Foire

Artissima change de cap mais les résultats se font attendre

Par Pierre Morio · lejournaldesarts.fr

Le 6 novembre 2018 - 551 mots

TURIN / ITALIE

La foire turinoise cherche à attirer davantage de collectionneurs. Malgré cela, le bilan commercial de la 25e édition reste mitigé.

L’édition 2018 de la foire Artissima s’est tenue dans l’Oval Lingotto, à Turin.
L’édition 2018 de la foire Artissima s’est tenue dans l’Oval Lingotto, à Turin.
© Photo Perottino-Piva-Bottallo / Artissima 2018

Il y avait foule le 1er novembre dernier dans les allées de l’Oval Lingotto. Les turinois se pressaient pour assister au vernissage de la 26e édition d’Artissima. Mais l’on entendait aussi parler français, allemand, anglais et même turc !  Depuis le changement de direction opéré l’année dernière, l’accent a été mis sur le cœur de cible des foires, le moteur de leur réussite : les collectionneurs. Aussi les VIP ont-ils été choyés, avec un copieux programme de visites, aussi bien sur la foire, que dans les institutions de la capitale piémontaise. De petits groupes déambulaient accompagnés de médiateurs, passant de stand en stand, et de vernissages d’exposition en visites privées dans toute la ville.

Pourtant, côté affaires, si les galeries italiennes présentes étaient satisfaites dès le vernissage, les galeries étrangères étaient plus circonspectes. Loïc Garrier, de la galerie Ceysson & Bénétière, qui présentait le travail photographique (à moins de 5 000 euros) de la jeune Aurélie Pétrel (1980), soulignait : « A Turin, les collectionneurs italiens achètent beaucoup auprès des galeries locales. Heureusement que le prix des stands, plus modeste que sur les autres grandes foires, nous permet de présenter de jeunes artistes. » Et de ce fait, composer avec des achats plus aléatoires

Si la foire insiste dans sa communication sur le côté émergent et prospectif de son offre, les propositions les plus intéressantes étaient à voir du côté des artistes établis, que ce soit dans la partie principale ou dans la section « Back to the future ». Les galeries retenues dans cette section devaient présenter des œuvres créées entre 1980 et 1994 (date de création de la foire). La galerie In situ proposait ainsi des vidéos de Gary Hill (1951). La galerie se dédoublait pour se retrouver aussi dans la section « designi » (dessins), avec un stand consacré à Marcel van Eeden (1965), pour des œuvres s’échelonnant de 2 800 euros à un peu plus de 30 000 euros pour une série complète. Tout proche, la galerie Sicardi/Ayers/Bacino (Houston), qui participait pour la première fois à la foire et qui présentait le travail de Marie Orensanz (1936), artiste argentine vivant à Paris, dans la section « Back to the future », ne faisait pas état de beaucoup de ventes, mais de bons contacts avec les institutions.

Dans la section générale de la foire, la galerie Sabrina Amrani exposait les œuvres géométriques récentes de Chant Avedissian (1951-2018), artiste égyptien connu pour ses portraits d’icônes locales. Là aussi, les ventes se faisaient attendre pour une série de tableaux en bois formant un jeu de motifs recomposables (32 000 €) et pour un tissu imprimé (70 000 €) ; les galeristes aimeraient que ce dernier intègre les collections permanentes d’un musée.

Car la foire est en effet réputée pour la forte présence des musées et centres d’art européens qui viennent y faire leur marché ou préparer leur programmation. Si cette caractéristique est intéressante pour les artistes, il reste à Artissima à trouver la formule pour que, toutes les galeries puissent vendre, en particulier aux collectionneurs privés. La stratégie à l’égard des VIP d’Ilaria Boccanossa, la nouvelle directrice de la foire, a du sens mais sa réussite risque de prendre encore du temps.
 

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