Arts premiers

Des records pour l’art africain

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 1 juillet 2015 - 789 mots

Les résultats de Christie’s et Sotheby’s France confirment que le marché est dynamique, tout en continuant d’être sélectif.

PARIS - La première session de ventes d’arts premiers de l’année a tenu ses promesses. Christie’s et Sotheby’s ont totalisé à elles deux 22,6 millions d’euros (1), un record et presque le double du montant de 2014 (12,2 millions d’euros). Ces bons résultats sont dus à des œuvres rares aux provenances rêvées, mais témoignent également d’une tendance qui tend à se préciser. « Les maisons de ventes ont réussi à étendre le champ des enchérisseurs possibles, car les choses seraient plus compliquées si elles se cantonnaient aux collectionneurs classiques d’art africain – il y en a 5 000 à 6 000 dans le monde. Ils sont loin d’être tous fortunés ! », soulignait ainsi Pierre Amrouche, consultant international chez Christie’s.

Christie’s a ouvert le bal le 23 juin, avec une vente de 100 lots estimée 9 à 14 millions d’euros. Elle a totalisé 11,5 millions d’euros, dans sa fourchette d’estimations, son plus haut résultat à Paris. La salle, qui n’avait jamais été aussi remplie, n’attendait qu’une chose : la vente du reliquaire Kota ayant appartenu à William Rubin, ancien conservateur du MoMA de New York, pièce passée également entre les mains de la collectionneuse Helena Rubinstein. Estimé très haut, 6 à 9 millions d’euros, le reliquaire a été acquis par un acheteur anonyme au téléphone contre la spécialiste de l’art Dogon Hélène Leloup et le producteur Thomas Langmann, pour 4,8 millions d’euros au marteau (5,4 millions d’euros frais compris). La maison de ventes a réussi à convaincre le vendeur de baisser son prix de réserve, permettant de le vendre en dessous de son estimation basse. Pourtant, selon Pierre Amrouche, « ce prix correspond au marché de l’art moderne. Un chef-d’œuvre qui possède l’alchimie parfaite — esthétique, rareté, pedigree – doit faire un très gros prix. Dans cette optique, l’estimation était cohérente ». Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un record du monde pour un Kota, pulvérisant le précédant record de 1,2 million d’euros (Christie’s Paris, juin 2011).

Provenances en or
Favorisant toujours les provenances prestigieuses, le public n’est donc pas resté insensible aux deux pièces issues de la collection Vérité, laquelle avait fait date en 2006 avec 44 millions d’euros. Le masque d’épaule Baga (République de Guinée) s’est vendu 2,3 millions d’euros (est.1,5 à 2,5 millions d’euros), un record pour une œuvre Baga. Quant au masque Grébo/Krou, il a plus que doublé son estimation basse, en partant à 1,3 million d’euros. « En neuf ans, les prix ont bien tenu, soit en restant équivalents, soit avec une plus-value », a commenté Pierre Amrouche.

Petite exception, la statue commémorative Jukun Wipong (Nigéria), qui provenait de la collection Kerchache, n’a pas trouvé preneur (est. 200 000 à 300 000 euros). Selon l’opérateur, un client aurait manqué son train…

Chez Sotheby’s, le lendemain, 24 juin, la salle était tout aussi comble. La maison a réalisé son meilleur total depuis 2011 avec 11,1 millions d’euros, au niveau de  son estimation haute en ajoutantles frais de réserve (9,5 millions d’euros). Ce score est dû à des estimations attractives alors que Christie’s avait misé sur des estimations plus agressives. D’autres records ont été réalisés, comme pour le masque-double Baulé (Côte d’Ivoire) de la collection Vérité, emporté par un collectionneur au téléphone contre Hélène Leloup pour 5,4 millions d’euros (est. 2 à 3 millions d’euros). Une plus-value significative pour le vendeur qui l’avait acquis 1,3 million d’euros en 2006.
Beau prix également pour une tête commémorative Akan (Ghana), adjugée 855 000 euros (est. 200 000 à 300 000 euros), record mondial pour une œuvre Akan. Une statue Songye (République démocratique du Congo) a été achetée au téléphone par le marchand bruxellois Didier Claes pour le compte d’un client, au prix de 699 000 euros (est. 350 000 à 500 000 euros). « J’ai pu l’acquérir juste un peu au-dessus de son estimation haute. J’étais prêt à l’acheter plus cher directement auprès du propriétaire, mais il a préféré jouer la carte de la vente publique. Il en sort perdant. Preuve que les enchères n’effectuent pas que des records », confiait-il. En revanche, une belle statue Senoufo est restée sur le carreau (est. 300 000 à 400 000 euros).

Le 9 juillet, Christie’s Londres tentera un nouveau record avec le porte-flèches Luba de la collection du cheikh Al-Thani, estimé 2 à 3,5 millions d’euros.

Note

(1) Tous les résultats sont indiqués frais compris tandis que les estimations sont indiquées hors frais acheteur.

CHRISTIE’S, LE 23 JUIN
Estimation : 9 à 14 M€
Résultat : 11,5 M€
Taux de vente : 78 %

SOTHEBY’S, LE 24 JUIN
Estimation : 6,5 à 9,5 M€
Résultat : 11,1 M€
Taux de vente : 76 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°439 du 3 juillet 2015, avec le titre suivant : Des records pour l’art africain

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