Jeudi 13 décembre 2018

Art contemporain

Un printemps arabe sans grande révolution

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 12 avril 2017 - 460 mots

L’Institut du monde arabe expose
une sélection d’œuvres de la Collection Barjeel. Un propos politique malmené
par un parcours désordonné et inégal.

PARIS - Affirmer sans nuances, dès le titre d’une exposition, que l’on n’y expose que des « chefs-d’œuvre » place immédiatement la barre très haut en termes d’expectatives. Si elles ne sont pas foncièrement déçues, celles entretenues par la perspective de découvrir une partie de la collection Barjeel à l’Institut du monde arabe, à Paris, se révèlent mitigées.

Établie en 2010 à Sharjah, aux Émirats arabes unis, par le Sultan Sooud Al-Qassemi – par ailleurs cousin de la présidente de la Biennale de Sharjah, Sheikha Hoor Al-Qasimi –, la Barjeel Art Foundation se donne pour mission de promouvoir les artistes du monde arabe tant par l’organisation d’expositions que par la constitution d’une collection, aujourd’hui riche d’un millier d’œuvres et dont environ 10 % sont donc exposés ici.

Passionné par la politique, qu’il commente abondamment sur son blog et sur Twitter, Sooud Al-Qassemi s’est fait remarquer dès 2011 par ses analyses des printemps arabes, qui lui ont notamment ouvert les colonnes de quelques titres prestigieux de la presse américaine tels le New York Times ou le Financial Times. La visite de cette exposition met clairement en lumière des préoccupations d’ordre politique posées de manière métaphorique, comme dans ce tableau de Nadia Ayari figurant un œil emprisonné derrière des barbelés, ou bien plus directes, lorsque Raafat Ishak interroge en 2012 sur un panneau déroulant les défis dévolus au président égyptien Mohamed Morsi – destitué par l’armée en 2013 – ou dans les tableaux du Libanais Mohammed Said Baalbaki qui évoque un exil sans fin en peignant des tas de bagages.

Notables aussi sont des œuvres tels les collages de Jafar Islah évoquant des itinéraires de voyages, ou les photos des pages du carnet téléphonique de sa grand-mère illettrée par Yto Barrada. Mais si des grands noms de la peinture – Marwan ou Chafic Abboud – donnent à voir de belles œuvres, des artistes non moins importants comme Saliba Douaihy ou Aref El Rayess sont représentés par des travaux bien modestes.

Une présentation disparate
Surtout, le parcours mis en œuvre par Philippe Van Cauteren, directeur du SMAK de Gand, déconcerte pour le moins. Scindé en deux parties pour s’adapter aux espaces toujours aussi inconfortables et inélégants du sous-sol, son approche fait une distinction entre ce que seraient d’une part des salles de musée, et de l’autre des réserves, permettant un accrochage plus libre.

Mais alors que des genres et expressions fort divergents se côtoient sans organisation visible – y compris dans la première partie –, un texte de présentation assumant l’absence d’approche chronologique ou thématique au profit d’une « [mise] en avant de l’artiste » dans un « accrochage libre et intuitif » est proposé, pareil à une tentative de masquer une absence totale d’ordonnancement… une tentative seulement.

100 chefs-d’œuvre de l’art moderne et contemporain arabe. La collection Barjeel

Jusqu’au 2 juillet, Institut du monde arabe, 1, rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°477 du 14 avril 2017, avec le titre suivant : Un printemps arabe sans grande révolution

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