Ventes publiques

Arts premiers : Christie’s défait Sotheby’s

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2020 - 562 mots

PARIS

Si Christie’s a brillé, Sotheby’s était à la peine, démontrant une nouvelle fois que seules les œuvres de qualité et inédites sur le marché séduisent les acheteurs.

Maître de Bouaflé (attribué à), Masque Gouro, h. 44 cm. © Christie’s Images Ltd 2020
Maître de Bouaflé (attribué à), Masque Gouro, h. 44 cm.
© Christie’s Images Ltd 2020

Lors des ventes parisiennes d’arts premiers qui se sont tenues les 3 et 4 décembre, Christie’s a tenu la dragée haute à Sotheby’s, qui n’a pas réussi à atteindre le million d’euros.

La maison de ventes propriété de François Pinault a récolté 4,8 millions d’euros, un montant dans la fourchette de son estimation grâce à l’adjudication de 61 lots sur les 67 présentés, soit un taux de vente de 91 %, remarquable dans le contexte actuel. « C’était une très belle vente, qui a très bien marché. Il n’y a pas de secret : quand les objets sont vierges ou très peu vus, qu’ils viennent d’une collection et qu’ils sont assortis d’estimations intelligentes, ça se vend ! », a commenté le marchand parisien Bernard Dulon. L’an passé Christie’s avait totalisé 7,8 millions d’euros avec sa vente « Splendors », dont une figure Songye (République démocratique du Congo, RDC) était partie pour 2,3 millions d’euros. Mais cette année, aucun objet ne pouvait déclencher les passions des « gros » collectionneurs. La plus haute enchère est allée à un masque Gouro attribué au Maître de Bouaflé, Côte d’Ivoire, adjugé 680 000 euros, dans la fourchette haute de son estimation. Une dizaine de masques sont actuellement attribués à cet artiste. L’acquéreur n’aura sans doute pas manqué de remarquer la saisissante ressemblance de cette œuvre avec certaines des têtes peintes par Modigliani. Et, si l’un des autres lots phares, une Maternité Kongo-Yombe, Phemba (RDC) n’a pas trouvé preneur (estimation 350 000 à 500 000 €) – trop vue – , plusieurs pièces ont largement dépassé leurs estimations. Une statue Bembé (RDC) a été emportée à 237 500 €, contre une estimation haute de 70 000 euros, tandis qu’une statue Arambak-Yimam de Papouasie-Nouvelle-Guinée, adjugée pour la même somme, a doublé son estimation de départ.

À peine un lot sur deux vendu chez Sotheby’s

Si Christie’s avait ouvert sa salle parisienne au public – avec un maximum de 20 personnes présentes compte tenu des mesures sanitaires en vigueur –, Sotheby’s, elle, avait opté pour une vente totalement en ligne. Celle-ci se déroulait en même temps que sa vacation new-yorkaise, elle aussi en ligne. À Paris, la maison de ventes a peiné à atteindre 833 868 euros, un chiffre très en deçà des 2 à 3 millions d’euros attendus (contre 5,3M € l’an passé), avec seulement 36 lots vendus sur 103 présentés. New York a fait un peu mieux en récoltant 1,4 million de dollars (1,2M €) avec 59 lots vendus sur 102 (57,8 %). « Plus de 200 objets à vendre, c’est plus que le marché ne peut en absorber et il y avait beaucoup trop de pièces moyennes. Aujourd’hui, ce sont les ventes composées de 70 à 80 lots, bien sélectionnés, qui fonctionnent », a commenté Bernard Dulon. Sur ses quatre lots phares, estimés entre 200 000 et 300 000 euros, la maison de ventes de Patrick Drahi n’en a adjugé qu’un seul, une statue Moaï Papa (île de Pâques) pour 239 400 euros. Malgré la contre-performance de Sotheby’s, le marchand ne se dit « pas inquiet pour le marché. Il est plutôt bien portant, en tout cas, personne ne peut dire qu’il montre une faiblesse. Pour l’instant, il n’y a pas de mauvaise orientation ».

Toutes les estimations sont indiquées hors frais acheteur tandis que les résultats sont indiqués frais compris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°557 du 11 décembre 2020, avec le titre suivant : Arts premiers : Christie’s défait sotheby’s

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