Jeudi 12 décembre 2019

Foire

GRAND PALAIS

Art Paris, retour aux origines

Par Stéphane Renault · Le Journal des Arts

Le 4 avril 2018 - 912 mots

PARIS

142 galeries d’art moderne et contemporain de 22 pays sont réunies au Grand Palais. La scène française et la Suisse sont à l’honneur.

Art Paris Art Fair 2017
Art Paris Art Fair, Grand Palais, Paris
Photo Ludosane, 2017

Paris. « Pour tout bagage on a 20 ans, on a des réserves de printemps », chantait Léo Ferré. Cette année, pour sa 20e édition, Art Paris Art Fair consacre un parcours spécifique à la scène française, rappelant ainsi sa vocation initiale de soutien au marché de l’art français. Pour ce faire, la foire a invité François Piron, critique d’art et commissaire d’expositions, à sélectionner vingt artistes parmi les projets des galeries participantes – des figures singulières des années 1960 à nos jours en marge de l’histoire dominante, dont le travail mérite une relecture. « Quand Art Paris a surgi, au Carrousel du Louvre, au même moment que la Fiac, jugée trop internationale, la vocation de la foire était d’être un appui pour le marché français, rappelle Guillaume Piens, son commissaire général depuis 2012.Être moins conceptuel, plus sur la peinture, c’était aussi donner un espace supplémentaire à des galeries françaises. Il m’a semblé intéressant de repartir de cette origine pour rebondir sur un thème qui permet de réfléchir, de donner du sens et d’encourager la redécouverte d’artistes qui ne sont jamais entrés dans les cases. »

Au fil des éditions successives, l’éclairage sur des scènes étrangères a forgé l’identité de la manifestation. Après l’Afrique l’an passé, c’est au tour de la Suisse d’être à l’honneur, démontrant si besoin était la diversité d’une scène artistique par ailleurs prolifique. À la croisée de différentes cultures européennes, la création dans la confédération helvétique – romande, italienne, alémanique – possède une histoire ancienne et bénéficie du soutien de collectionneurs publics et privés, de galeries à la réputation internationale et d’institutions, musées et fondations, souvent considérés comme des modèles du genre. Karine Tissot, historienne de l’art et commissaire d’exposition, à qui cette invitation a été confiée, a conçu un programme en cinq axes : une sélection d’une centaine d’artistes modernes et contemporains représentés aussi bien par des enseignes européennes que treize galeries suisses, venues de Berne, Genève, Lausanne, Zurich et Neuchâtel ; la présentation des dernières acquisitions de la Collection d’Art Helvetia, groupe et assureur d’art dont la collection compte plus de 1 700 œuvres de 400 artistes ; un programme vidéo dans la Project Room (une aire d’expériences ­artistiques) avec une vingtaine de femmes artistes suisses depuis les années 1970, de Pipilotti Rist à Claudia Comte ; un programme de projections numériques sur la façade du Grand Palais ; enfin, quatre compositions murales all over conçues spécifiquement pour la foire. Le secteur « Promesses », réservé aux enseignes de moins de six ans d’existence, met en avant douze galeries invitées à présenter un maximum de trois artistes. Le prix « L’art est vivant » récompense quant à lui un jeune talent représenté par les galeries de ce secteur dévolu à la création émergente. Depuis 2015, Art Paris Art Fair encourage la présentation d’expositions monographiques. Cette 20e édition se distingue par un nombre record de trente-cinq solo show consacrés à des artistes modernes et contemporains. De nouveaux pays font leur entrée sous les verrières du Grand Palais : le Canada (Christopher Cutts Gallery), le Portugal (Galeria Carlos Carvalho), la Russie (galeries Art 4 et K35 de Moscou), le Koweit (CAP Contemporary Art Platform), la Tchéquie (Cermak Eisenkraft Gallery) ou encore l’Arabie Saoudite (Misk Art). Une édition marquée également par le retour ou la première participation de galeries parisiennes de premier plan : Thomas Bernard-Cortex Athletico, Backslash, Dominique Fiat, Éric Dupont, Loevenbruck, Odile Ouizeman, Alain Gutharc, Jean Brolly, Polaris, Bertrand Grimont ou encore la Galerie Particulière, Éric Mouchet et Zlotowski.

Progression encourageante

« L’image de la foire a évolué, précise Guillaume Piens. Certaines galeries reviennent, qui pourtant avaient dit “jamais plus”,d’autres ont manifesté le désir de participer. Beaucoup de gens nous disent désormais qu’ils aiment Art Paris pour l’ambiance et la découverte, alors qu’avant, c’était plutôt la foire qu’on adorait détester. » La fréquentation elle aussi a évolué, en qualité et en nombre – 54 000 visiteurs de 53 pays l’an dernier. Un public plutôt européen, des pays limitrophes, des Belges, des Allemands et bien sûr beaucoup de Suisses cette année. « Nos collectionneurs parisiens vont à la Fiac pour voir et à Art Paris pour acheter. C’est convivial, nous sommes très attentifs à l’accueil. Nous offrons des visites de décryptage, qui déclenchent des achats. Ce travail d’accompagnement est important, beaucoup de gens ont envie d’acheter de l’art contemporain, mais ne savent pas comment le faire. Nous essayons de créer un cadre encourageant et non pas intimidant, par rapport à d’autres foires. Nous sommes une foire plus tournée vers l’achat passion que l’objet spéculatif en soi. »

En marge de la foire, un parcours VIP « À Paris au printemps » conçu en collaboration avec les institutions parisiennes offre aux professionnels de l’art et collectionneurs invités de découvrir l’exposition inaugurale de la Fondation Lafayette Anticipations « Lutz Bacher, The silence of the Sea », « Neïl Beloufa. L’Ennemi de mon ennemi » au Palais de Tokyo, « Black Dolls » à La Maison Rouge, « Stéphane Dafflon, U+25A6 » au Frac Île-de-France Le Plateau, Subodh Gupta à La Monnaie de Paris ou Tarik Kiswanson à la Fondation d’entreprise Ricard.

Cette édition anniversaire regarde aussi vers l’avenir. Après la pause des 20 ans avec ce recentrage franco-européen, réitérer le principe d’un regard subjectif confié à un(e) commissaire est envisagé. La mise en lumière d’une nouvelle scène artistique est quant à elle d’ores et déjà d’actualité. Et la Colombie pressentie pour être le pays invité au printemps 2019.

 

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°498 du 30 mars 2018, avec le titre suivant : Art Paris, retour aux origines

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