Mercredi 12 décembre 2018

Le sceau impérial chinois qui suscite la polémique atteint 1,12 million d’euros chez Artcurial

Par Marie Potard · lejournaldesarts.fr

Le 18 décembre 2012 - 660 mots

PARIS [18.12.12] – Lundi 17 décembre, un cachet impérial chinois a été adjugé 1,12 million d’euros frais compris (pour une estimation de 150 à 200 000 euros) à l’occasion d’une vente d’art d’Asie organisée par Artcurial.

La vente Art d’Asie d’Artcurial a pulvérisée son estimation basse (850 000 euros, hors frais) puisqu’elle a totalisé 3,4 millions d’euros frais compris. Au cœur de cette vente, le cachet impérial chinois, en jade vert épinard sculpté surmonté par un chilong et son petit, de la dynastie Qing, époque Qianlong (1736-1795).

Estimé 150 à 200 000 euros, le catalogue indique que ce tout petit objet (2 x 4,5 x 3 cm) provient d’une collection particulière française et est en sa possession depuis la fin du XIXe siècle. C’est un collectionneur privé étranger qui a remporté la mise après une âpre bataille contre un enchérisseur étranger présent dans une salle comble.

Mais la mise aux enchères de ce lot a failli ne pas avoir lieu. En effet, l’Association pour la protection de l’art chinois en Europe (Apace) a demandé à Artcurial « au nom du respect du peuple chinois et des autorités de Pékin » un retrait de ce lot arguant que cette pièce « historique fait partie intégrante du patrimoine chinois », la menaçant même de déposer une plainte au pénal, selon son avocat. Un communiqué de presse de l’Apace précise que « selon Kai Shan Yyan, ancien conservateur du Musée de la Cité interdite, ce sceau aurait appartenu aux empereurs de la Dynastie Qing et aurait été volé lors du sac du Palais d’été de Pékin en 1860 » par les troupes franco-britanniques. L’Apace, présidée par Bernard Gomez, assure être mandatée par une association à but non lucratif « créée par l’Association Fondation chinoise pour le développement culturel et social dirigée par le ministère de la Culture de Chine ».

La maison de ventes ne s’est pas laissée intimidée et a maintenu sa position, son directeur de la communication, Emmanuel Bérard, précisant « qu’aucun contact officiel avec les autorités chinoises à propos de ce sceau n’a eu lieu » et que l’Apace ne lui a toujours pas fourni « le mandat dont elle se prévaut et selon lequel l’association interviendrait au nom du gouvernement chinois ». Il conclut en soulignant que cette vente est « l’épilogue d’une vaste campagne de désinformation et de manœuvres orchestrée par l’Apace et dont a été victime la maison de ventes à propos du lot 119 ». Il fait savoir que Monsieur Gomez a proposé à Artcurial d’acheter cet objet hors enchères, c’est-à-dire en sous-main, « ce qui n’est pas dans les pratiques de notre maison », précise t-il.

L’expert de la vente, Philippe Delalande, estime que « cette affaire à été montée de toute pièce par quelqu’un qui a voulu faire une captation ». « Ca ne peut pas être une pièce issue du pillage du Palais d’été puisque le cachet mentionne lui-même grâce à ses six caractères gravés qu’il vient d’une salle de la Cité interdite (en l’occurrence la bibliothèque privée des empereurs Qianlong et Jiaqing). Or, les cachets étaient attachés à des salles et n’en sortaient pas, donc il n’y a aucune raison que ce cachet se soit trouvé à un moment ou à un autre au Palais d’été ».

Hormis ce lot phare qui a échauffé bien des esprits, Artcurial proposait d’autres œuvres importantes parmi ses 286 lots dont 54 sont restés invendus. Une rare et importante verseuse chinoise en corne de rhinocéros sculptée en forme de barque, de la dynastie Qing, XVII-XVIIIe siècle, estimée 250 à 300 000 euros, est partie à 951 000 euros (avec les frais). Belle enchère également pour un vase du dernier Empereur chinois en porcelaine à glaçure de type Ge puisqu’avec une estimation de départ de 4 à 6 000 euros, il s’est envolé à 113 000 euros (frais compris).

En 2011, la vente d’art asiatique atteignait 565 500 euros. En juin dernier, elle totalisait 1,1 million d’euros.

Légende photo

Rare cachet impérial, Dynastie Qing, Epoque Qianlong (1736-1795), Chine - Jade - 2 x 4,5 x 3 cm - Estimation 150/200.000 € - Vente du 17 décembre 2012 chez Artcurial Paris - Photo www.artcurial.com

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque