Thomas Hart Benton, le maître des Pollock : une autre histoire de la peinture américaine

L'ŒIL

Le 20 février 2009

Bien peu connaissent le nom de ce peintre américain qui enseigna l’art aux frères Pollock.

Formé à Chicago puis à Paris en 1909, Thomas Hart Benton enseigne dès son retour à New York une peinture engagée et synthétique. Charles Pollock lui sera fidèle pendant six années, entre 1926 et 1932, à la Art Students’League (il sera rejoint par son frère en 1930).
Le maître, influencé par sa rencontre avec les muralistes mexicains, enseigna une peinture éloquente et narrative. En farouche opposant au modernisme, il développa un style qualifié de régionaliste avec des œuvres accessibles, combattant l’intellectualisme du sérail new-yorkais et célébrant les valeurs de proximité. Il peignait l’Amérique, la vie quotidienne et laborieuse dans un style expressif. Cependant, Benton n’est pas un révolutionnaire, et après son installation dans le Midwest, on qualifiera même ses œuvres de réactionnaires et provinciales.

La quête de la vraie Amérique
Charles, en route pour l’Exposition universelle de Chicago en 1933, capte le labeur des grandes industries de l’acier, leur architecture, et brosse des portraits d’ouvriers. Au cours d’une seconde épopée, réalisée cette fois-ci avec Jackson en 1934, il part, au volant d’une Ford T achetée 15 dollars, dans une traversée initiatique épique d’est en ouest dessiner la vraie Amérique (relatée dans une relation épistolaire entre Charles et sa femme dans le recueil Lettres américaines, éditions Grasset).
Charles, qui s’était affranchi du style de Benton, renoue avec lui dans certains dessins (Après la sécheresse et L’Homme au puits) pour mieux s’en éloigner par l’épure (Wagons de marchandises), et documente avec rigueur un pays d’usines et de désolation. En effet, les plaines subissent de 1932 à 1941 une catastrophe écologique majeure, le fameux Dust Bowl, des tempêtes de poussières terribles qui ravagent l’agriculture et laissent une population exsangue, photographiée par Dorothea Lange et Walker Evans et violemment relatée dans Les Raisins de la colère par Steinbeck. Dans les œuvres de jeunesse de Charles Pollock, on retrouve cette verve, mais toujours avec le détachement qui le caractérise.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°611 du 1 mars 2009, avec le titre suivant : Thomas Hart Benton, le maître des Pollock : une autre histoire de la peinture américaine

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