Dimanche 26 septembre 2021

Festival - Photographie

A Visa pour l'image, toujours la même soif d'être « témoins du monde »

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 27 août 2021 - 653 mots

PERPIGNAN

Crise sanitaire, tragédies migratoires ou fragilité de la planète : le festival international de photojournalisme Visa pour l'image expose à partir de samedi à Perpignan le travail de ceux qui, malgré les difficultés du métier, ont toujours la même soif d'être « témoins du monde ».

 Pendant une tempête de sable, des enfants jouent dans l’ancien quartier rebelle de Karm al-Jabal. Alep, Syrie, 10 mars 2017. © Joseph Eid / AFP
Pendant une tempête de sable, des enfants jouent dans l’ancien quartier rebelle de Karm al-Jabal. Alep, Syrie, 10 mars 2017.
© Joseph Eid / AFP

Pour la 33e édition d'un des plus importants évènements consacrés au photojournalisme dans le monde, une double particularité cette année : parmi les quatre nominés au Visa d'or News, l'un expose de façon anonyme son travail sur les évènements en Birmanie, et un autre est décédé dans l'exercice de son métier. Pour le premier, « il s'agit d'un choix lié à des raisons évidentes de sécurité » dans un pays en plein chaos, explique à l'AFP le directeur du festival Jean-François Leroy. Le photographe indien de l'agence Reuters Danish Siddi qui, sélectionné à Visa pour « la qualité de sa couverture de la crise du Covid-19 à New Delhi », a lui été tué en juillet alors qu'il couvrait les combats entre talibans et forces afghanes.

Une deuxième exposition, réunissant cinq photographes, est aussi consacrée à la crise sanitaire dans différents camps de réfugiés à travers le monde, indique M. Leroy, pointant un « sujet qui reste très fort dans l'actualité ».

« Montrer au monde »

Pour le reste des expositions, « notre fil conducteur est, comme tous les ans, l'actualité de l'année écoulée, avec son lot de sujets étonnants, surprenants et émouvants, mais aussi des thèmes qu'on traite de plus en plus en projection » : un format parfois plus adapté à certains sujets, estime-t-il. C'est le cas de l'Afghanistan« malheureusement les choses bougent très vite (...) et les projections nous permettent de les mettre à jour jusqu'au dernier moment », précise M. Leroy.

En 2020, ces projections nocturnes, partie intégrantes de l'ADN de Visa pour l'image, avaient été annulées pour des raisons sanitaires, mais le festival avait été l'un des seuls de cette ampleur à se maintenir en France, malgré la crise.

Moins présents dans les médias, d'autres conflits continuent en silence de faire des ravages en Afrique ou au Moyen-Orient, souvent sur des terrains difficiles d'accès aux journalistes. Les photos de l'Argentin Eduardo Soteras pour l'AFP et l'Egypto-Canadienne Nariman el-Mofty pour AP permettent de  « montrer au monde » la souffrance des civils, victimes du conflit qui déchire la région du Tigré, en Ethiopie.

Mais Visa pour l'image c'est aussi souvent un hommage à la fascinante et tout aussi fragile faune sauvage soumise au changement climatique.

« Terrible »

« Une rétrospective est consacrée cette année au Français Vincent Munier, l'un des plus grands photographes animaliers du monde », et une autre expositions embarquera les visiteurs dans les profondeurs marines des baleines avec l'Américain Brian Skerry, souligne M. Leroy.

Autre coup de projecteur cette année, à l'occasion du 10e anniversaire de la guerre en Syrie : une exposition mettant à l'honneur toute une génération de jeunes photographes syriens, qui n'avaient souvent aucun lien avec le journalisme et ont documenté le conflit au péril de leur vie. Le directeur historique du festival se dit d'ailleurs « très remonté » d'entendre des slogans clamant la « liberté » dans les manifestations contre le pass sanitaire en France.

« Cette année, ça tombe très mal quand même : qu'ils aillent voir en Syrie, en Afghanistan, en Birmanie... Ils verront bien ce que c'est la privation de libertés », dit Jean-François Leroy, estimant « hallucinant que certains aient à ce point perdu la signification des mots »« Et l'agressivité croissante à l'égard des journalistes, qui ont dû parfois être entourés de gardes du corps pour faire leur métier dans un pays comme la France, c'est terrible », poursuit-il.

Pourtant, malgré toutes les difficultés liées à ce métier, dont une précarité grandissante, « les jeunes sont toujours aussi nombreux à vouloir s'y consacrer, portés par l'envie profonde de témoigner du monde dans lequel ils vivent. C'est rassurant pour l'avenir je trouve », se félicite M. Leroy.

Le festival accueillera gratuitement les visiteurs, munis d'un pass sanitaire, jusqu'au 26 septembre.

Par Marisol Rifai

Cet article a été publié par l'AFP le 26 août 2021.

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