Dimanche 20 septembre 2020

Foire

FOIRE OFF

Art Élysées joue sur tous les tableaux

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 5 octobre 2017 - 913 mots

PARIS

De l’art moderne au street art, la foire qui s’étend sur l’avenue des Champs-Élysées bénéficie d’une position stratégique et de découvertes qui attirent les acheteurs.

Dans le prolongement immédiat du Grand Palais, Art Élysées aligne en enfilade ses pavillons blancs sur les trottoirs de l’avenue la plus célèbre du monde et affiche un programme allant de l’art moderne à l’art urbain, en passant par l’art contemporain et le design. Mais « son noyau dur reste l’art moderne », précise Isabelle Keit Parinaud, sa directrice générale.

Emblématique de cette orientation, la galerie Berès, qui participe également à Tefaf, a rejoint Art Élysées il y a deux ans. Elle y présente cette année un tableau récent de Turi Simeti Deux ovales rouges, une huile sur toile de Georges Mathieu (1960), ainsi que des gouaches sur papier d’Yves Tanguy et Fernand Léger.

Parmi les exposants fidèles à la foire depuis ses débuts, la galerie des Modernes, spécialisée dans l’art du XXe siècle, met en avant pour cette édition une œuvre de Jean Dubuffet de la série des « Paysages du mental », datée du mois d’août 1951 (autour de 250 000 euros), une encre de Chine de Pierre Alechinsky (autour de 70 000 euros) et une gouache sur papier de Fernand Léger préparatoire à un portrait d’Arthur Rimbaud (autour de 65 000 euros).

« Art Élysées est un salon à taille humaine, qualitatif, et qui bénéficie de l’aura de la Fiac », assure la galerie Hélène Bailly, qui a fêté cette année ses dix ans rue du Faubourg-Saint-Honoré et participe pour la deuxième édition consécutive à la foire, dont elle tire « un bilan très positif ». Un dessin au crayon gras de Picasso, réalisé pour illustrer la couverture du recueil Diurnes édité en 1962 ; une très belle aquarelle et encre sur papier de Le Corbusier ; un tableau de 1952 d’André Lanskoy, Aspect de la Vérité : son stand 2017 mise sur des valeurs sûres et des prix assez élevés – entre 100 000 et 200 000 euros.

Forte de son succès lors de la Biennale Paris, où elle a effectué de « belles ventes allant jusqu’à 400 000 euros, dont de magnifiques tableaux fauves et postimpressionnistes », la Galerie Fleury aborde pour sa part Art Élysées avec enthousiasme et un ensemble d’œuvres inédites de la peintre abstrait géométrique Geneviève Claisse (de 15 000 à 50 000 euros), ainsi qu’un « exceptionnel André Lhote de 1918 » (autour de 100 000 euros).
 

Des œuvres plus accessibles

Avec un emplacement stratégique et un positionnement commercial moins intimidant que la Fiac, Art Élysées tire bien son épingle du off : dans un contexte assez terne, elle a totalisé l’an dernier plus de 35 000 visiteurs. « C’est une foire où l’on peut faire des trouvailles, comme un dessin de Fernand Léger ou de Graham Sutherland qu’on ne verra pas à la Fiac », assure Baudoin Lebon, en charge de la direction artistique de la section art. « Nous cherchons avant tout à montrer des œuvres que l’on peut mettre chez soi », ajoute ce marchand, dont le stand mélange des poèmes visuels de Carl André (10 000 euros pièce) et une série de portraits du jeune artiste Hugo Bonamin.

Peintures, sculptures, dessins, photos, les prix peuvent grimper jusqu’à 1 million, mais la fourchette moyenne oscille « entre 30 000 et 50 000 euros », estime Isabelle Keit Parinaud. « Beaucoup de collectionneurs commencent par aller voir la Fiac et viennent ensuite acheter chez nous, observe-t-elle. La liberté que nous laissons aux galeries pour composer leurs stands se traduit par un choix moins formaté et souvent plus abordable. »

Sur le secteur contemporain intitulé 8e Avenue, qui accueille cette année une thématique « Mobile Art » et s’adresse « à un public plus large », on trouve même des œuvres à partir de 3 500 euros. Créée en 2015 et dédiée à l’art urbain, cette section trouve peu à peu ses marques. Elle accueille pour la troisième année la galerie Le Feuvre : « nous avons apporté notre connaissance du marché afin de conseiller les organisateurs sur leur sélection de street art », explique Jonathan Roze, directeur de la galerie, qui se dit « assez attaché à ce salon ». Trois artistes sont mis en avant sur son espace, témoignant d’un travail de fond : le peintre allemand Jan Kolata (né en 1949) « un très bon coloriste » ; Sowat, un artiste franco-américain issu du graffiti, inspiré par le chollo writing – la calligraphie des gangs mexicains – et passé par la Villa Médicis ; enfin Adrian Falkner, artiste suisse-allemand plus connu sous son pseudo Smash137, qui signe désormais sous son véritable nom un travail devenu « plus expressionniste ». Les prix varient de 7 500 à 17 000 euros.

Depuis 2012 enfin, le design a fait son apparition dans les allées, promu par une dizaine de galeries de qualité inégale et mis en scène sur cette édition à travers deux expositions : un aperçu de l’impressionnante collection de design industriel de Jean-Bernard Hebey – avis aux institutions, l’ensemble de 9 000 pièces cherche preneur – et un panorama très pointu de la scène belge proposé par Jean-François Declercq, fondateur de l’espace d’art bruxellois Atelier Jespers, invité de la foire. Luminaires, mobilier, textile, pièces purement décoratives, sa sélection rigoureuse « aux frontières de l’art contemporain », permet de découvrir trois générations de designers. Une parenthèse de formes « simples et belles », où rafraîchir son regard entre deux salons.

 

 

Art Élysées,
avenue des Champs-Élysées, 75008 Paris, entre la place Clémenceau et la place de la Concorde, jeudi 19 au lundi 23 octobre, tous les jours 11h-20h, lundi 11h-18h.

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°486 du 6 octobre 2017, avec le titre suivant : Art Élysées joue sur tous les tableaux

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