, www.sothebys.com

Maison de ventes Millon, 5, avenue d’Eylau, Paris XVIe, tél. 01 47 27 95 34, www.millon-associes.com

Paris Photo, Carrousel du Louvre, 18-21 novembre, www.parisphoto.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°629 du 1 novembre 2010, avec le titre suivant : Comment s’établit le prix d’une photographie

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque