Foire

FOIRE INTERNATIONALE D’ART CONTEMPORAIN

Arco, la foire européenne latino

Par Alexia Lanta Maestrati · Le Journal des Arts

Le 13 mars 2019 - 726 mots

MADRID / ESPAGNE

Cette 38e édition accueillait un quart de galeries d’Amérique latine, au côté d’une offre tournée vers les artistes de cette région du monde. Succès pour le Pérou qui était l’invité d’honneur.

Madrid.À Arco, qui s’est tenue du 27 février au 3 mars, les géants du marché n’étaient pas au rendez-vous. Ainsi les collectionneurs ne retrouvaient là ni Gagosian, ni David Zwirner, ni Perrotin ou la Pace. Mais des galeries d’envergure internationale étaient cependant de la partie comme Thaddaeus Ropac (Paris, Pantin), Lelong & Co. (Paris), Richard Saltoun (Londres), ou Meessen De Clercq (Bruxelles).

Si la foire présente des artistes internationaux de différentes nationalités (Jenny Holzer, David Nash, Glenn Ligon), la particularité d’Arco est son ancrage sud-américain. Sur les 203 galeries participant à cette édition, un quart venaient d’Amérique latine (44). Sans toutefois former un secteur à part entière, puisqu’elles étaient éparpillées parmi 64 enseignes espagnoles, 21 allemandes, 15 italiennes ou encore 12 françaises, entre autres. À titre comparatif, à Paris, sur les 193 enseignes conviées à la Fiac (Foire internationale d’art contemporain), 5 seulement sont implantées en Amérique latine. Idem à Art Basel qui en accueille le même nombre sur les 290 exposants, ou encore à Frieze London qui en recense 9 sur 160. Art Paris, qui propose cette année un focus sur cette région du monde, accueillera seulement 4 galeries d’Amérique latine sur les 28 regroupées dans ce parcours. C’est dire combien Arco est une foire latino.

Le contingent le plus important venait des pays dont la puissance économique est la plus forte ; le Brésil (9) et l’Argentine (9). Deux galeries de Caracas ont fait cependant le déplacement : Carmen Araujo Arte et Abra. Dans le contexte de la crise vénézuélienne, « il est difficile de survivre, il y a très peu de galeries d’art contemporain car ceux qui ont de l’argent ont fui et ceux qui restent ne s’intéressent pas tellement à l’art, explique Luis Romero, directeur d’Abra. Soit nous proposons des œuvres à des petits prix au Venezuela, soit nous faisons des foires à l’étranger. »

Le Pérou venu en force

S’ajoutaient 9 galeries en provenance du Pérou, l’invité d’honneur de cette année. Les collectionneurs et institutions péruviennes avaient fait le déplacement en nombre. Selon les organisateurs, 700 professionnels péruviens se sont rendus à la manifestation, ainsi que le président de la République en personne, Martín Vizcarra, accompagné de la première dame, Maribel Díaz Cabello. La Galerie Ginsberg (Lima) a pu céder une grande toile de Claudia Martínez Garay à un musée péruvien. La Galería Revolver (Lima), venue six fois en dix ans, disposait de trois stands. « Cette année il y a énormément de Péruviens. C’est intelligent car chaque année les collectionneurs du pays invité viennent », se félicitait le galeriste. L’idée est cependant temporairement abandonnée : l’édition 2020 ne mettra pas un pays à l’honneur mais un concept, en l’occurrence une relecture de l’œuvre de l’artiste cubain décédé du sida en 1996 Felix González-Torres. D’autres changements se profilent, puisque le directeur actuel, Carlos Urroz, laisse les rênes de la manifestation à Maribel López.

Un angle géométrique

Les galeries d’Amérique latine soutenant principalement les artistes de leur pays, Arco offre un aperçu de créateurs à la fois historiques et émergents. Les recherches géométriques, sous toutes leurs formes, étaient très visibles sur les stands, avec des propositions classiques telles que les œuvres cinétiques de Carlos Cruz-Díez (Cayón, Madrid) ou les toiles de José Pedro Costigliolo (Galería de las Misiones, Montevideo), et d’autres plus récentes à l’image des sculptures « électrocinétiques » d’Elias Crespin (Baró Galería, São Paulo). Des œuvres plus politiques étaient également montrées. La galerie Anita Schwartz (Rio de Janeiro) consacrait son stand, « Radical Women », à quatre artistes brésiliennes féministes : Lenora de Barros, Wanda Pimentel, Cadu et Ivens Machado. Ailleurs, la Galería Casas Riegner (Bogota) exposait les toiles colorées inspirées d’événements sociaux traumatiques de Beatriz González tandis qu’à la Gallery Nosco (Marseille) les frères José Luis et José Carlos Martinat ironisaient sur les ficelles marketing en politique dans leurs bronzes.

Les galeries européennes en profitaient pour montrer leurs artistes sud-américains, et tentaient d’hameçonner une nouvelle clientèle. Michel Rein (Paris, Bruxelles) présentait le Chilien Enrique Ramírez et la Galerie Chantal Crousel (Paris) a vendu dès l’ouverture une œuvre du Mexicain Abraham Cruzvillegas. Le stand de Mor Charpentier (Paris) a connu un vif succès, avec l’installation de la Mexicaine Teresa Margolles partie avant même l’ouverture de la foire.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°519 du 15 mars 2019, avec le titre suivant : Arco, la foire européenne latino

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