Mardi 18 décembre 2018

Arts premiers, le marché se maintient

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2017 - 750 mots

Sans coups d’éclat particuliers, les ventes de Sotheby’s et Christie’s d’arts premiers sont supérieures aux estimations et aux résultats de l’an dernier, grâce en particulier à des œuvres avec pedigree.

PARIS - Pour leurs dernières ventes de l’année, le 14 décembre, Sotheby’s et Christie’s ont totalisé 12,5 millions d’euros frais compris (1) – légèrement sous l’estimation haute cumulée (7,6 à 11 M€) –, un résultat quasi équivalent à celui de l’an dernier. « Les deux ventes présentaient des profils différents, voire opposés. Sotheby’s avait des estimations à des prix “arrivés”, ce qui laissait peu de latitude aux acheteurs alors que Christie’s avait des estimations très basses. Il y a eu peu de prix spectaculaires, excepté pour l’appui-tête chez Christie’s », a souligné Charles Hourdé, ancien de chez Christie’s qui vient de s’installer en tant que marchand rue Mazarine à Paris.

Sotheby’s a engrangé 8 millions d’euros, soit juste au dessus de son estimation basse si l’on exclut les frais acheteurs (est. 6,2 à 9 M€). Si ce résultat est en hausse par rapport à décembre 2015 (5,90 M€), en revanche la session n’a enregistré aucune œuvre millionnaire. La vente débutait avec la collection Viviane Jutheau, comtesse de Witt, qui a totalisé 5,4 millions d’euros, dans la fourchette de son estimation globale (3,9 à 5,60 M€). Seulement deux lots sur les vingt présentés n’ont pas trouvé preneur dont l’œuvre star, une statue Mbole  de République démocratique du Congo (RDC), en couverture du catalogue (600 000 à 900 000 €). Plus haute enchère de la journée, un masque Kota du Gabon a plus que doublé son estimation haute, atteignant 847 500 euros, record mondial pour un tel masque. La vacation s’est poursuivie de manière plus mitigée avec la vente d’œuvres provenant de divers amateurs qui a récolté 2,6 millions d’euros, en dessous de son estimation basse si l’on exclu les frais acheteurs. Si tous les lots les plus chèrement estimés se sont vendus – exceptée une statue Ewa de Papouasie Nouvelle-Guinée (est. 200 000 à 250 000 €) – ils sont restés plutôt dans les limites de leurs estimations basses. Une statue Lega (RDC) s’est vendue 400 000 euros au marteau, un tambour du détroit de Torrès (Mélanésie), a été acquis 320 000 euros au marteau, tandis qu’une statue Nkonde, Kongo (RDC), de l’ancienne collection de William O. Oldman a été cédée pour 160 000 euros. « La réunion de certains chefs-d’œuvre cachait la médiocrité de certaines pièces, qui, parfois, grâce à leur pedigree, sont arrivées à des sommes incompréhensibles, tel cet affreux “fétiche à clous” au sourire niais », indiquait, sans concession un marchand.

Des collections de marchands
Le lendemain, le 15 décembre, Christie’s en association avec la maison de ventes Millon dispersait à Drouot la succession Madeleine Meunier : une collection aux origines prestigieuses, puisque cette dernière a été mariée à deux marchands célèbres, Aristide Courtois, puis Charles Ratton. Devant une salle comble, le produit de vente a atteint 4,5 millions d’euros (est. 1,4 à 2  M€). Tous les lots ont été vendus, la plupart au dessus de leurs estimations de départ. Un succès donc. « Cette collection n’avait pas de prix de réserve et les estimations étaient exagérément basses, ce qui est surprenant avec un tel pedigree. Il est donc normal qu’il y ait eu batailles d’enchères, même pour les petits lots, avec un tel ensemble d’objets de qualité quasiment jamais vus », commentait Alain Lecomte, marchand parisien. Un appui-tête Luba Shankadi (RDC) attribué au « maître de la coiffure en cascade », a plus que doublé son estimation haute en atteignant la somme de 2,2 millions d’euros, un record mondial pour le maître sculpteur. Une statue Fang du Gabon a été adjugée 689 000 euros au-dessus de son estimation haute à un amateur dans la salle. D’autres belles enchères ont émaillé la vente, tel un pendentif Maori Hei-Tiki (Nouvelle Zélande), adjugé 197 000 euros ; une figure de reliquaire Kota (Gabon), acquise 185 000 euros ou un appuie-nuque Sepik (Papouasie-Nouvelle-Guinnée), vendu 149 000 euros.

Note

Toutes les estimations sont indiquées hors frais acheteur tandis que les résultats sont indiqués frais compris.

Sotheby’s

Collection Viviane Jutheau, comtesse de witt – au cœur des arts d’afrique et art d’afrique et d’océanie, le 14 décembre
Total : 8 millions d’euros
Estimation : 6,2 à 9 millions d’euros
Nombre de lots vendus : 62/73 (85 %)

Christie’s / Millon

Succession Madeleine Meunier, le 15 décembre
Total : 4,5 millions d’euros
Estimation : 1,4 à 2 millions d’euros
Nombre de lots vendus : 49/49 (100 %)

Légende photo

Masque Kota, Gabon, 99 cm, vente du 14 décembre, Sotheby's, Paris. © Photo : Sotheby’s/Art digital studio.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°470 du 6 janvier 2017, avec le titre suivant : Arts premiers, le marché se maintient

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